Hollande et Macron : l’imposture

Macron, ni de droite, ni de gauche ? mais président des riches..

Avant son élection à la présidence de la République en 2012, François Hollande écrivait : « C’est en étant nous-mêmes que nous sommes fidèles à notre électorat. (...) C’est d’abord en étant socialistes, en fonction des engagements que nous avons pris et des orientations que nous nous sommes données ». L’imposture de ce Président, qui après le quinquennat désastreux de Nicolas Sarkozy, a fait croire et espérer aux français qu’il allait « Changer le destin de la France. », a surpris même les plus incrédules. Aujourd’hui, son fils spirituel et successeur, à son tour mystifie les français en leur faisant croire qu’il n’est ni de gauche, ni de droite, ou les deux à la fois.

Il est vrai qu’après des décennies d’opportunisme politique, de manquements aux engagements pris auprès des électeurs, de collusion avec le patronat et le pouvoir de l’argent, la gauche traditionnelle en France, et en particulier le Parti socialiste, ont vidé de sa substance le concept hérité de l’histoire du mouvement ouvrier. Aujourd’hui, l’imposture du Président des riches est de faire croire qu’il ne gouverne ni à droite, ni à gauche, et que sous l’illusion de la modernité, il réforme la France. En réalité, Macron incarne la synthèse de la sociale démocratie et de la droite ultra-libérale, qui depuis la fondation de l’Europe, s’entendent pour mener des politiques antisociales dictées par Bruxelles. Le pouvoir qui gouverne la France, (ministres socialistes et libéraux, transfuges du PS et du LR), est bel et bien un pouvoir de droite, qui dans la continuité des politiques pratiquées durant les quinquennats de Sarkozy et Hollande, s’attaquent aux lois sociales pour précariser l’emploi ; aux services publics pour transférer les aéroports et les transports aux multinationales ; au pouvoir d’achat des retraités, des ouvriers et des classes moyennes pour alléger les impôts des plus riches. Ainsi, dès son élection, Macron fait aux plus riches de ce pays, un somptueux cadeau fiscale de huit milliards d’euros. Les informations communiquées par Bercy indiquent que les 100 premiers contribuables à l'Impôt sur la fortune devraient bénéficier, chacun, de plus de 1,5 million d'euros de gains par an grâce à la réforme de l'ISF cumulée à l'instauration du prélèvement forfaitaire unique à 30% sur les revenus du capital.

Le pouvoir supprime l’impôt sur la fortune, mais taxe neuf millions de retraités par l’augmentation de la CSG. Le pouvoir gratifie les plus riches de huit milliards d’euros, alors que des SDF meurent dans la rue ; que des agriculteurs se suicident faute de pouvoir vivre de leur exploitation ; que les pauvres deviennent plus pauvres, et sont chaque année plus nombreux à solliciter les Restos du Cœur ; que les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) sont au bord de l’asphyxie ; que les hôpitaux manquent cruellement d’effectifs et que la qualité des soins ne cesse de se dégrader ; que des patients meurent dans les couloirs des urgences fautes d’effectifs et de moyens. Aux personnels hospitaliers qui protestent de leurs conditions de travail, le président Macron rétorque qu’il n’y a plus d’argent pour la santé publique, mais il supprime l’impôt sur la fortune. Certes, ce ne sont pas les nantis qui meurent dans les couloirs des urgences, ou qui passent des heures à attendre sur des chaises ou des brancards avant d’être pris en charge, mais les plus démunis et les français lambda. Ce ne sont pas les nantis qui se retrouvent sans domicile, à dormir dans la rue, mais des employés, des ouvriers, des cadres, des agriculteurs, victimes des politiques d’austérité exigées par les règles de la mondialisation et imposées par l’UE. Un cadeau de huit milliards aux plus riches, alors que les revenus de ceux-ci ne cessent de progresser. D’après les économistes de l’OFCE, les 5 % de ménages les plus aisés devraient profiter pleinement des réformes sur la fiscalité du capital mobilier, et verraient leur niveau de vie s’accroître de 1,6 %. Les dix plus fortunés de France possèdent 241 milliards d’euros à eux seuls. Avec 47 milliards d’euros de patrimoine professionnel, Bernard Arnault (LVMH), première fortune de France, totalise l’équivalent de 2,6 millions d’années de Smic. Si Macron n’est pas le président des riches, alors qui le serait ? 

Emmanuel Macron a usé ses fonds de culotte sur les bancs de la Providence à Amiens, un établissement privé jésuite, prisé par la bourgeoisie picarde. Sa jeunesse dorée, son bureau capitonné de banquier chez Rothschild, sa fortune sous-estimée redressée par le fisc qui lui avait fait dire : "La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler" ; sa vision du monde qui à Los Angeles lui avait inspiré une tirade sur la nécessité d’avoir "des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires" ; font que ce président des riches soit davantage disposé à servir les fortunés, qu’à se préoccuper de la détresse de millions de nos concitoyens. Au-delà de la classe sociale qui l’a formaté, ce serviteur de la mondialisation est l’homme providentiel que le patronat et la finance ont aujourd’hui besoin pour poursuivre la politique antisociale initiée par Sarkozy et Hollande. Politique qui conduit à la ratification des accords de libre-échange, CETA, TAFTA ou MERCOSUR négociés par l’UE au détriment des intérêts des agriculteurs et de la santé des français. Politique qui conduit à la privatisation des aéroports français, engagée sous le quinquennat Hollande par la vente à 49,9% de l’aéroport de Toulouse à un consortium chinois. Trois ans après, alors que Bercy s’apprête à céder les 10,1% restant en sa possession aux chinois, la grogne des actionnaires locaux de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, fait reculer l’État. À noter, ici aussi, l’instrumentalisation de la chaîne publique France 2 qui annonce par la voix de la présentatrice du journal télévisé, la chevronnée Anne-Sophie Lapix, l’opposition de l’État à la cession de ses parts. Or, ce n’est pas l’État qui refuse de céder ses parts aux chinois, mais ce sont le Conseil régional, le Conseil départemental, Toulouse métropole et la chambre de commerce et d’industrie de Toulouse qui contrôlent ensemble 40 % du capital de l’aéroport qui s’y opposent.  Le mensonge par omission, une particularité d’une presse au service du pouvoir. La politique ultra-libérale dictée par Bruxelles s’attaque aujourd’hui à la SNCF, rendant responsables les cheminots des dysfonctionnements qui affectent ce service public. Or, les responsables du sous équipement des chemins de fer français, principale cause des retards et des incidents, voir des accidents, sont l’État et les dirigeants de l’entreprise qu’il a lui-même nommés, et qui depuis des décennies, par le choix d’investissements priorisant les lignes TGV et la rentabilité ont conduit à la conjoncture actuelle. À croire que cette situation a été sciemment voulue, de Sarkozy à Hollande et Macron, pour justifier et faciliter la fin du statut des cheminots et préparer la privatisation de l’entreprise publique.

En 2018, les réformes du président Macron bénéficieront surtout aux 2% les plus riches.

Selon l'Observatoire français des conjonctures économiques, les mesures votées dans le cadre de la loi de finances pour 2018 ne feront augmenter le pouvoir d'achat des ménages que de 200 millions d'euros cette année. En revanche, "la montée en charge des mesures fiscales et les nouvelles revalorisations de prestations" devraient permettre "d'accroître le pouvoir d'achat de plus de 6 milliards d'euros" en 2019. Mais les principaux bénéficiaires de ces mesures seront les ménages les plus aisés, qui devraient profiter pleinement des réformes sur la fiscalité du capital mobilier (transformation de l'impôt sur la fortune en impôt sur la fortune immobilière, mise en place d'un prélèvement forfaitaire unique de 30%). Ainsi, en 2019, "les 2% les plus riches capteraient 42% des gains à attendre de la mise en place des mesures". En 2018, les mesures auront un impact nul sur le pouvoir d'achat des classes moyennes. Pour les ménages les plus pauvres, les revalorisations des minima sociaux prévues fin 2018 "ne compensent pas les hausses de la fiscalité indirecte" appliquées par le gouvernement sur l’énergie et le tabac. De fait, ils verront leur pouvoir d’achat baisser. Ce sont donc les plus riches qui profiteront de ces mesures.

Les réformes Macron s’inscrivent dans la continuité de la politique menée par Hollande et le PS, et des exigences de Bruxelles : Réforme du droit du travail encore plus néfaste que celle qu’il avait lui-même initiée sous la mandature Hollande, imposée par Valls avec le 49.3, aujourd’hui décrétée par ordonnance. Réforme de la CSG pénalisant 9 millions de retraités. Quand un retraité l’interpelle : "Là, vous nous avez vraiment pompés", avec cynisme il répond : "Si je ne fais pas cet effort pour ceux qui travaillent, il n'y aura personne pour payer vos retraites". Pour ce président, pomper les retraités qui ont travaillé et cotisé toute leur vie pour pouvoir bénéficier de leur dû est moins douloureux que de pomper les plus riches, qui cumulent des patrimoines équivalents à des millions d’années de SMIG. Quand il lance : "Je vous demande un petit effort pour m'aider à relancer l'économie et les actifs", nous pourrions lui répondre : Et les huit milliards de cadeaux fiscaux faits aux plus nantis, font-ils partie de l’effort demandé à la majorité des français ? Réforme de l’assurance chômage, avec une baisse des allocations et un arsenal de sanctions à l’encontre des chômeurs, comme si ceux-ci étaient responsables du chômage, vieille rengaine déjà distillée sous Sarkozy et Hollande. Réforme « Parcoursup », imposée sans concertation, introduisant une sélection à l’Université, mais qui ne veut pas dire son nom. Réforme de la fonction publique, comme le dénonce Force ouvrière, le gouvernement souhaite "casser le statut général" de fonctionnaire. La suppression du statut de cheminot s’inscrit dans cette logique libérale portée par la droite, qui depuis des décennies, s’évertue à vouloir supprimer les services publics au profit d’entreprises privées.

Le pouvoir a annoncé la couleur : si besoin, il imposera ses réformes par ordonnances. Cette méthode de gouvernance, hypocrite, cynique et autoritaire, inscrite dans l’ADN de ce président, commis voyageur de l’Europe de la finance et de la mondialisation, bénéficie de l’appui des médias publics ou contrôlés par les grands patrons de presse. Insolence et cynisme, les deux mamelles d’un seul pouvoir, celui des intérêts égoïstes de la classe dominante, servis par Sarkozy, Hollande et aujourd’hui Macron. Insolence de l’argent qui après des années d’austérité, de destruction de milliers d’emplois, d’appauvrissement de millions de français condamnés à la précarité ou jetés à la rue, enrichit démesurément les multinationales et les patrons de l’industrie et de la finance pour lesquels il n’y a jamais eu de récession. Bien au contraire, durant ces années de vache maigre pour ceux qui produisent les richesses, les dividendes de ces nantis n’ont cessé de progresser, et aujourd’hui gratifiés par de somptueux cadeaux fiscaux. Cynisme dans l’argumentaire utilisé dans la communication, et les méthodes de gouvernance pratiquées par le pouvoir pour qui, la cause du chômage ce sont les chômeurs. La cause des problèmes que rencontrent les hôpitaux ?  les personnels hospitaliers et l’organisation peu rentable des services. La cause des disfonctionnements de la SNCF ? les cheminots trop payés et trop avantagés par leur statut. La cause des problèmes de l’éducation nationale ? les enseignants, des fainéants adeptes de l’absentéisme. La liste serait longue, d’exemples de ces méthodes douteuses et arguments fallacieux utilisés, de Sarkozy à Macron, par des gouvernants au service du patronat et de la finance. Autre exemple d’actualité de cynisme et d’insolence, la levée de boucliers de politiciens faussement offusqués, et les discours de journalistes douteux pour qui la garde à vue de l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy relève de l’acharnement judiciaire. Une curieuse idée de la démocratie, que de proclamer qu’un ex-président de la République dont les soupçons sont d’une extrême gravité, peut être exempté de mesures auxquelles tout citoyen lambda peut être soumis. Pour ces « grands démocrates », la justice doit s’appliquer différemment suivant le rang social ou la responsabilité politique du prévenu. Ces politiciens partisans d’une justice de classe, serviteurs de droite du pouvoir actuel, ou « opposants » de circonstance apôtres d’une même idéologie, sont ceux qui ont mené ou défendu les politiques antisociales de ces dernières années.

Tenter de faire croire aux français que la politique de ce président communiquant n’est pas une politique de droite est une imposture. Proclamer que ce pouvoir n’est pas de droite, c’est prendre des vessies pour des lanternes. Ni les socialistes qui participent à la mise en œuvre de cette politique ultra-libérale, ou qui la soutiennent, ni la caution écologiste de Nicolas Hulot ne peuvent abuser du bon sens des français. Que le président Macron déclame qu’il fait les réformes pour lesquelles les français l’ont élu est aussi une imposture. Pour mémoire, au deuxième tour de la présidentielle, sur 47 568 693 inscrits, il y a eu 21 101 366 abstentionnistes (25,44%), et 3 125 724 blancs et nuls (8,59%). Le candidat Macron a obtenu 20 743 128 voix, soit 43,61% des inscrits. Rappelons aussi qu’au premier tour le candidat « En marche » avait obtenu 24,01% des voix, et qu’au second tour il a bénéficié d’une forte mobilisation anti LE PEN. Que le président Macron applique les mesures que le candidat avait annoncé en faveur des plus riches, qui ont voté massivement pour lui, soit. Mais la moralité de cette élection devrait l’amener à être plus prudent quand il s’approprie les voix d’électeurs qui ont voté « En marche » pour faire barrage au Front national, et qui aujourd’hui découvrent la vraie nature de sa politique.

Autre politique menée dans la continuité de celle initiée par le président Hollande.

La diplomatie et les actions extérieures de la France demeurent soumises aux intérêts économiques d’une Europe inféodée aux Etats-Unis. Les relations agressives envers la Russie, et le soutien aux monarchies si peu démocratiques du golfe en sont l’illustration. L’Arabie saoudite, avec 12 milliards d’euros, est le premier client de la France en armement depuis ces dix dernières années. Alors que le président Macron donne des leçons d’humanité à la Syrie, les armes françaises vendues à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis tuent au Yémen : (véhicules blindés de combats, intercepteurs maritimes, artillerie, missiles, matériel de ciblage équipant les avions de chasse saoudiens, assistance technique aux Mirages 2000-9 des Émirats). Ainsi, Amnesty International France et l’Action des Chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT) dénoncent la fourniture par la France d’armements utilisés dans ce conflit, responsable de la « pire crise humanitaire au monde », avec plus de 10.000 morts, essentiellement des civils dont de nombreux enfants. L'ONU accuse l'ensemble des belligérants de violer les lois de la guerre en visant les populations et infrastructures civiles, comme les hôpitaux et les écoles. La France, serait-elle complice de crimes de guerre ?

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