LA RÉPUBLIQUE EXEMPLAIRE

Après la République « irréprochable » de Sarkozy, souillée par de multiples affaires, la République « exemplaire » de Macron est à son tour mise à mal par les affaires Benalla et Nyssen, après celles visant Kholer, Pénicaud, Bayrou et Ferrand.

En juin 2018, des perquisitions sont menées dans les bureaux du ministère de l’économie et des finances où Alexis Kohler a exercé les fonctions d’administrateur civil à la direction générale du Trésor. Les enquêteurs de la Brigade de répression de la délinquance économique le soupçonnent de « conflit d’intérêts », après la divulgation par Mediapart de documents révélant l’approbation en 2010 et 2011 par l’actuel secrétaire général de l’Elysée, de contrats entre l'armateur MSC, fondé et dirigé par des cousins de sa mère, et le port du Havre, dont il était membre du conseil de surveillance. Il représentait alors l'Agence des participations de l'Etat (APE) aux côtés du maire du Havre, Edouard Philippe, actuel Premier ministre. Ce bras droit d’Emmanuel Macron avait été nommé directeur adjoint du cabinet de Pierre Moscovici, ministre de l'Économie et des Finances, après l’élection de François Hollande.                 

En mai 2018, après les soupçons de « favoritisme et recel de favoritisme » dans l’organisation de la soirée d’Emmanuel Macron à Las Vegas en janvier 2016, confiée à Havas sans mise en concurrence, Muriel Pénicaud est à nouveau soupçonnée par la justice d’avoir favorisé le géant de la communication dans l’organisation de la campagne « Creative France », faisant gagner à l’agence pas moins de 13,2 millions d’euros. Auditionnée en tant que témoin assisté à la suite des révélations du Canard Enchaîné, la ministre du Travail, ex-patronne de Business France nie connaître Stéphane Fouks, vice-président d’Havas, qu’elle tutoie. En juin 2015, elle lui écrit : « Merci Stéphane pour ton coup de main ». En septembre 2015, elle sollicite auprès du numéro 2 d’Havas, qu’elle prétend ne pas connaître, un stage pour son neveu.       

En juin 2017, c’est le ministre de la Justice, François Bayrou, qui est pris dans la tourmente d’une enquête préliminaire pour « abus de confiance et recel » visant le MoDem. François Bayrou, et Marielle de Sarnez ministre des Affaires Européennes, sont contraints de démissionner.                                                                                                                

En 2014, Richard Ferrand est nommé par Manuel Valls, Premier ministre de Hollande, au poste de Chargé de mission auprès d'un certain Emmanuel Macron. Le 17 mai 2017, le président élu le fait nommer ministre de la Cohésion des Territoires. Le 12 janvier 2018, le Parquet national financier (PNF) ouvre une information judiciaire à l’encontre de Richard Ferrand pour « prise illégale d’intérêts, recel et complicité » dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne.  

Mise en sommeil par les vacances, l’affaire Benalla est sans doute la plus grave de l’an 1 de la macronie. À la rentrée parlementaire de septembre prochain, la commission d'enquête du Sénat reprendra ses travaux, tandis que la police judiciaire poursuivra son enquête. Certaines auditions par les sénateurs pourraient embarrasser le président de la République. En particulier celle d'Ismaël Emelien, conseiller spécial du chef de l'Etat. L’Elysée ayant reconnu que le collaborateur d'Emmanuel Macron avait été en possession d'images de vidéosurveillance du 1er mai, obtenues illégalement par Alexandre Benalla. L'audition de l'ex-garde du corps du Président serait, dans cette affaire qui dévoile le retour des « barbouzes » au sommet de l’État, un épisode douloureux pour l'Elysée.                                         

Avec Françoise Nyssen, ministre de la Culture, cette fin de trêve estivale voit resurgir une affaire qui illustre à elle seule ce pouvoir au service des riches. Une République monarchique où Sa Majesté distribue les cadeaux fiscaux aux plus nantis sur le dos des classes moyennes, des travailleurs, des employés des secteurs privé et public, des retraités, alors qu’au sein de la cour, les courtisans se servent sans vergogne. Dans Marianne, Emmanuel Lévy écrit : « Si Actes Sud s'est spécialisé dans l'édition littéraire, sa patronne, Françoise Nyssen, ne dédaigne pas la lecture plus aride des manuels d'optimisation fiscale. Le montage financier construit pour porter ses participations est un modèle du genre. Une vraie pompe à faire remonter les résultats pour les distribuer en dividendes au travers du holding Le Rosier. En 2016, la ministre a ainsi perçu pour près de 230 000 € de dividendes » (Marianne du 17/08/2018). Dans Marianne du 15/07/2018, Etienne Girard écrit : « En 2017, l'éditeur Actes Sud a touché 101.415 euros du Centre national du livre alors que la ministre de la Culture, qui exerçait une tutelle sur l'établissement, n'était autre que Françoise Nyssen, son ex-présidente. Elle a de plus conservé certains intérêts dans l'entreprise. Drôle de mélange des genres... ». Ainsi, la maison d’édition de la ministre de la Culture a touché en 2017, plus de 100.000 euros de subventions du Centre national du livre (CNL), organisme sous tutelle de la ministre de la Culture. Ce n’est que le 9 juillet 2018, à la demande de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), que le Premier ministre retire par décret à Françoise Nyssen son autorité sur les questions touchant à l'édition littéraire. Ainsi, il aura fallu un an au Premier ministre pour mettre fin à ce conflit d’intérêts.                                                              

Accoutumée aussi des infractions aux règles d’urbanisme, voilà qu’après les travaux d'agrandissement réalisés sans autorisation au siège de la maison d'éditions Actes Sud à Arles, la ministre de la Culture est à nouveau épinglée pour un agrandissement de 150 m2 réalisé à l'Hôtel d'Aguesseau, un immeuble du XVIIIe siècle inscrit à l'inventaire des Monuments historiques depuis 1926. Travaux soumis à l’autorisation de l'architecte des Bâtiments de France et de l'architecte en chef des Monuments historiques, fonctionnaires placés sous l’autorité de la ministre de la Culture. Mais ce n’est pas tout ! En juillet dernier, Le Canard enchainé dévoilait une affaire de droits d’auteur. En 2008, Actes Sud a publié « Arles, histoire, territoires et culture », un livre de 1 297 pages contenant des centaines de photos. Selon le journal satirique, la mairie et le conseil général ont remis gratuitement ces photos à la maison d'édition. Or leurs auteurs, deux ex-photographes municipaux et un troisième du conseil général, n'auraient jamais été rémunérés. Pourtant, lors de l’inauguration des Rencontres de la photographie d'Arles, Françoise Nyssen déclarait : « Il n'est plus acceptable que les artistes ne soient plus rémunérés par les institutions et manifestations culturelles qui présentent leurs œuvres ».                                                                                                                               

La République exemplaire de la macronie, devenue République des affaires, en cette rentrée post-vacance où le président de la République, après un premier Conseil des ministres, s’en retourne au bord de mer pour un long week-end, promet des jours moins festifs aux ouvriers, employés et retraités de ce pays. Souhaitons qu’après un été estival brûlant, l’automne social ne devienne pas explosif.

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