Léo Mira
Abonné·e de Mediapart

140 Billets

0 Édition

Billet de blog 25 mars 2017

SITUATION EXPLOSIVE EN GUYANE

« La Guyane est le seul territoire de la République qui connaisse un taux de croissance démographique qui la rapproche des pays du tiers-monde »

Léo Mira
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Passée de vingt mille habitants en 1950, à près de deux cent trente mille habitants aujourd’hui, une augmentation annuelle de près de dix mille personnes par an, la Guyane, département français d’Amérique du Sud, est un ilot de richesse dans un océan de misère. Avec 16 000 euros de PIB par personne, la Guyane a le plus haut niveau de vie d’Amérique Latine, et donc attire une immigration importante, favorisée par des frontières perméables avec le Brésil et le Surinam, délimitées par les fleuves Oyapock, long de 403 kms, et Maroni, long de 612 kms. Les populations qui vivent de part et d’autre de ces fleuves (autochtones amérindiens ou descendants des esclaves importés d’Afrique), attachés à des territoires tribaux ancestraux, intègrent difficilement des délimitations géopolitiques léguées par la colonisation.

Brésiliens, Surinamiens, Georgetowniens, Péruviens, Colombiens, Dominicains, Haïtiens, un flux migratoire incontrôlé et incontrôlable qui irrigue un département français où le taux de chômage dépasse 20%. La Guyane est la première destination de l’émigration haïtienne qui représente aujourd’hui 1/3 de la population du département.

Malgré une croissance de l’activité minière et de l’industrie spatiale, génératrice d’emplois induits conséquents, la Guyane s’enfonce dans une crise économique et sociale profonde, avec un déficit conséquent de sa balance commerciale, (la Guyane importe huit fois plus qu’elle n’exporte). La délinquance ne cesse de progresser avec 42 homicides en 2016, contre 38 en 2015. Les vols avec violence ont progressé de 30% entre 2014 et 2016. La Guyane connait un taux d’homicides volontaires de 10,2 pour 100 000 habitants, contre 2,8 pour 100 000 habitants dans les Bouches du Rhône qui connaissent le taux le plus élevé de la métropole.

Sur le plan social, le budget du RSA est passé de 98 millions d’euros en 1998 à 141 millions d’euros en 2015. La CMU couvre 38,5% de la population, contre 36,9% à la Réunion et 24,1% en Martinique. La moyenne nationale étant de 7,2%. Sur le plan de la santé, la Guyane souffre, comme en métropole, d’un manque criant de personnels et de difficultés financières. Sur le plan de l’éducation, 54% des jeunes guyanais quittent le système scolaire sans diplôme ni qualification. La crise du logement en Guyane est chronique, avec des besoins sans cesse croissants dus à une forte démographie (le taux le plus élevé de France avec +2,4% l’an), et à une immigration galopante (29,7% de la population en 2009, contre 17,6% en Ile de France et 10,3% en Alsace. Avec ses 83 846 km2, la Guyane est le plus grand département français en superficie, et le moins peuplé de l’outre-mer, après Mayotte, avec 252 338 habitants.

Si la Guyane est victime, comme la métropole, des politiques d’austérité et de régression sociale imposées par le quinquennat Hollande, elle souffre aussi d’avoir longtemps été oubliée. Pour y avoir vécu plus de trente ans, je sais combien l’application de règles et de lois inadaptées aux réalités géographiques, culturelles, sociales et économiques du pays, créent des désordres. Je sais combien ignorer les spécificités, et répondre avec arrogance, voir avec violence aux problèmes posés par une société en détresse, peut mener à une situation explosive qui sera difficile de maitriser par l’envoi d’une mission.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
En Inde, après l’attaque contre Rushdie, le silence éloquent des politiques
« Les Versets sataniques » ont été interdits en Inde, son pays natal, en 1988. Un an avant la fatwa prononcé par l’Iran contre Salman Rushdie, qui allait faire de sa vie un enfer. Son agression aux États-Unis en fin de semaine dernière n’a suscité aucune réaction officielle, dans un pays où les condamnations au nom du respect des croyants hindous se multiplient.
par Côme Bastin
Journal
Franquisme : des historiens démontent les thèses révisionnistes relayées par « Le Figaro »
La publication dans un hors-série du « Figaro » d’un entretien-fleuve avec l’essayiste d’extrême droite Pío Moa, pour qui les gauches sont entièrement responsables du déclenchement de la guerre civile en Espagne en 1936, suscite l’indignation de nombreux historiens. Retour sur une entreprise de « falsification ».
par Ludovic Lamant
Journal — Amérique Latine
Au Chili, la menace d’un refus plane sur la nouvelle Constitution
Face aux crispations sur certains points de la nouvelle Constitution, le gouvernement chilien prévoit déjà des réformes au texte en cas d’adoption par référendum le 4 septembre. Une position défensive qui témoigne de l’étroitesse du chemin vers la victoire du « oui ». 
par Mathieu Dejean
Journal — Amériques
Le jeu dangereux du Parti des travailleurs avec les militaires
Créé par Lula en pleine dictature, le PT, une fois au pouvoir, a malgré tout entretenu des relations cordiales avec l’armée brésilienne. Puis des tensions sont apparues, jusqu’à faire revenir officiers et généraux dans l’arène politique, en faveur de Jair Bolsonaro.
par Jean-Mathieu Albertini

La sélection du Club

Billet de blog
La sobriété, c'est maintenant ou jamais
Le bras de fer en cours avec la Russie autour des énergies fossiles est l’occasion d’entrer de plain-pied dans l’ère de la sobriété énergétique. Pourtant, nos gouvernants semblent lorgner vers une autre voie : celle qui consiste simplement à changer de fournisseur, au risque de perdre toute crédibilité morale et de manquer une occasion historique en faveur du climat.
par Sylvain BERMOND
Billet d’édition
Besoins, désirs, domination
[Rediffusion] Qu'arrive-t-il aux besoins des êtres humains sous le capitalisme? Alors que la doxa libérale naturalise les besoins existants en en faisant des propriétés de la «nature humaine», nous sommes aujourd'hui forcé·e·s, à l'heure des urgences écologique, sociale et démocratique, à chercher à dévoiler et donc politiser leur construction sociale.
par Dimitris Fasfalis
Billet de blog
Réflexions sur le manque (1) : De la rareté sur mesure
Pour que l’exigence de qualité et de singularité de l’individu contemporain puisse être conciliée avec ses appropriations massives, il faut que soit introduit un niveau de difficulté supplémentaire. La résistance nourrit et relance l’intérêt porté au processus global. Pour tirer le meilleur parti de ces mécanismes psycho-comportementaux, nos sociétés "gamifiées" créent de la rareté sur mesure.
par clemence.kerdaffrec@gmail.com
Billet de blog
Leur sobriété et la nôtre
[Rediffusion] Catherine MacGregor, Jean-Bernard Lévy, et Patrick Pouyanné, directrice et directeurs de Engie, EDF et TotalEnergies, ont appelé dans le JDD à la sobriété. En réponse, des professionnel·les et ingénieur·es travaillant dans l'énergie dénoncent l'hypocrisie d'un appel à l'effort par des groupes qui portent une responsabilité historique dans le réchauffement climatique. Un mea culpa eût été bienvenu, mais « difficile de demander pardon pour des erreurs dans lesquelles on continue de foncer tête baissée. »
par Les invités de Mediapart