Restitution du grand débat : Un grand bla, bla, bla !

La convergence des luttes, seule issue pour contraindre le pouvoir à prendre en compte la volonté populaire.

Après l’incendie de Notre-Dame et son exploitation politique par un président qui diffère encore ses réponses au grand débat, la côte de po-pularité du chef de l’État chute de nouveau, avec 27% de sondés satisfaits, au plus bas niveau depuis son élection. Le sondage effectué par Opi-nionway les 17 et 18 avril 2019, indique une perte de 5 points d’avis favorables par Macron et Castaner en un mois. Ainsi, à quelques jours de la restitution du grand débat, et après que les mesures qu’il s’apprêtait à annoncer aient fuité, plus de 70% des Français expriment leur mécontentement à l’égard d’un président parti, en ce week-end de Pâques, se ressourcer auprès de la bourgeoisie du Touquet, montré sur des images d’un « bain de foule » datant de 2018, diffusées par CNews. C’est dans une salle des fêtes rénovée de l’Élysée (coût des travaux 500 000 euros), devant un parterre d’élèves attentifs à l’écoute du Phénix, que jeudi 25 avril le président monarque livre enfin sa réponse au grand débat. Une explication de texte à des journalistes complaisants (à trois exceptions près), et l’annonce de mesures gadget. Comme lors des séances fleuves du grand débat, l’exercice s’apparente davantage à une réunion publique de campagne électorale, qu’à une conférence de presse.

Et moi, et moi, et moi …
Pour se défausser des quelques questions pertinentes de journalistes, le président botte en touche en renvoyant à ses ministres le soin d’y répondre, sous prétexte qu’il lui est trop souvent reproché d’agir seul. Une fois ces questions esquivées, le naturel revient au galop, agrémenté de longues tirades avec moi, je … et moi, et moi, et moi, et une surdose d’autosatisfaction. Quand il est questionné sur ses petites phrases : « Je traverse la rue, je vous trouve du travail » - « Des gaulois réfractaires au changement » - « On met on pognon dingue dans les minimas sociaux » - « Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques » - « Certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes … » - « Les gens qui ne sont rien » - « La meilleur façon de se payer un costard, c’est de travailler » - « Les femmes salariées de Gad, pour beaucoup illettrées … » - « Le bus pourra bénéficier aux pauvres » - « Le kwassa-kwassa pêche peu ! Il amène du Comorien ! », le Phénix répond : « Vous ne m’avez pas compris ! » Quant au mécontentement des Français sur le pouvoir d’achat, l’injustice fiscale, l’ISF, le CICE, la CSG, etc… c’est parce que le gouvernement a manqué de pédagogie. Décidemment, ces Français ne comprennent ni le sens des propos de Sa Majesté, ni l’art de berner de la macronie !

Enfumage et mesures gadget
Si je m’étends sur la forme de cette conférence électorale, c’est parce que le faux-semblant et le bavardage ont éludé les réponses concrètes qu’attendent les Français. Le mépris, la caricature et la provocation ont été, une fois encore, la seule réponse qu’il ait apporté aux « gilets jaunes ». Pas même un mot pour ceux qui sont morts sur les barrages, ou cette femme décédée à Marseille suite au tir d’une grenade par la police ; pour les dizaines de mutilés, et les centaines de blessés graves, victimes des violences policières ; pas un mot de compassion pour ces femmes et ces hommes meurtris dans leur chair, parce qu’ils criaient leur colère de fins de mois difficiles ou de misère. Quant à leurs revendications sur l’ISF, le RIC, le vote blanc, la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité, la suppression de la CSG sur les pensions de retraite et leur indexation sur le coût de la vie, pour tous les retraités, le monarque a répondu, c’est non ! Ainsi, le grand débat qui a duré plus de 2 mois et coûté 12 millions d’euros, s’est révélé être, comme attendu, une duperie. Si le président s’engage à ne pas fermer des écoles et des hôpitaux, s’engage-t-il à ne pas fermer des classes et des services de santé ? non ! Quand il soumet la fermeture d’une école à la décision du maire, tentant de faire croire qu’il donne du pourvoir aux élus locaux, de qui se moque-t-il ? Y-a-t-il eu à ce jour un maire qui de-mande la fermeture d’une école ? L’indécence de ce long monologue en réponse aux revendications de « gilets jaunes », soutenues par une majorité de Français, ne peut que mener à l’impasse d’une situation qui ne peut que devenir explosive. De toute évidence, l’incompréhension du mal vivre et du mal être d’une très large fraction de la popula-tion, par un président des riches et de ministres millionnaires, soutenus par une majorité de députés godillots, de privilégiés décomplexés, et de valets libéraux et sociaux-démocrates au service de l’idéologie ultra-libérale, creuse le fossé entre le peuple et un monarque retranché dans son palais, comme Louis XVI l’était avant la révolution. La suppression de l’ENA, la baisse supposée des impôts pour les classes moyennes en appelant à travailler plus, l’affirmation hypocrite du maintien de l’âge de départ à la retraite à 62 ans, tout en allongeant la durée des cotisations : « Ce sur quoi peut travailler le gouvernement avec le Parlement, c’est de regarder si on peut allonger la période de référence sans bouger l’âge légal pour avoir un système de décote qui incite à travailler davantage, mais sans forcer tout le monde », sont des mesures gadget destinées à enfumer l’opinion. En réalité, Macron ne change rien et maintient son cap, tracé par les directives européennes au service des mul-tinationales et des riches. Les autres annonces (abandon de l’objectif de suppression de 120 000 postes dans la fonction publique, la création d’un conseil écologique, la garantie des paiements des pensions alimentaires, la refonte de la politique migratoire), imprécises et hypothétiques, s’inscrivent dans cette stratégie de diversion adop-tée par le pouvoir depuis le début de cette crise sociale et politique.

La convergence des luttes, seule issue pour contraindre le pouvoir à prendre en compte la volonté populaire.
La leçon à retenir de l’acte 24, au lendemain de cette conférence de presse, c’est la manifestation commune à Paris des « gilets jaunes » et des « gilets rouges » de fédérations et unions départe-mentales CGT, avec le soutien de partis politiques de gauche. Aussi, la grande manifestation unitaire organisée par la CGT, FO, FSU, Solidaires, l’UNEF (étudiants) et l'UNL (lycéens) le 1er mai, pourrait être pour le mouvement des « gilets jaunes » une étape historique dans la crise sociale et institutionnelle qu’ils ont déclenchée, mais aussi pour les 5,5 millions de fonctionnaires appelés à une journée d'actions et de grève contre la réforme de la Fonction publique le 9 mai. La restitution manquée du grand débat a le mérite de clarifier les positions de ceux qui, comme les droites LREM, LR, RN, et leurs alliés sociaux-démocrates, s’opposent aux mesures économiques et institutionnelles qui pourraient apporter plus de justice sociale et de démocratie, et ceux qui depuis le quinquennat Hollande, luttent contre les politiques d’austérité, responsables des fractures territoriales et sociales, et d’appauvrissement des classes qui produisent les richesses au profit des plus riches. Aussi, la convergence des luttes s’impose aujourd’hui, au mouvement des « gilets jaunes » sous peine de sombrer dans le piège de la marginalisation que lui tend le pouvoir, mais aussi aux fonctionnaires et aux salariés et employés des entreprises privées et publiques, pour voir enfin aboutir leurs revendications.Quant aux syndicats qui ne se compromettent pas avec le pouvoir, , il y va de leur crédibilité, mais aussi de leur légitimité à représenter le mouvement ouvrier dans les luttes sociales qui s’annoncent face à l’intransigeance d’un monarque, décidé à servir obstinément les intérêts des puissances de l’argent.

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