QUELLE POLICE AVONS-NOUS ?

« Chaque fois qu’une faute sera constatée, elle sera sanctionnée, mais elle doit être sanctionnée par un juge. Pas par l’opinion publique, pas par des vidéos dont on ne voit qu’une petite partie. Mais je voudrais quand même dire que les violences ne sont pas le fait des policiers ou des gendarmes. » (Christophe Castaner)

Alors que les manifestants sont jugés par centaines en comparution immédiate (5 300 poursuites judiciaires en 2018 selon Le Monde), les jugements des policiers se font attendre : 2 en plus d’un an ! En novembre 2018, sur 146 enquêtes traitées par l’IGPN, 18 faisaient l’objet d’une instruction, 72 étaient toujours en cours d’analyse par le parquet et 54 étaient classées sans suite. Pour Castaner, les fautes policières ne doivent pas être jugées « par l’opinion publique », ni par les images, mais traitées comme le font ces informateurs désignés à juste titre « journalistes de préfecture » par l’observatoire des médias ACRIMED.

Souvenons-nous, il y a plus d’un an, des mois durant les grands médias télévisés et leurs « simili-journalistes » – pour reprendre l’expression de Macron – non seulement couvraient les violences policières d’un silence assourdissant et d’une myopie chronique, mais inondaient les petits écrans d’images de violence contre les « forces de l’ordre », accompagnées de commentaires souvent fallacieux et parfois irresponsables. Il aura fallu que les réseaux sociaux, images à l’appui, dénoncent ces violences intolérables condamnées par la Commission des droits de l’homme de l’ONU, pour que ces médias daignent enfin en parler. L’impéritie pathologique de ces journalistes n’est qu’une facette accablante de ces médias au service du pouvoir et des patrons de presse qui les possèdent. La désinformation par mensonge ou par omission est devenue une constante de ces informateurs propagandistes, sans doute adeptes du concept de Castaner qui considère qu’une manifestation est une scène de guerre où les journalistes doivent être « embarqués ». Des journalistes davantage attachés à l’idéologie de la caste sociale et politique qu’ils servent, qu’à la mission et à la déontologie que leur métier devrait leur imposer.

Il aura fallu plus d’un an de violences policières, et leur cortège de mutilations et de décès, pour que le pouvoir, jusqu’à ce jour dans le déni, reconnaisse hypocritement ces agissements inqualifiables. Un rapport de l’IGPN publié en juillet 2018 – cité par TV5MONDE – faisait état de 14 morts et des centaines de blessés attribués aux policiers en un an. Dans son édition du 19 janvier 2019, après deux mois de manifestations des « gilets jaunes », le quotidien Reporterre fait état « d’au moins 97 blessés graves par les armes de la police, dont quatre ont eu la main arrachée et au moins quatorze ont perdu un œil. » Ces violences dont le tabassage est devenu la règle, accompagnées souvent de provocations, s’inscrivent dans une logique répressive, celle d’une stratégie du maintien de l’ordre voulue par le président de la République et orchestrée par le ministre de l’Intérieur. Si malgré les recommandations de Castaner et les propos de circonstance de Macron, certains policiers persistent à se défouler en cassant du manifestant – comme le montrent encore les images diffusées sur les réseaux sociaux lors de la manifestation des « gilets jaunes » à Paris ce samedi 18 janvier – c’est que les directives du Préfet de police le permettent, la priorité étant de dissuader les gens de manifester, et de discréditer le mouvement revendicatif au regard de l’opinion. L’image de la police est celle du régime que la macronie a instauré dans le pays : une monarchie présidentielle exerçant un pouvoir autoritaire et violent, adossé à une doctrine répressive du maintien de l’ordre. Un pouvoir à l’écoute des intérêts des plus fortunées qu’il sert sans vergogne ; indifférent aux revendications des classes moyennes et populaires, et à la détresse de plus pauvres ; méprisant envers tous ceux qui s’opposent à sa gouvernance. Jamais la France d’après-guerre n’a été aussi fracturée et meurtrie que depuis l’élection par méprise de ce président. Le comportement très corporatiste des syndicats de police, et les pratiques de certains d’entre eux, davantage porte-paroles de leur ministre de tutelle que défenseurs des intérêts d’une police républicaine, contribue à ternir l’image de la police, la rendant au regard de l’opinion, complice et rempart d’un pouvoir de plus en plus impopulaire.

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