Hamon ou Mélenchon, légitimité contre légitimité

Benoît Hamon "doit s'émanciper du PS" ... "Je lui propose le grand large, la nouvelle dynamique écologique et européenne, sans alliance avec le PS, qui ne lui permettra pas de mettre en place son programme"… "Le message des électeurs de cette primaire à gauche, c'est qu'ils en ont assez du Parti socialiste". (Yannick Jadot sur BFM TV le 30/01/2017)

Plus de 85 000 signataires de deux pétitions, 1 mais pas 3 et Change, demandent une coalition entre Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot. Des dizaines d’apéros citoyens à travers la France ont été organisés, au cours desquels des femmes et des hommes réfléchissent, discutent, et font des propositions convergentes pour aboutir à une coalition de gauche. Ainsi, le mouvement citoyen lancé au mois de janvier, ne cesse de s’amplifier. L’esprit unitaire de ces rencontres, exprime le désir de ne pas se résigner à la victoire de la droite de Fillon ou Macron, ou de l’extrême droite de Le Pen, et l’espoir d’une possible victoire d’un candidat de la gauche unie à l’élection présidentielle.

Les points de convergence entre les trois candidats existent. Les uns sont des points d’accord importants : L’abrogation de la loi travail, - L’allocation RSA pour tous les jeunes de 18 à 25 ans, - L’harmonisation fiscale européenne, - Le droit de vote des étrangers aux élections locales, - L’abandon de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, - La protection des lanceurs d’alerte, - Contre les traités de libre-échange CETA et TAFTA, - La reconnaissance d’un État palestinien, - Le rétablissement d’une police de proximité, - La légalisation du cannabis, - La PMA pour toutes les femmes, et opposés à la GPA, - L’euthanasie. D’autres nécessitent débat, comme la transition énergétique, les institutions, le revenu universel, l’Europe ou la politique internationale, mais les divergences peuvent être surmontées, si une volonté politique de faire gagner la gauche finit par s’imposer.

Au soir de son élection, Benoît Hamon avait publiquement exprimé sa volonté de rencontrer Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon. À Strasbourg, Jean-Luc Mélenchon avait proposé à Benoît Hamon de le rencontrer, et ce dernier lui avait répondu qu’il le ferait dès son investiture. Depuis, Benoît Hamon a rencontré Yannick Jadot, et Pierre Laurent, secrétaire national du PCF. Une rencontre semblait finalement programmée entre les candidats du Parti socialiste et de la France insoumise. Dans un courrier adressé à Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon lui a écrit : « Tu avais dit que tu me contacterais dès ton investiture. Mais tu n’en as pas eu le temps. Il en résultait un harcèlement de questions exclusivement sur ce thème de la part des médias et il devenait difficile de s’épargner le ridicule d’une situation qui semblait bloquée. Or, elle ne l’est pas de mon fait. J’ai rencontré avec grand plaisir Yannick Jadot à Strasbourg et je te verrai de même. Demain nous allons échanger une première fois, de vive voix. » Jean-Luc Mélenchon étant l’initiateur de cette rencontre, il était important de le dire, non pas pour alimenter une querelle de chapelle, mais par souci de vérité et d’honnêteté, dans un climat où caricaturer les propos du leader de la France insoumise est devenue monnaie courante, notamment par la presse.

Alexis Bachelay, porte-parole de Benoît Hamon déclare à Mediapart, se réjouir de voir se « décrisper la situation ». « C'est toujours mieux de voir les choses écrites noir sur blanc, là il y a du fond, des vrais sujets sur lesquels discuter ». Mais quels sont les obstacles à une rencontre entre ces deux candidats de gauche ? Les conditions imposées par Mélenchon, affirme le PS. Quels sont donc ces conditions ? Mélenchon écrit : « Je te fais de bon cœur crédit de ta bonne foi. Mais nous ne pouvons avoir la naïveté de te croire sur parole alors même que tu es et reste le candidat d’un parti et d’élus majoritairement hostiles à l’orientation que tu défends. Il est donc légitime et honnête que nous te demandions des garanties politiques précises sur ton engagement à rompre avec le quinquennat et son bilan. Comment sans cela parler de quoi que ce soit avec confiance ? » C’est aussi ce que demande Yannick Jadot.

« La première garantie concerne le périmètre de la convergence. Nous ne voulons aucun accord ni à la présidentielle ni aux législatives avec Emmanuel Macron et son mouvement. Pour nous, ce que l’on connait du programme d’Emmanuel Macron est purement et simplement la poursuite ou le durcissement de la politique mise en œuvre par François Hollande. » Les ralliements à Macron de Bernard Kouchner, Alain Minc, Christine Lagarde ou Aurore Bergé, soutien de d’Alain Jupé lors de la primaire de la droite justifient à eux seuls cette position.

« La seconde garantie concerne ta propre volonté d’assumer la rupture avec la politique du quinquennat et donc l’engagement clair à en abolir les mesures emblématiques c’est-à-dire essentiellement la loi El Khomri, le CICE et l’état d’urgence permanent. Cela se traduira par la mise à l’écart des prochaines élections notamment des ministres du gouvernement qui a imposé cette « loi-travail » à coup de 49/3. » N’est-ce pas une évidence, que celles et ceux qui ont imposé cette loi majoritairement rejeté par les français, ne soient pas, demain, intégrés à une majorité de gouvernement dont une des premières mesures sera de l’abroger ?

« Mais nous croyons qu’à la rupture doit s’ajouter une volonté positive d’ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire de notre pays. Notre programme comporte 357 mesures. Nous le mettons à la disposition de la discussion. Mais nous croyons que l’essentiel de l’esprit qu’il incarne, en lien avec les enseignements de l’altermondialisme, est à la base du contrat à nouer avec notre peuple. Compte tenu de ce que nous t’avons entendu dire nous croyons qu’il t’est possible de t’avancer largement vers ces positions quitte à ce que ceux qui te combattront de toute façon dans ton parti prennent leur distance ! » C’est là toute l’ambiguïté de Benoît Hamon, qui à ce jour, n’a pas eu le courage politique d’aller jusqu’au bout de la logique politique qui l’a animé, frondeur dans le gouvernement Valls, puis candidat à la primaire socialiste.

« En t’adressant ces lignes, j’ai le sentiment de répondre à une exigence de sérieux et de sincérité dans les relations politiques. Comme la majorité de notre peuple, je n’ai plus aucune confiance dans les accords d’appareils entre partis politiques. Le mouvement « la France insoumise » s’est constitué sur un programme et une candidature qui le porte. Rien d’autre. Cela nous suffit amplement pour vouloir en convaincre le grand nombre. Mais s’il existe une possibilité que la trame essentielle de ce qui nous a regroupé puisse aussi fédérer des partis politiques de la gauche traditionnelle, je suis prêt à consulter les 250 000 personnes qui se sont personnellement engagées à mes côtés sur la proposition qui leur serait faite. » Quelle valeur aurait un accord de circonstance avec le candidat d’un Parti socialiste discrédité, dont son candidat de 2012, une fois élu, a trahi tous ses engagements ? Un parti qui, depuis qu’il est venu au pouvoir avec l’élection du président Hollande, a fait perdre toutes les élections à la gauche. Quel crédit les français pourraient donner à un accord qui n’offrirait pas les garanties, que les engagements pris soient respectés ? C’est là une question de bon sens.

Quel est donc le véritable obstacle à un rapprochement entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ? Le comportement hypocrite du candidat socialiste est déjà une réponse à cette question. C’est lui, qui après avoir feint de répondre favorablement à la lettre de Mélenchon, écarte cette opportunité. En réalité Benoît Hamon applique une stratégie coutumière au PS, assurer la suprématie du parti par des arrangements électoraux qui servent avant tout les intérêts de l’appareil, et assurent l’élection des candidats socialistes, dont, rappelons-le, Valls, El Kohmri et bon nombre de ministres et députés, responsables des lois antisociales imposées aux français durant ce quinquennat Hollande. Cette stratégie conduit le candidat socialiste à tendre la perche au Parti communiste, dont l’appareil, soucieux lui aussi de préserver le mandat de ses élus sortants, en opposition avec ses militants qui majoritairement se sont prononcés pour une alliance avec la France insoumise, joue un double jeu. Cette même tactique politicienne pousse Hamon à vouloir un accord avec Yannick Jadot, en mal de trouver ses 500 signatures, et soucieux lui aussi de préserver ses 5 élus sortants. Accord conditionné par un vote des militants d’EELV, plus proches sur le plan programmatique de la France insoumise que du Part socialiste. L’objectif étant pour le Parti socialiste et son candidat, d’isoler et d’affaiblir Jean-Luc Mélenchon.

Sans accord avec Jean-Luc Mélenchon, le candidat socialiste sait pertinemment qu’il ne sera pas présent au second tour de la présidentielle. Mais qu’importe, son but est de prendre le contrôle de l’appareil au prochain congrès du PS, et celui du Parti socialiste aujourd’hui, d’éviter une débâcle électorale en avril prochain, et de sauver des sièges aux législatives par un accord avec Macron. D’où le refus de Hamon de donner la garantie à Mélenchon, qu’il ne signera pas d’accord avec le candidat illusionniste « d’En marche », produit marketing de la presse évènementielle. Quelle crédibilité les français peuvent-ils accorder à l’esquisse de programme, d’un candidat obligé de défendre au moins une partie du bilan du quinquennat Hollande, prisonnier d’un parti aux mains de son aile sociale libérale, obligé de céder à ses ennemis de parti en abandonnant de promesses faites lors de la primaire ? Si son élection à la primaire socialiste, avec un apport important de voix de la gauche non socialiste, a donné à Benoit Hamon une légitimité, celle-ci s’amenuise au fur à mesure qu’il tourne le dos aux espoirs que sa victoire avait créé.

La légitimité du candidat Mélenchon vaut largement celle du candidat Hamon. Elle repose sur un large mouvement populaire, la France insoumise, fort de ses 250 000 françaises et français engagés dans sa campagne depuis plus d’un an, sur la base d’un programme cohérent, élaboré collectivement et chiffré. N’en déplaise aux esprits chagrins, et aux journalistes bien-pensants, apôtres du catéchisme progressiste des sociaux libéraux, Jean-Luc Mélenchon est le seul candidat de gauche à proposer une alternative de rupture avec ces politiques libérales, sociales démocrates et sociales libérales, toutes antisociales, qui ont sévi durant ces dernières décennies, et qui ont mené la France au déclin. Le soir du premier tour de l’élection présidentielle pourrait réserver bien des surprises. Les français pourraient jeter toutes ces manœuvres politiciennes, de Hamon et du Parti socialiste, aux oubliettes de l’histoire.  

 

 

 

 

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