La légèreté du pouvoir à l’égard de la crise sanitaire

Le président de la République et ses ministres, qui ne cessent de souligner l’inconscience des Français face au Covid 19, ne devraient-ils pas s’interroger sur la légèreté avec laquelle ils gèrent cette crise sanitaire ?

L’inconscience de certains à ne pas respecter les consignes et les directives des pouvoirs publics est condamnable, mais ces comportements inciviques ne peuvent cacher la légèreté avec laquelle le pouvoir gère cette crise : abandon par la ministre de la Santé de son ministère pour aller briquer la mairie de Paris ; maintien du premier tour des élections municipales tout en annonçant le fermeture des établissements d’enseignement et des crèches ; appel à continuer à travailler après avoir décrété le confinement, alors que la pénurie de masques et de gel hydroalcoolique pour les personnels soignants dans les hôpitaux et dans les cabinets médicaux est alarmante ; des forces de l’ordre qui agissent sans discernement en verbalisant des SDF pour non-respect des mesures de confinement, des déclarations approximatives et parfois contradictoires au sein même de l’exécutif, autant de facteurs déstabilisants pour une population traversée par le doute et l’inquiétude.

Les décisions tardives prises par le gouvernement – sans doute trop absorbé par des préoccupations électoralistes – ont conduit des médecins du collectifs des soignants C 19 à porter plainte auprès de la Cour de Justice de la République ce 19 mars, contre Edouard Philippe et Agnès Buzyn pour s’être abstenus « volontairement de prendre ou de provoquer les mesures permettant […] de combattre un sinistre de nature à créer un danger pour la sécurité des personnes ». Se référant aux déclarations d’Agnès Buzyn au journal Le Monde, les plaignants estiment que le Premier ministre et l’ex-ministre de la Santé « avaient conscience du péril et disposaient des moyens d’action, qu’ils ont toutefois choisi de ne pas exercer ». Ces médecins considèrent que si les mesures prises à partir du 13 mars avaient été prises avant, cela « aurait sans nul doute permis de juguler l’épidémie en réduisant le nombre de personnes contaminées, et donc de personnes susceptibles de contaminer les autres ». Ils déplorent que dans l’Oise, un des foyers du Covid-19 en France, « aucune mesure particulière, autre que la fermeture des établissements scolaires », n’ait été prise.

Après un an de grèves et d’actions pour sauver l’hôpital public, il aura fallu cette crise sanitaire du coronavirus pour que le pouvoir politique découvre combien les revendications des personnels hospitaliers et des urgentistes étaient fondées. L’agitation médiatique du président de la République contraste avec l’insuffisance de moyens et la pénurie persistante de masques et de gel hydroalcoolique face à la progression de l’épidémie dont Macron vient de déclarer : « Nous ne sommes qu'au début ». Aujourd’hui, faute de pouvoir bénéficier de masques, les livreurs et les policiers menacent de cesser leur travail. D’autres professions les réclament aussi. Le ministre de la Santé demande aux Assistant(e)s Maternel(le)s d’accueillir d’avantage d’enfants, mais ces professionnels de la petite enfance n’ont pas accès à ces protections. De toute évidence, si le respect du confinement est impérativement nécessaire, les mesures gouvernementales sont insuffisantes. La situation sanitaire de l’Allemagne devrait interpeler nos responsables politiques. Comment expliquer le nombre réduit de décès en Allemagne qui avec 10 999 cas répertoriés le 19 mars compte 20 morts, soit un taux de mortalité de 0,18%, alors qu’il est en France de 2,9% (L’OBS du 20/03/2020). Pour tenter d’appréhender la situation dans les deux pays, il convient de comparer aussi les moyens mis à disposition et les mesures prises par les deux États : 25 000 lits de soins intensifs avec assistance respiratoire en Allemagne contre 5 000 en France. En France, le dépistage est conditionné par les directives du gouvernement : « Le test est réalisé uniquement en cas de suspicion de forme sévère de la maladie, validée par le SAMU et un infectiologue référent ». Cette mesure est dictée par la pénurie de tests et par les capacités des laboratoires à les réaliser. En Allemagne, les laboratoires réalisent quelques 12 000 tests par jour.

Dépister préventivement les porteurs du virus ; anticiper l’expansion de l’épidémie par un confinement précoce ; donner les moyens de soin et de protection nécessaires aux personnels soignants et aux personnes exposées de par leur activité professionnelle sont des mesures de bon sens que seul le pouvoir politique peut et doit prendre. Tergiverser relève soit de l’incompétence, soit de l’irresponsabilité.

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