QUELLE POLICE AVONS-NOUS ?

Après les crises sociales et la crise sanitaire, la macronie face aux désordres policiers.

Après les violences inouïes commises à l’encontre des « gilets jaunes ; après les violentes répressions de lycéens et d’étudiants, d’ouvriers, d’enseignants, de personnels soignants, de sapeurs-pompiers, les désordres policiers parcourent nos avenues. Ces manifestations aux allures grotesques de fonctionnaires de la force publique, au lendemain des grandes mobilisations en France et dans le monde contre le racisme et les violences policières, interrogent sur ce qu’est devenue notre police républicaine. Que des syndicats de police se montrent si accommodants avec les transgressions des règles de déontologie et adoptent des postures ultra-corporatistes, notamment en pratiquant le déni face à des faits avérés de comportements racistes et de violences policières, questionne sur le rôle que cette institution prétend vouloir jouer dans la vie démocratique de notre pays. Quand ces syndicats de police proclament être les garants des valeurs de la République, à quelles valeurs font-ils référence ? À celles exprimées par le groupe Facebook de policiers « TN Rabiot police officiel » sur les réseaux sociaux, où pas moins de 8 000 personnes échangent des messages racistes ou homophobes ? À celles qui font du contrôle au faciès – souvent suivi de brutalités policières – une pratique coutumière dans les quartiers populaires ? À celles du RN (ex-Front national) qui nie la ségrégation raciale en France ? À celles qui conduisent des policiers à manifester devant le Bataclan, tentant ainsi de récupérer un évènement tragique qui a profondément blessé notre pays et marqué notre mémoire ? À celles inspirées par l’idéologie de l’extrême-droite, qui au nom de principes d’autorité si chers aux politiciens de droite donnent le droit de donner la mort lors d’une interpellation, comme cela a été le cas pour Cédric Chouviat père de famille de 42 ans, livreur à Paris interpelé par 4 policiers et décédé des suites d'une asphyxie avec fracture du larynx ?  À celles qui autorisent un groupe de policiers de malmener et de tirer par les cheveux une femme frêle de 50 ans, infirmière réclamant à Macron de tenir ses promesses faites durant la crise du coronavirus ? À celles qui font que les syndicats de policiers prennent en otage l’État pour obtenir l’augmentation des salaires, comme cela a été le cas durant la crise des « gilets jaunes » quand le pouvoir aux abois a été obligé de céder ? Ou encore à celles qui font descendre les policiers dans la rue pour exiger du président de la République l’abandon des mesures annoncées par le ministre de l’Intérieur pour mettre fin à des pratiques aux conséquences meurtrières ? Exigences auxquelles le chef de l’État a aussitôt cédé. Un président si peu réceptif aux revendications de ceux qui produisent, enseignent ou soignent dans notre pays, mais si prompt à les réprimer par la violence lorsqu’ils manifestent. Un pouvoir qui tente, avec la complicité de la droite LR, d’interdire la diffusion d’images montrant les violences policières. D’abord avec une proposition de loi du député Éric Ciotti au lendemain de la mort de George Floyd, asphyxié au cours d’une arrestation meurtrière aux Etats-Unis. Puis, par le ministre de l’Intérieur, qui après avoir déclaré : « Je veux une tolérance zéro sur le racisme dans notre République et chez les forces de l’ordre. L’uniforme bleu de la loi ne permet pas de se situer au-dessus de la loi » (…) « Je veux qu’il y ait une sanction systématique, qui est une mesure administrative de suspension. », et annoncé « l’abandon des techniques d’étranglement », cède aux exigences des syndicats policiers et se dit favorable à l’interdiction de diffusion d’images de policiers commettant des actes de violence.  

Les comportements racistes et les violences policières sont si fréquents que considérer ces faits comme marginaux relève de la mauvaise foi, ou d’une volonté de perpétuer des pratiques indignes d’un État de droit. Les syndicats de police devraient être d’avantage occupés à faire le ménage dans leur corporation qu’à vouloir faire descendre dans la rue les policiers pour défendre l’indéfendable. Ne pas dénoncer la responsabilité collective d’une quinzaine de policiers à Marseille, certains masqués, tabassant lâchement une jeune femme de 19 ans sortant de son travail, à terre et déjà blessée par une balle de LBD à la cuisse, lui fracassant le crâne à coups de bottes et de matraques est une honte pour la République et un déshonneur pour l’institution censée la servir. Contester les décisions des juges, vouloir interférer dans le déroulement de la justice comme le font trop souvent ces syndicats de police est contraire aux principes qui fondent les règles de notre démocratie. Vouloir imposer au pouvoir politique les règles et les pratiques encadrant l’exercice de leur mission est contraire aux principes démocratiques qui prévalent dans notre pays. En démocratie, la police n’exige pas la démission du ministre de l’Intérieur sous prétexte qu’il annonce des mesures relevant de son autorité. En démocratie, la police ne dicte pas aux juges les sanctions à prendre à l’encontre d’un citoyen commettant un délit. En démocratie la justice est indépendante de l’institution policière. En démocratie, ce ne sont pas les syndicats de policiers qui font les propositions de loi, comme celle d’interdire les images de policiers commettant des actes de violence déposée par Ciotti à l’Assemblée nationale, et dont le syndicat Alliance Police nationale en est l’initiateur. Une atteinte à la liberté de la presse dénoncée par le syndicat des journalistes SNJ : « Il en va de la liberté de la presse » (…) « une nouvelle tentative de museler l’information, la liberté d’informer et d’être informé ».

Le silence assourdissant du président Macron sur l’assassinat raciste d’un homme noir par un policier blanc aux Etats-Unis – meurtre qui a déclenché dans le monde des manifestations contre le racisme et les violences policières, et d’imposants rassemblements en France demandant justice pour Adama Traoré, jeune homme noir mort après son interpellation par la gendarmerie en banlieue parisienne en juillet 2016 –, est révélateur de l’ambiguïté que Macron et son pouvoir entretiennent avec l’institution policière. Le degrés de gravité des blessures dues aux violences commises par les forces de l’ordre depuis l’arrivée au pouvoir de la macronie est inédit. Les comportements inappropriés de policiers sont quotidiens, et ils ne concernent pas uniquement la répression des mouvement sociaux. Ils se vérifient lors des contrôles d’identité ou de simples missions de sécurité publique. Durant la crise sanitaire du Covid-19, des policiers agissent sans discernement en verbalisant des SDF pour non-respect des mesures de confinement. Dans une église du VIIIème arrondissement de Paris des policiers armés font irruption pour mettre fin à une messe diffusée sur les réseaux sociaux, célébrée par un curé, un servant, un chantre, un organiste et trois paroissiens. La doctrine macroniste en matière de sécurité publique conduit à une défiance de la population envers la police que la chanteuse et actrice Camélia Jordana décrit, lors d’une émission de télévision, par ces propos : « Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie. Aujourd’hui j’ai les cheveux défrisés, quand j’ai les cheveux frisés, je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France. » (…) « Je parle des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue et qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau, c’est un fait. » Quand Castaner traite ces propos de « mensongers et honteux », il conforte l’image déplorable que des policiers cow-boys donnent des forces de l’ordre. Quand le Syndicat des Commissaires de la Police nationale (SCPN) pointe du doigt sur Twitter un « témoignage consternant d’une nouvelle star de la bêtise qui démontre en deux minutes la pauvreté de sa pensée », il nous amène à croire que la bêtise et la pauvreté de la pensée sont surtout le fardeau d’une police au service d’un pouvoir peu soucieux de nos valeurs républicaines. Ces dérives sont les conséquences de l’affaiblissement d’un pouvoir politique coupé du peuple, contraint de faire des forces de l’ordre un instrument répressif pour étouffer les aspirations du plus grand nombre, et servir les intérêts égoïstes d’une minorité de prédateurs financiers qui imposent les règles économiques de la mondialisation. Générateur de crises et de désordres sociaux, le modèle social que le pouvoir macroniste s’obstine à nous imposer depuis trois ans – aujourd’hui fissuré par la crise sanitaire du Covid-19 –, a accouché d’une doctrine de maintien de l’ordre inhérente à un pouvoir devenu autoritaire et socialement violent. Notre police est à l’image du pouvoir politique qui nous gouverne.

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