L’INDÉCENCE D’UN MINISTRE

Quand Castaner pointe la « responsabilité très grave » des manifestants après la mort d’un « gilet jaune », jeudi matin, à Agen.

Après l’acte I des « gilets jaunes », le ministre de l’Intérieur tente de discréditer le mouvement en traitant les manifestants d’anarchistes, infiltrés par l’ultra-droite. Lors de l’acte II, il abandonne la place de l’Étoile et l’Arc de Triomphe aux casseurs, et fait violemment réprimer les manifestants pacifiques par les forces de police. Les mardi 4 et mercredi 5 décembre, au cours de manifestations lycéennes, trois lycéens sont grièvement blessés au visage par des tirs tendus de flash-ball. À ces violences policières, s’ajoute l’humiliation faite à une centaine de lycéens, parqués, mis à genoux, les mains sur la tête. Le niveau inouï de violence atteint les samedi 1er et 8 décembre à Paris, mais aussi en province, où de graves blessures, dont des mains arrachées par des grenades explosives, sont infligées à des manifestants. Des journalistes sont aussi victimes de ces violences, dont deux photographes du « Parisien » et « Aujourd’hui en France, touchés par des tirs de flash-ball sur les Champs-Elysées, l’un à la nuque et l’autre au genoux », rapporte le presse écrite. Le premier, Yann Foreix, le plus sévèrement atteint, raconte sur son compte Twitter, avoir reçu un « tir dans le dos à 2 mètres de distance, à bout portant ». Les brutalités de ces forces chargées du maintien de l’ordre déshonorent autant notre démocratie, que celles faites à leur encontre. Ces violences, le pouvoir politique en porte la responsabilité. Contrairement aux déclarations solennelles de Castaner, les forces de police n’ont nullement sauvé la République, car la République n’a à aucun moment été en danger. Les « gilets jaunes » n’ont jamais menacé la République. Les forces de police ont seulement sauvé le pouvoir macroniste.

 L’échec des tentatives faites par le pouvoir, de discréditer les actions menées par les « gilets jaunes », va amener Castaner à vouloir créer, avec la complicité des médias télévisés, une psychose de peur dans le pays. Un matraquage médiatique qui atteint son summum la semaine précédant la manifestation du 8 décembre, où les chaînes d’information en continu se livrent à une campagne de diffusion d’images très sélectives de violences contre les forces de police, accompagnées de déclarations menaçantes du ministre de l’Intérieur, et de commentaires alarmistes de journalistes et commentateurs. Opération de propagande durant laquelle, ministres et politiciens se succèdent sur les écrans de télévision pour appeler à ne pas aller manifester à Paris. Aujourd’hui, la stratégie Castaner consiste à exploiter les 9 morts survenus en marge des blocages, pour museler les gilets jaunes, quitte à faire l’amalgame autour de ces tragiques accidents. Comme celui survenu à une femme de 44 ans dans une collision, alors que le conducteur, son compagnon, roulait à contresens sur la nationale 2. Le permanencier du parquet de Soissons déclare à l’AFP : « Faire le lien direct avec un barrage des gilets jaunes, moi je ne le ferai pas à ce stade ». Quand, à la suite du décès accidentel d’un manifestant à Agen, Castaner menace : « C’est ça aussi la réalité du mouvement des gilets jaunes. Il faut que cela s'arrête », il dédouane le ministre de l’Intérieur de sa responsabilité dans les violences qui ont fait plus de 1800 blessés parmi les manifestants, dont certains ont subi des amputations. La décence voudrait que l’on n’utilise pas les morts survenues en marge de cette profonde colère exprimée sur les blocages, au profit d’une médiocre stratégie politicienne.

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