« Suicidez-vous », l'indignation

L’hypocrisie de la classe politique

En annonçant l’acte 23 comme une journée noire, avec la participation massive de black-blocs, une fois encore Castaner agite le drapeau de la peur afin de décourager la population à manifester. Ce samedi 20 avril voit se déployer à Paris, la stra-tégie appliquée à Toulouse le 13 avril lors de l’acte 22, qui repose sur utilisation de la violence par les forces de l’ordre, pour désorganiser et empêcher les cortèges des manifestants de se former (place Jean-Jaurès à Toulouse le 13 avril), ou d’aller jusqu’au lieu de la dispersion (place de la Répu-blique à Paris le 20 avril). Cette répression s’est traduite, à Paris par l’interpellation de deux journa-listes indépendants, et à Toulouse par des blessures causées à deux autres journalistes, par des tirs de flash-balls ou des grenades. Le syndicat SNJ des journalistes interpelle Castaner : « Ne bafouez pas l'état de droit ! » (…) « On commence à se poser des questions : est-ce qu'il n'y a pas une volonté déterminée d'intimider notamment les photo-graphes sur le terrain ? » Un ciblage de journa-listes « clairement identifié Presse », dénoncé aussi par Reporters sans frontières, mais qui n’émeut pas la classe politique. Une classe politique si prompte à s’émouvoir pour les pierres de Notre-Dame, ou à s’indigner des propos imbéciles tenus par des ma-nifestants, mais si peu sensible aux blessures graves (près de 2 500 manifestants blessés en cinq mois), aux mutilations de dizaines de personnes, ou à la mort d’une vieille dame à Marseille, cau-sées par ces violences policières.

Les propos « suicidez-vous » tenus par des manifestants à l’encontre des policiers sont con-damnables. Si 28 policiers se sont suicidés depuis le début de l’année 2019, Macron et Castaner en sont comptables, au même titre qu’un chef d’entreprise est comptable du suicide de salariés sur leur lieu de travail. Aussi, il est urgent de se poser les bonnes questions. Qui porte la responsa-bilité de la radicalisation du mouvement des « gi-lets jaunes », si ce n’est ce président incapable de répondre aux attentes des Français, si non par la diversion, le mépris, la provocation et la répres-sion ? Quand des policiers tirent avec leurs flash-balls en visant sciemment la tête des manifestants, ou lancent leurs grenades sans respecter les règles d’utilisation, que font-ils si non commettre des actes meurtriers ? Quand ils agressent ou interpel-lent des journalistes, que font-ils si ce n’est porter atteinte à l’État de droit ? Obéissent-ils à des ordres hiérarchiques (sous le régime de Vichy, obéissant aux ordres, des policiers Français livraient à la Gestapo des résistants Français), ou répondent-ils à des pulsions personnelles ? Défendent-ils les insti-tutions et la République, ou les intérêts partisans d’un pouvoir au service de fortunés « gavés » de privilèges ? Des questions qu’une classe politique opportuniste n’ose poser, car elle est le produit de ce vieux monde dont elle perpétue les règles et les injustices.

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