AZF - En réponse à l'article de La Dépêche du Midi du 15-9-2021 de M. Delpiroux

Commentaires insérés dans l'article de M. Delpiroux paru dans la Dépêche du Midi le 15-9-2021 et intitulé : "AZF, 20 ans après : fausses pistes et chausse-trappes.."

Voici en gras et italique les commentaires à l'article de M. Delpiroux paru dans la Dépêche du Midi et intitulé : "AZF, 20 ans après : fausses pistes et chausse-trappes.."

Cette catastrophe a suscité d’innombrables explications, encouragées par ceux qui refusaient la thèse de l’accident. Si certaines sont plausibles, d’autres sont totalement surréalistes…

Eliminons tout de suite la plus farfelue : non, ce ne sont pas les extraterrestres qui ont fait sauter AZF. Et il n’y a pas non plus une base atomique secrète sous le Pech David, d’où auraient été tirées des roquettes.

En revanche, sous la colline, il existe bien un tunnel désaffecté qui servait à amener l’eau de la Garonne à l’ancienne usine d’épuration ! Il y a toujours, dans les rumeurs, une infime part de vérité.

FAUX M. Delpiroux, il existe bien un grand tunnel de plus de 1 km de long entre le CHU de Rangueil (sous les réservoirs d’eau et le bunker allemand visible encore aujourd’hui), le 3ème sous-sol de l’Hôpital militaire Larrey et le quartier de Pouvourville. Des photographies ont bien été prises par un témoin qui les a parcourus en 2007 et vous pourriez peut-être demander aux membres de l’entreprise BISSEUIL le détail des travaux qu’ils ont réalisés en 1982-84 et 1991 dans ses sous-sols militaires de Larrey. Des médecins militaires connaissent également cette galerie qui n’est pas unique. Larrey a encore aujourd’hui un rôle militaire particulier en liaison avec ces galeries souterraines. Ce site était alimenté par les lignes électriques reliées au poste Lafourguette devant l’entrée Nord d’AZF.

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D’autres thèses ont en revanche été plus sérieusement évoquées. Celle notamment du terrorisme, avec quelques incidents qui pouvait laisser supposer un attentat. Aujourd’hui encore, certains y croient dur comme fer et estiment que l’État, à l’époque, (c’est à dire juste après les attaques du 11-Septembre), a voulu cacher la "vérité". Quelles sont les autres pistes ?

La thèse de l’attentat a été surtout distillée avec les 7 « sous-vêtements » retrouvés sur une victime de l’explosion proche du cratère. En réalité, l’examen avait constaté deux calçons avec slip incorporé et non 7 sous-vêtements, mais si vous aviez vu les photos du corps, vous vous seriez aperçu que le large pantalon qu’il avait n’était pas celui qu’il avait au moment de la catastrophe et qu’il lui a été mis après coup par des individus qui avaient tout intérêt que la seule thèse alternative soit celle de l’attentat jihadiste, surtout sachant qu’elle serait à terme reconnue comme bidon. De plus cette victime a eu des brûlures particulières qui auraient mérité un examen et les coques post-mortem avaient été anormalement mises trop tôt sur ses yeux (électrocution ?). En revanche deux témoins ont signalé à la gendarmerie la présence anormale d’un homme en bleu de travail au stade de Valmy qui a crié « Ca va péter ! » plus de 15 secondes avant l’explosion. L’enquête sur ce point a été brutalement interrompue par la Vice Procureur Claudie Viaud, le lendemain même, sans expliquer les apparentes contradictions des témoignages. M. Grésillaud a fourni l’explication sur son blog de Médiapart "AZF 10 min avant l'explosion une alerte tue par le parquet de Toulouse" et il avait informé en vain le juge en 2006 avant la clôture de l'enquête de ce qu’il avait découvert.

  • La bombe de la Seconde Guerre mondiale. Le site d’AZF a été bombardé en mai 1944. Un obus était-il resté dans le sous-sol ? Impossible qu’il explose sans un choc, assurent les experts. Et si c’était arrivé, on aurait trouvé sa "signature". Or, on n’en a trouvé aucune trace.

La société Bérengier a été mandatée fin 2001 par les juges d’instruction pour vérifier les traces de combustion et des traces magnétométriques des bombes des années 1940. Rien de trouvé effectivement mais elle a mentionné en revanche deux grandes traces magnétiques : une Nord-Sud coupant la partie Ouest du cratère qu’elle a attribuée hypothétiquement à un « canal géologique » de dépôts d’hypothétiques roches magnétiques d’un bras abandonné de la Garonne et une autre trace magnétique beaucoup plus forte Sud-Est – Nord-Ouest que la société Bérengier n’a pas su expliquer comme phénomène naturel ou par un équipement en surface : « ses modulations sont caractéristiques d’un phénomène électromagnétique lié au réseau électrique ». Les experts judiciaires n’ont bien entendu rien cherché d’autant qu’ils ont complètement oublié de consulter les archives militaires qui montrent que plein de lignes électriques militaires souterraines parcouraient depuis 1916 le site d’AZF… un vrai travail de journaliste que vous ne savez pas faire en somme M. Delpiroux !

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  • La météorite. On l’aurait vu arriver et de loin !
  • La foudre sur la haute cheminée d’AZF. Pas la moindre trace d’activité orageuse ce jour-là.
  • Un arc électrique qui serait venu de la SNPE voisine… ou d’ailleurs. Tous les témoins ont aperçu un éclair. Cependant, aucune activité électrique anormale n’est signalée dans le secteur avant l’explosion.

Ces éclairs et ces grands faisceaux lumineux visibles en plein jour que plein de témoins ont décrit au SRPJ de Toulouse plusieurs secondes avant l’explosion et également plusieurs secondes après l’explosion n’ont jamais eu d’explication par les experts judiciaires. De plus, M. Delpiroux il y a bien eu des incidents électriques avant l’explosion et notamment une série de 23 incidents de contrôle à 9h50’48 concernant les départs de lignes du poste Lafourguette tout près d’AZF dont surtout celui de la ligne « Lilas » alimentant Larrey qui avait un défaut particulier. Ces informations ont été retrouvées dans le dossier judiciaire, les experts judiciaires les avaient déplacées en fin de fichier dans un fil de l’eau d’EDF et ne les ont jamais étudiées. Des conclusions de partie civile ont demandé des réponses à ce propos aux juges de procès en 2017, sans succès. De plus, en datant le séisme principal une seconde avant l’heure de 10h17’56.4 fournie par le réseau civil RéNaSS dès le début, les experts sismologues du Commissariat à l’Energie Atomique ont permis artificiellement aux incidents électriques touchant les usines d’être postérieurs au séisme principal. Bref… plein de petites manipulations de données par des experts judiciaires en majorité liés à l’armée pour faire dire à des journalistes peu scrupuleux ce qu’ils veulent !

  • Un aéronef. Certains ont vu un avion, ou un hélicoptère, avec même une échelle qui pendait, façon Belmondo. Aucun mouvement n’a été répertorié avant. L’hélicoptère de la gendarmerie est arrivé bien après, pour mesurer les dégâts.

Un son d’un hélicoptère, reconnu par le BEA comme un Ecureuil AS 350 en vol a été enregistré par France 3 à l’Ecole Bellefontaine à peine 15 secondes après l’explosion. Les autorités militaires ont fait croire au SRPJ, aux juges de Procès et aux journalistes naïfs que cet hélicoptère était un Puma au roulage à Francazal à 3,5 km de l’enregistreur… ! Une échelle de corde peut très bien se trouver sous un hélicoptère M. Delpiroux mais en réalité c’est une antenne radio décamétrique en « J » servant de relais radio lors d’opération où les communications doivent être directes, à grande distance et sans autre réseau. Un exemplaire de ce type d’antenne se trouvait encore en 2007 à côté du bâtiment de la préfecture en haut de la colline de Pech David… rien à voir avec les films de Belmondo où l’on voyait tout de même souvent des Ecureuil AS 350.

Un témoin a photographié également un avion en provenance de l’Est de Toulouse, avion dont le modèle le plus proche est un avion cargo Boeing 767, vu par deux autres témoins qui l’ont décrit au SRPJ de Toulouse. Là encore les experts et les juges n’ont absolument rien recherché obéissant gentiment aux données incomplètes fournies par la DAC de Blagnac, la direction de la PAF et la base militaire de Francazal.

AZF - Photographie de Léon Caillaux - Avion © Léon Caillaux AZF - Photographie de Léon Caillaux - Avion © Léon Caillaux

AZF Avion cargo militaire - Boeing 767 © Site Airliners AZF Avion cargo militaire - Boeing 767 © Site Airliners

  • Le gaz. Mais aucune conduite ne passe à proximité du hangar d’où est partie l’explosion.

Le gaz non… mais une conduite d’eau brute OUI ! Un plan de l’usine datant de 2000 montre parfaitement cette ancienne conduite d’eau brute borgne en liaison avec le réseau de l’usine passant en souterrain pile poil dans l’axe central du tas de Nitrate d’Ammonium du Hangar 221. Les experts judiciaires de la Police Scientifique qui avaient ce plan en main depuis septembre 2001 (Pièce D603 page 7), l’on complètement ignoré et ont toujours affirmé qu’aucun réseau ne s’y trouvait malgré ce plan. Il est vrai qu’à leur décharge le Groupe TOTAL leur avait filé un peu plus tard un autre plan retouché après l’explosion sans cette conduite (vous voulez voir un exemplaire de ce plan ?). Une conduite d’eau reliée au réseau dans le cas d’un choc électrique puissant peut-être un très bon transmetteur d’énergie… Ce réseau d’eau brute se terminait quelques dizaines de mètres plus au Nord, dans le bâtiment IO exactement dans le secteur où plusieurs témoignages d’électrocutions et de phénomènes lumineux ont eu lieu quelques secondes avant l’explosion selon ces témoins (M. Dupont, M. Roméro, Melle Masera, M. Daoud). Il est à noter aussi que le contenu du gros transformateur électrique T36 attenant dans ce secteur au bâtiment IO n’a jamais pu être expertisé car il a été volé quelques jours après l’explosion… encore une trace de moins pour M. Delpiroux ! C’est dommage d’autant que le Groupe TOTAL a totalement abandonné toute recherche de piste électrique depuis fin 2004… !

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  • Deux explosions. Tout le monde a ressenti deux détonations. Cela s’explique par le fait qu’il y a eu à la fois la secousse sismique, transmise par le sol, puis l’onde de choc dans les airs. Mais la première se propage plus vite que la seconde, d’où cette impression de décalage.

Ah.. enfin la thèse farfelue du « bang sismique »….C’est si simple cette explication du premier bruit d'explosion pour journaliste crédule… ! M. Delpiroux, avez-vous déjà entendu l’enregistrement sonore d’Air France Montaudran, où on entend très bien le premier « bang » à 4 km d'AZF… un bruit sismique ne peut en aucun cas être à haute fréquence. Cette théorie « farfelue » du « bang sismique » ne repose sur aucune documentation et est une aberration géophysique. Elle a été inventée par le CEA militaire et la responsable sismologue de l’OMP, dès le jeudi 26 septembre 2001, quand les autorités préfectorales ont appris en pleine panique l’existence de cet enregistrement sonore d’Air France le matin du 24 septembre 2001… Aucun exemple de « bang sismique » n’existe dans la littérature scientifique. Les bruits sismiques audibles sont des sons très graves et sourds issus de séismes d’origine souterraine. Etrange,… à Beyrouth aucune des nombreuses vidéos à disposition n’a perçu de « bang sismique » pour la détonation de 2750 t de Nitrate d’Ammonium, la première explosion étant bien chimique et explosive, 33 secondes avant la seconde explosion dévastatrice. De nombreux témoins à moins de 300 mètres du cratère d’AZF ont également perçu ce premier bruit dans un délai impossible avec cette thèse farfelue du « bang sismique » : l’automobiliste Mme Foinan, l’employé d’AZF Mme Boffo, le chauffeur de poids-lourd M. Dubois, etc… Si les témoins de Nüremberg avaient été traités comme ceux d’AZF, la Shoah n’aurait pas existé M. Delpiroux !

  • Fuite d’ergol venant de la SNPE, pour un scénario alambiqué de première explosion qui aurait déclenché la deuxième. Pas de trace de fuites à la SNPE.

Les traces à la SNPE ont été difficiles à acquérir… un simple exemple : cette usine Sevéso 2 seuil Haut, disposant de mesures anti-terroristes pour une létalité possible à 30 km de distance, ne disposait, selon sa direction, que d’un consignateur d’état électrique, branché sur le 220V, sans sécurité électrique et n’ayant plus rien enregistré électriquement après 8h du matin… Ce n’est pas avec ce genre de sérieux qu’on dirige une telle usine qui est encore là aujourd’hui ! Les juges d’enquête et de procès ont gobé tout cru ce gros bobard ! La SNPE était, de plus, parcourue en souterrain par d’innombrables anciennes lignes électriques 13,5 kV, parfois dans des galeries, dont au moins deux passaient sous la Garonne pour rejoindre les sous-sol d’AZF (cf plans militaires). AZF avait également plusieurs lignes électriques militaires souterraines alimentées depuis le poste Lafourguette d’EDF. Ces lignes ont été cachées aux enquêteurs ! Pas de documents, pas de trace, ça a été toute la politique de la direction de la SNPE tout au long de l’enquête ! Politique idéale pour des journalistes peu pugnaces !

  • La nitrocellulose. On fabriquait autrefois cet explosif à la Poudrerie. Des tonnes de nitrocellulose ont été larguées dans les ballastières voisines. Et c’est bien ce produit qui est à l’origine d’une explosion, dans une entreprise de carton, en 2011 dans ce secteur. Mais lors de la dépollution du site, on n’a pas trouvé sur place un gramme de ce produit. Des hypothèses qui sont toujours aussi inflammables.

M. Delpiroux, tout comme les experts judiciaires, n’ayant jamais fait la moindre recherche journalistique aux archives militaires qui possèdent l’historique de cette poudrerie nationale qui englobait AZF jusqu’en 1924 et qui utilisait encore les sous-sols d’AZF, et les voies ferrées d’AZF pour ses besoins industriels et militaires, vous ne savez rien de ce qui pouvait se trouver sur les éléments en lien avec le Hangar 221. On peut encore aujourd’hui trouver des cylindres de nitrocellulose très loin des ballastières, en dehors des terrains militaires, issus des crues successives depuis 1917. J’espère que vous n’imaginez pas naïvement qu’on ait tout regardé à la loupe dans ce décor industriel dévasté… Les allemands avaient déjà commencé à construire une usine de fabrication d’eau lourde en 1943-44, en souterrain à l’Est des trois anciens gazomètres cylindriques. La grosse cuve d’eau lourde a été enlevée en 2002 par la société Cassin TP, tout comme un bunker sous les anciens champs de tir au canon appartenant à AZF en 2001 et abandonnés depuis… les experts judiciaires vous l’ont dit ?

Dominique Delpiroux

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