SITUATION EXPLOSIVE EN GUYANE

« La Guyane est le seul territoire de la République qui connaisse un taux de croissance démographique qui la rapproche des pays du tiers-monde »

 

Passée de vingt mille habitants en 1950, à près de deux cent trente mille habitants aujourd’hui, une augmentation annuelle de près de dix mille personnes par an, la Guyane, département français d’Amérique du Sud, est un ilot de richesse dans un océan de misère. Avec 16 000 euros de PIB par personne, la Guyane a le plus haut niveau de vie d’Amérique Latine, et donc attire une immigration importante, favorisée par des frontières perméables avec le Brésil et le Surinam, délimitées par les fleuves Oyapock, long de 403 kms, et Maroni, long de 612 kms. Les populations qui vivent de part et d’autre de ces fleuves (autochtones amérindiens ou descendants des esclaves importés d’Afrique), attachés à des territoires tribaux ancestraux, intègrent difficilement des délimitations géopolitiques léguées par la colonisation.

Brésiliens, Surinamiens, Georgetowniens, Péruviens, Colombiens, Dominicains, Haïtiens, un flux migratoire incontrôlé et incontrôlable qui irrigue un département français où le taux de chômage dépasse 20%. La Guyane est la première destination de l’émigration haïtienne qui représente aujourd’hui 1/3 de la population du département.

Malgré une croissance de l’activité minière et de l’industrie spatiale, génératrice d’emplois induits conséquents, la Guyane s’enfonce dans une crise économique et sociale profonde, avec un déficit conséquent de sa balance commerciale, (la Guyane importe huit fois plus qu’elle n’exporte). La délinquance ne cesse de progresser avec 42 homicides en 2016, contre 38 en 2015. Les vols avec violence ont progressé de 30% entre 2014 et 2016. La Guyane connait un taux d’homicides volontaires de 10,2 pour 100 000 habitants, contre 2,8 pour 100 000 habitants dans les Bouches du Rhône qui connaissent le taux le plus élevé de la métropole.

Sur le plan social, le budget du RSA est passé de 98 millions d’euros en 1998 à 141 millions d’euros en 2015. La CMU couvre 38,5% de la population, contre 36,9% à la Réunion et 24,1% en Martinique. La moyenne nationale étant de 7,2%. Sur le plan de la santé, la Guyane souffre, comme en métropole, d’un manque criant de personnels et de difficultés financières. Sur le plan de l’éducation, 54% des jeunes guyanais quittent le système scolaire sans diplôme ni qualification. La crise du logement en Guyane est chronique, avec des besoins sans cesse croissants dus à une forte démographie (le taux le plus élevé de France avec +2,4% l’an), et à une immigration galopante (29,7% de la population en 2009, contre 17,6% en Ile de France et 10,3% en Alsace. Avec ses 83 846 km2, la Guyane est le plus grand département français en superficie, et le moins peuplé de l’outre-mer, après Mayotte, avec 252 338 habitants.

Si la Guyane est victime, comme la métropole, des politiques d’austérité et de régression sociale imposées par le quinquennat Hollande, elle souffre aussi d’avoir longtemps été oubliée. Pour y avoir vécu plus de trente ans, je sais combien l’application de règles et de lois inadaptées aux réalités géographiques, culturelles, sociales et économiques du pays, créent des désordres. Je sais combien ignorer les spécificités, et répondre avec arrogance, voir avec violence aux problèmes posés par une société en détresse, peut mener à une situation explosive qui sera difficile de maitriser par l’envoi d’une mission.

 

 

 

 


 

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