AZF : 10 mn avant l’explosion, une alerte tue par le Parquet de Toulouse

Dès le 21 septembre 2001, le parquet de Toulouse a du lancer une enquête de flagrance pour comprendre comment un homme paniqué, avait pu deviner très en avance l'explosion d'AZF depuis le Stade de Valmy. Il a été signalé en train de crier « Ça va péter, ça va péter !» à la gendarmerie par deux témoins bordelais. Le parquet va tout mettre en place pour éviter de révéler la vérité sur cette énigme.

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AZF – 10 mn avant l’explosion, une alerte tue par le Parquet de Toulouse

Dès le 21 septembre 2001, le parquet de Toulouse a du lancer une enquête de flagrance pour comprendre comment un homme paniqué, avait pu deviner très en avance l'explosion d'AZF depuis le Stade de Valmy. Il a été signalé en train de crier « Ça va péter, ça va péter !» à la gendarmerie par deux témoins bordelais. Le parquet va tout mettre en place pour éviter de révéler la vérité sur cette énigme.

  1. Deux témoins voient au stade de Valmy un homme criant « ça va péter, barrez-vous ! »
  2. L’enquête est lancée le jour même par le Substitut du Procureur, Claudie Viaud.
  3. Les contradictions des auditions ne dérangent nullement le parquet de Toulouse.
  4. Le juge Le Monnyer exploite en 2009 ces contradictions pour dénigrer les témoins.
  5. Pourquoi ces employés du stade de Valmy m’ont-ils parlé en mai 2005 ?
  6. La vérité : les employés ont été alertés 10 mn avant par le commissariat du Mirail.
  7. L’homme affolé voit un grand éclair au dessus du pôle chimique bien avant le blast !
  8. Le juge d’instruction Perriquet a été averti en octobre 2005 et n’a rien fait !
  9. Une autre alerte a été déclenchée 3 mn avant au Bricomarché de Cugnaux.
  10. Le juge Le Monnyer récidive dans son jugement de 2009.
  11. Le grand éclair a bien été vu par d’autres témoins avant l’explosion du hangar 221.
  12. Le 1er incident électrique d’EDF a été repéré à la SETMI à 250 m du stade de Valmy.
  13. Deux autres témoins ont vécu des incidents électriques antérieurs à moins de 120 m !
  14. Le commissariat du Mirail a provoqué une alerte à la SNPE dès le 1er sept 2001 !
  15. L’évacuation de l’école Bellefontaine au gymnase de Valmy a eu lieu après l’explosion !
  16. Conclusion.

 1. Deux témoins voient au stade de Valmy un homme criant « ça va péter, barrez-vous ! »


Ce 21 septembre 2001, les employés municipaux du Stade de Valmy situé boulevard Eisenhower au Sud-ouest de Toulouse, à 2 km de l’usine AZF ont accueilli vers 9h45 Jean-Michel Fontanet et Stéphane Bourdes, deux stadiers de l’entreprise bordelaise Sport Line, qui devaient préparer les marquages des terrains de basket en plein air de ce complexe sportif scolaire.

Quelques secondes avant l’explosion, ces deux stadiers étaient à côté de leurs voitures en train de préparer leurs outils. Soudain, le stadier Jean-Michel Fontanet, voit surgir un homme habillé en bleu de travail en train de courir et de crier affolé : « Cassez-vous, ça va sauter ! ».

Inquiété par cet homme apparemment très sérieux, Jean-Michel Fontanet va chercher sa veste dans la voiture pour être sûr d’avoir ses papiers avec lui et à peine eut-il fait ces gestes, il voit un deuxième homme, également en bleu de travail, l’air stupéfait et paralysé. C’est à ce moment qu’il entend une énorme explosion et qu’il ressent l’onde de pression. Il voit un gros nuage de fumée noir-orangé et jaunâtre monter dans le ciel. Quelques instants après cet énorme bruit d’explosion, le second homme en bleu de travail, hébété, lui répète « c’est l’ONIA, c’est l’ONIA ! ».

L’autre collègue stadier, Stéphane Bourdes, vit pratiquement les mêmes évènements. Il est agenouillé près de sa voiture et a le dos tourné quand il entend un premier homme crier derrière lui « Ca va péter, ça va péter, barrez-vous ! ». Il voit alors cet homme en bleu de travail affolé courir sur sa droite. Puis il perçoit le très gros bruit de l’explosion. Quelques instants après, il remarque que son collègue stadier M. Fontanet parle avec un deuxième homme en bleu de travail qui explique que c’est l’ONIA qui a sauté.

Tels sont les principaux éléments des dépositions de ces deux témoins entendus par le SRPJ de Bordeaux le 21 septembre 2001, à peine neuf heures après l’explosion du hangar 221 d’AZF (pièce D581).

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Ces deux témoins bordelais qui ont vu ces deux hommes en bleu de travail s’affoler dont un courrait et criait « Ca va péter » plusieurs secondes avant l’explosion, ne se sont pas attardés au stade de Valmy de Toulouse. Ils ont rejoint immédiatement l’autoroute de Bordeaux mais se demandant tous les deux comment cet homme en bleu de travail avait pu deviner que ça allait sauter, ils ont préféré alerter la gendarmerie nationale de ces faits sur une aire d’autoroute près d’Agen.


2. L’enquête est lancée le jour même par le Substitut du Procureur, Claudie Viaud.


Le SRPJ de Toulouse est alors averti par la gendarmerie du Lot-et-Garonne. Le Substitut du Procureur du parquet de Toulouse, Claudie Viaud, demande au SRPJ de Bordeaux d’interroger au plus vite les deux stadiers habitants à Bordeaux.

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Dès 19h45, le 21 septembre 2001, les stadiers M. Fontanet et M. Bourdes sont auditionnés au SRPJ de Bordeaux. Ils confirment tous les deux avoir vu deux hommes en bleu de travail paniqués dont un a couru et a crié « Ca va péter, ça va péter, barrez-vous ! » avec un délai d’anticipation beaucoup trop long pour comprendre comment il a pu savoir que cette explosion allait arriver.

Les auditions des stadiers ne sont communiquées que le lendemain 22 septembre 2001 à 10h30 au SRPJ de Toulouse. Apparemment, le Substitut du Procureur, Claudie Viaud, n’a pas tenu à être informée et donner suite le soir même du 21 septembre 2001 à ces auditions. Est-elle certaine que l’individu qui a paniqué avant l’explosion n’a aucun lien avec la moindre piste terroriste ou de malveillance pour attendre le lendemain une audition auprès du personnel du stade de Valmy ?

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Finalement, ce n’est que le lundi 24 septembre 2001 qu’un seul des employés municipaux présent au stade de Valmy au moment de la catastrophe, Jean-Claude Dupont, sera auditionné par le SRPJ de Toulouse. Un autre employé, Patrice Baptiste, sera interrogé le lendemain du drame à 15h, mais, lui, avait quitté le stade de Valmy quelques minutes avant l’explosion et ne fait donc pas partie des deux hommes en bleu vus par les stadiers bordelais.

Etonnamment, dans la déposition du 24 septembre 2001, le second homme en bleu de travail, affirme qu’il était seul dehors à côté des stadiers et que c’est lui, seul homme en bleu de travail présent au stade de Valmy, qui a couru en criant « Ca va péter » juste après avoir entendu l’énorme bruit de l’explosion du hangar 221 et qui, en voyant le gros panache de fumées  monter, a expliqué aux stadiers que c’était l’ONIA qui avait sauté. Ce témoin dit avoir tout fait alors que les deux stadiers ont tous les deux vu deux hommes différents en bleu de travail, et ont bien décrit leur apparence physique, précisant bien que le second homme était chauve contrairement au premier.

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Qui était donc ce premier homme en bleu de travail dont l’employé municipal nie la présence devant les policiers et qui pourtant avait stupéfié les deux témoins bordelais ?

En fait, selon l’introduction de la pièce D582 du SRPJ de Toulouse, les employés municipaux étaient quatre le matin du 21 septembre 2001 dès 9h : le concierge du stade, Daniel Moulet, qui a accueilli les stadiers, Jean-Claude Dupont en bleu de travail, et deux personnes qui ont quitté le stade de Valmy quelques minutes avant l’explosion, Patrice Baptiste et un certain Arthur. Cet Arthur était ramené chez lui par son collègue avec la voiture de la mairie dans le secteur d’Alban Minville où se trouve le Commissariat du Mirail. Au moment de l’explosion ces deux hommes se trouvaient justement au niveau du commissariat selon la déposition de M. Baptiste.


3. Les contradictions des auditions ne dérangent nullement le parquet de Toulouse.


Le SRPJ de Toulouse n’interrogera donc pas le concierge du stade, Daniel Moulet. Pourtant cet employé municipal était bien présent au stade de Valmy au moment de l’explosion selon les dires du SRPJ de la pièce D582. Les policiers de Toulouse ne chercheront pas à savoir qui était cet Arthur qui est parti quelques minutes avant l’explosion avec M. Baptiste et qui habitait à côté du commissariat du Mirail. Le SRPJ et le parquet de Toulouse ne se contenteront que de ces deux seules auditions du personnel du stade de Valmy.

A partir du lundi 24 septembre 2001, le parquet de Toulouse et les juges d’instructions nommés dès la semaine suivante, ne feront plus la moindre démarche à propos de ces dépositions et de toutes ces anomalies. Ces auditions des SRPJ de Toulouse et de Bordeaux comportent pourtant au moins une très grosse contradiction !

Les deux témoins extérieurs bordelais ont des dires concordants et ont bien vu un homme s’affoler, courir et crier en employant le futur proche « ca va péter » ou « ça va sauter » plusieurs secondes avant l’arrivée du blast, puis ils ont vu un autre homme en bleu de travail également affolé, qui, après l’explosion, expliqua que c’était « l’ONIA qui avait pété ».

Le seul témoin du stade interrogé, Jean-Claude Dupont, affirme au contraire, qu’il n’y avait qu’un seul homme en bleu de travail et qu’il était seul à avoir couru et crié « Ca va péter » immédiatement après avoir entendu le bruit de l’explosion. Après avoir vu un nuage marron et noir s’élever dans le ciel, c’est aussi lui qui a dit aux stadiers que l’explosion se trouvait à l’ONIA.

Pourquoi une telle contradiction sur le nombre d’hommes en bleu de travail et surtout sur la chronologie des événements ?

C’est bien parce que les stadiers bordelais ont vu un homme s’affolé avant le bruit de l’explosion et suffisamment longtemps avant ce bruit qu’ils ont été interloqués et qu’ils ont prévenu la gendarmerie de l’Autoroute. Si le témoignage de M. Dupont était vrai, rien ne leur aurait paru bizarre car comme M. Dupont, ces stadiers ont vécu la très forte explosion et ont vu le panache surgissant au dessus d’AZF. Mais ces deux stadiers sont formels et concordant dans leur témoignage, l’homme en bleu de travail a couru et crier bien avant.

L’emploi du futur proche « Ca va péter » est surprenant. Comment anticiper en paniquant autant un phénomène sonore brutal ?

Les auditions du SRPJ de Toulouse sont incomplètes, puisque le concierge n’est pas interrogé sur les événements et que le second homme parti en voiture n’est pas identifié. Elles manquent de précision, surtout concernant les délais entre les faits. Une confrontation entre témoins ou une nouvelle audition de tous les témoins étaient nécessaires ! Elles n’ont pas été faites.

Comment le Substitut du Procureur, Claudie Viaud, qui suivait le dossier pendant la période de flagrance qui a duré du 21 au 28 septembre 2001 s’est-elle contentée de toutes ces contradictions ?

Pourquoi n’a-t-elle pas voulu compléter le travail insuffisant des policiers du SRPJ et a-t-elle finalement choisi de considérer les deux stadiers comme des affabulateurs au profit du seul témoignage de l’employé municipal ?

Pourquoi avoir arrêté là, le 24 septembre 2001, toutes les démarches d’enquête concernant ces témoignages d’un fait antérieur à l’explosion d’AZF ?

Suit-elle déjà les impressions divinatoires du Procureur Michel Bréard qui parle devant les média, dès le 24 septembre 2001 de l’hypothèse d’un accident chimique initié au hangar 221 d’AZF avec une probabilité de 90% ou 99% ?

Mme Viaud sera citée comme témoin par la partie civile Kathleen Baux au procès en Appel de 2011. Le 3 novembre 2011, lors de l’appel des témoins, Mme Viaud signifiera par courrier au président du Tribunal qu’elle refuse de venir prétextant qu’elle n’a rien à dire en tant que témoin.


4. Le juge Le Monnyer exploite en 2009 ces contradictions pour dénigrer les témoins.


Cette enquête de flagrance de la première semaine de 2001 est passée aux oubliettes du SRPJ de Toulouse pendant des années mais elle réapparaîtra au procès de 1ère instance débutant en février 2009, dans le jugement de Thomas Le Monnyer diffusé le 19 novembre 2009 par la Dépêche du Midi.

En effet, dans le chapitre « II-3-3-2-1 L’hétérogénéité des témoignages » page 311, dans un paragraphe entièrement dédié à une tentative de décrédibiliser les témoignages gênant de l’affaire AZF-Toulouse, ce juge de procès exploite comme première illustration d’une petite liste de témoignages groupés contradictoires entre eux ce cas du stade de Valmy.

« Sans prétendre à l'exhaustivité des situations de témoignages "groupés" pour lesquelles nous disposons, dans le dossier, de 2, 3 ou 4 perceptions de personnes se trouvant les unes à côté des autres, ou à proximité immédiate, il paraît fondamental avant de mettre en exergue tel ou tel témoignage, comme le fait la défense, d'essayer d'apprécier si les conditions de survenance de la catastrophe tout à fait inédites (soudaineté, violence) ont pu ou non influer sur la capacité des témoins, d'une manière générale et sans stigmatisation des uns ou des autres, à restituer ce qu'ils avaient vécu ; pour ce faire, nous allons confronter ces témoignages "groupés" sur les informations rapportant le nombre d'événements perçus, la chronologie des événements ou l'espace temps s'écoulant entre deux signaux sonores perçus :

* Quartier du Mirail (Toulouse) au stade Valmy (à l'ouest du cratère) :

- MM. FONTANET et BOURDES travaillent pour une société de traçage : ils décrivent qu'avant de percevoir l'explosion ou presque simultanément, un homme court en leur direction, l'air très affolé "cassez vous ça va sauter ou ça va péter...", ces deux témoins en déduisent que quelqu'un l'avait prévenu de l'imminence de la catastrophe ou s'interroge... rien ne pouvant laisser présager la survenance de l'explosion. (D 581)

- l'individu décrit par ces deux témoins est identifié en la personne de M. DUPONT, employé municipal ; il précise ne s'être mis à courir, pris de panique, qu'après avoir entendu l'explosion : il croit avoir crié quelque chose... peut-être "ça va péter". (Cote D 592).

On peut relever une incohérence dans la chronologie. » 

Ces témoignages sont contradictoires effectivement, mais apparemment ce juge ne remarque pas le travail bâclé du SRPJ de Toulouse qui n’interroge pas toutes les personnes présentes au stade de Valmy. Le juge Le Monnyer ne s’étonne pas que le parquet de Toulouse, quelques heures après l’explosion ne cherche pas à confronter ces témoignages dont deux décrivent un homme annonçant à l’avance l’explosion.

Ce juge de procès omet volontairement de mentionner que les témoins bordelais ont bien vu deux hommes en bleu de travail et non un seul. La seule parole de l’employé municipal auditionné le 24 septembre 2001 et présent au moment des faits suffit pour ce juge. Les deux autres stadiers, qui ont pourtant des témoignages concordants dès le 21 septembre 2001 au soir et qui sont à l’origine du déclenchement de l’enquête sur ces faits, sont donc pris pour des témoins menteurs !

De plus, le juge Le Monnyer, huit ans après les faits, se sert de ce travail bâclé du SRPJ de Toulouse pour décrédibiliser la valeur des témoignages groupés de phénomènes antérieurs à l’explosion ! Etrange méthode pour un juge de procès chargée d’une telle affaire et pourtant décrite dans le texte même d’un jugement au pénal !

Préfère-t-il mépriser une partie des témoins plutôt que de commencer à critiquer le travail du parquet de Toulouse lors de l’enquête de flagrance en septembre 2001 ?


5. Pourquoi ces employés du stade de Valmy m’ont-ils parlé en mai 2005 ?


Ayant en main depuis Août 2004, la très grande majorité des pièces du dossier d’instruction en cours, je m’étais intéressé aux premiers témoignages s’amoncelant dans l’ordre chronologique du dossier.

J’ai donc vite découvert les témoignages des personnes du stade de Valmy (pièces D581, D592, D594 et D592) et j'ai pu constater les contradictions flagrantes sur ces témoignages et l’absence de deux auditions pour les quatre employés municipaux. Le futur proche « Ca va péter » employé par l’homme en bleu de travail était plus que surprenant ! Jamais les autres témoins toulousains avec qui j’avais parlé et qui étaient pourtant témoins de phénomènes antérieurs impressionnants comme les faisceaux lumineux, les grands éclairs, le premier gros bruit etc…. n’avaient eu un tel don divinatoire !

Tout comme les policiers, le premier homme que j’ai pu rencontrer au stade de Valmy, en mai 2005, était le concierge Daniel Moulet. Mais contrairement à ces policiers qui disposaient, dès le lundi 24 septembre 2001 de toutes les auditions, j’ai exposé à ce concierge mes questionnements en lui montrant les copies de ces auditions.

Immédiatement après, en regardant ces copies d’auditions, en constatant que j’étais sérieux et très au fait sur ces témoignages, et alors qu’un autre collègue le rejoignait, ce concierge a préféré me dire : « C’est normal que ces témoignages se contredisent, on n’a pas tout dit et je vais vous dire la vérité ! »

On s’est alors dirigé avec moi vers le secteur où il se trouvait le 21 septembre 2001 près du coin Nord-Ouest de la conciergerie en vue des terrains de basket et de ce qui restait au loin du pôle chimique et notamment de l’élément le plus visible en 2005 et aujourd’hui la grande tour blanche de la SNPE.


6. La vérité : les employés ont été alertés 10 mn avant par le commissariat du Mirail.


Le 21 septembre 2001, 10h05, environ 10 minutes avant la catastrophe, une personne de sa connaissance travaillant au Commissariat du Mirail prévient par téléphone le concierge Daniel Moulet, qu’il doit s’attendre à un danger imminent et qu’il risque de devoir accueillir les élèves et le personnel de l’école voisine Bellefontaine dans le gymnase de Valmy suite à une alerte possible déclenchant une évacuation des lieux.

Interloqué par cette alerte possible mais pas encore certaine, le concierge ne peut en savoir plus par téléphone et est contraint par ses obligations professionnelles de rester au stade de Valmy. Le concierge connaissait les mesures de protection en cas de danger grave et il savait que le gymnase était utilisé lors de ces crises pour évacuer et protéger les enfants de l’école voisine.

Il envoie donc au Commissariat du Mirail deux des quatre employés municipaux présents avec lui pour qu’ils en sachent un peu plus de vive voix : Patrice Baptiste et un certain Arthur. Ces deux employés municipaux, qui ne sont pas en bleu de travail, et qui ne sont pas obligés de rester partent immédiatement vers le commissariat du Mirail avec la fourgonnette de la Mairie. C’est pourquoi ils sont là au stade de Valmy au moment de l’alerte vers 10h05 mais ils ne sont plus là au moment de l’explosion 10 minutes plus tard. Le concierge et son collègue Jean-Claude Dupont, tous les deux en tenue de travail, restent au Stade.


7. L’homme affolé voit un grand éclair au dessus du pôle chimique bien avant le blast !


A 10h17, alors qu’il est dehors juste au coin Nord-Ouest de sa loge, au pied d’un arbre, le concierge Daniel Moulet voit soudain un très grand éclair au-dessus du pôle chimique. Il pense immédiatement à cette alerte 10 minutes plus tôt et craint que cet éclair concerne l’explosion du site de la SNPE avec la possible détonation du phosgène produite par la SNPE et connu par lui comme être le plus haut risque de danger du site Seveso du pôle chimique.

Ce concierge m’affirma que s'il n'avait pas été sensibilité 10 minutes plus tôt par cette menace d’évacuation lancée par cette personne du commissariat du Mirail, l'éclair l'aurait rendu perplexe mais, ne constatant rien d’autre, il ne se serait pas du tout affolé, pensant seulement à un phénomène météo exceptionnel.

C’est bien cet éclair et cette menace d’alerte anticipée par téléphone, qui l’a fait vraiment paniquer et qui lui avait fait imaginer le pire depuis le pôle chimique. Voyant que cette pré-alerte du commissariat a bien été confirmée par cet éclair impressionnant au dessus de la SNPE, le concierge était terrorisé et a immédiatement couru comme un fou prévenir tout le monde dehors. Ses cris très précoces "ça va péter, ça va péter, barrez-vous !" étaient bien déduits du grand éclair et non de la vision de l'explosion d'AZF qu'il a vu plus tard et qui ne l'aurait pas encouragé à employer la conjugaison du futur proche.

Il y a bien eu un grand délai longtemps avant l'explosion d'AZF lui permettant de se mettre à courir depuis le coin Nord-Ouest de la conciergerie où les stadiers ne pouvaient ne pas le voir jusqu’au niveau des voitures des stadiers et de voir son collègue du stade, aussi en bleu de travail, paniquer pareillement quelques secondes plus tard, car les quatre employés étaient tous informés de cette menace d’évacuation.

Ce collègue Jean-Claude Dupont qui a été auditionné le 24 septembre 2001 était le second homme en bleu de travail. Il n'a vu que le panache de fumée et pas le premier éclair précurseur. Il n’a rien crié avant l’impact sonore mais, sensibilisé aussi par l’alerte du commissariat, il a été effrayé de voir son collègue concierge paniquer à ce point.

Le délai entre la vision de l’éclair et l’arrivée du blast était d’au moins une douzaine de secondes voire bien une quinzaine de secondes, le temps de parcourir une bonne distance.

A leur retour sur Bordeaux, intrigués par le comportement du premier homme en bleu de travail, c'est-à-dire le concierge, les deux témoins stadiers de Sport Line qui n’avaient que très peu parler avec le personnel du stade avant de reprendre la route ont décidé de prévenir la gendarmerie de l'autoroute qui alerta alors le SRPJ de Toulouse. Celui-ci pris note des témoignages et déclencha une enquête de flagrance au niveau de Bordeaux et de Toulouse.

Le soir même du 21 septembre, le concierge, intrigué par cette pré-alerte et cet éclair précurseur, a joint par téléphone un ami travaillant au RG de Toulouse. Ce dernier lui a dit qu’il fallait mieux qu’il se taise sinon il risquait de déclencher une piste à caractère « terroriste » et d’être mêlé malgré lui à quelque chose d’ultra-sensible qui ne lui causerait que des ennuis. Cet ami, apparemment assez bien placé au RG, savait qu’une enquête était déclenchée et il rassura le concierge en lui disant de ne pas s’inquiéter car les policiers et le parquet de Toulouse n’allaient pas insister pour l’interroger.

Le lendemain le 22 septembre 2001, alors que les policiers confirment bien avoir vu ce concierge et avoir vérifié qu’il était présent au moment de l’explosion n’enregistre effectivement pas son audition. Et les policiers, pourtant informés de l’audition des deux stadiers bordelais, ne vont donc conserver le lundi 24 septembre 2001 que le témoignage, en partie faux, du collègue Jean-Claude Dupont sans sourciller le moins du monde.  Les policiers ne vont pas essayer d’identifier le 4ème homme Arthur alors qu’il est employé par la ville et que ses collègues savent très bien où il habite. Le prétexte donné dans la description de leur mission par les policiers est donc bidon. C’est justement au commissariat du Mirail que M. Baptiste et Arthur allait s’informer de l’alerte avant l’explosion… l’employé municipal prénommé Arthur, qui était aussi au courant de l’alerte, aurait-il trop parlé s’il avait été interrogé ? Moins on interroge de témoins, moins on risque d’apprendre des choses.

Le parquet va alors tranquillement classer sans suite l’ensemble de ces auditions contradictoires introduites dans le dossier lors de la période de flagrance.


8. Le juge d’instruction Perriquet a été averti en octobre 2005 et n’a rien fait !


Les juges d’instruction nommés après le 28 septembre 2001, Didier Suc et Joaquim Fernandez, puis après 2003, Thierry Perriquet ne vont jamais relever, ni étudier cette partie du dossier de flagrance. Comme pour de très nombreuses dépositions de témoins, dès qu’on parle de phénomènes insolites antérieurs à l’explosion et pouvant contredire la thèse de l’accident chimique, aucun travail poussé n’est lancé par ces juges, ni par les experts judiciaires.

Pourtant fin octobre 2005, j’informe par mail la cour d’appel de Toulouse d’une vingtaine anomalies techniques relevées dans le dossier dont celle du stade de Valmy en mentionnant les auditions contradictoires des pièces D581, D582 et D592 du dossier et de l’existence du premier homme en bleu de travail conseillé par les RG pour ne pas apparaître dans le dossier.

La cour d’Appel communiquera mon mail au parquet de Toulouse en lui notant bien que j’avais apparemment eu accès au dossier (pièce D6439).

« non poursuite de l’enquête concernant les pièces D581, D582 et D592 sur la présence d’un homme en bleu de travail dénoncé par deux témoins le jour même, qui a lancé l’alerte d’une explosion imminente plus de 15 secondes avant l’explosion à moins de 2,5 km. Cet homme existe, et travaillant occasionnellement pour les RG, il a réussi à faire « sauter » sa déposition car on lui avait demandé de mentir sur ce qu’il avait vu 15 secondes avant l’explosion. »

Bien que le juge Perriquet puisse facilement deviner qui était cet homme en lisant la pièce D581 où on constate que le concierge était bien au stade de Valmy à l’heure de l’explosion le 21 septembre 2001, qu’il a bien vu les policiers le 22 septembre à 10h30 et qu’il n’a pas été auditionné, aucune suite ne sera donnée par les juges d’instruction qui clôtureront l’enquête AZF-Toulouse l’été 2007.


9. Une autre alerte a été déclenchée 3 mn avant au Bricomarché de Cugnaux.


Le dossier contient un autre témoignage d’une personne présente au magasin Bricomarché de Cugnaux. Mme Bitauld affirme dans sa déposition D5181 qu’elle était avec son mari dans ce magasin et qu’elle a entendu, par haut parleur, un des responsables du magasin demander aux clients de rejoindre les caisses et de sortir du magasin avant fermeture des portes dans le quart d’heure qui suivait. Sans aucune panique, tout le monde s’est dirigé vers les caisses et la sortie. M et Mme Bitauld étaient quasiment les derniers à quitter le magasin quand le gros bruit d’explosion eut lieu, des faux plafonds tombant même dans le magasin. Elle raconta ce témoignage très tôt le 15 octobre 2001 à son pharmacien de quartier, Francis Brésolles, président d’une association de commerçants. Celui-ci, avec l’accord de Mme Bitauld, alerta le jour même puis à plusieurs reprises jusqu’en décembre 2001 la Dépêche du Midi de l’intérêt de ce témoignage. Voyant que la Dépêche du Midi ne réagissait toujours pas, ce pharmacien prévint en mars 2004 par courrier l’avocat Me Ludot qui défendait le dossier d’une partie civile dans l’affaire AZF. Ce dernier informa précisément le juge d’instruction Didier Suc de ce témoignage le 8 avril 2004. Ceci permit de retrouver Mme Jeanine Bitauld et d’effectuer son audition le 20 mai 2004.

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Rapidement, le SRPJ de Toulouse allait vérifier le témoignage de Mme Bitauld auprès du Président du Conseil d’Administration du Bricomarché de Cugnaux, Christian Dott (pièce D5182), auprès de son fils Alexandre Dott, Directeur Administratif du même magasin (pièce D5184), et, également du Directeur Commercial Jean-Claude Alibert (pièce D5183). Tous les trois se trouvaient en réunion au 1er étage du magasin. Ils démentirent tous les trois le témoignage de cette cliente et affirmèrent qu’il n’y avait jamais eu la moindre alerte, ni demande d’évacuation par haut parleur avant ou même après l’explosion.

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Mais les policiers du SRPJ devant une telle contradiction provoquée par les témoignages de ces trois responsables du magasin ne cherchèrent pas à vérifier le vécu de cette dame auprès d’autres témoins situés au rez-de-chaussée dans le magasin même, comme les employés des caisses, et surtout, ils ne cherchèrent pas à vérifier les dires de Mme Bitauld auprès de l’autre personne qui accompagnait Mme Bitauld,… son mari !

Face aux trois principaux responsables du magasin qui n’avaient pourtant pas pu voir cette dame et les clients depuis leur bureau avant l’explosion, qui étaient ceux qui pouvaient être sommés par la police ou la préfecture d’une demande d’évacuation, le seul témoignage de cette dame, aux yeux des juges d’instruction ne pesait pas lourd… aucune suite ne fut donc donnée.

Cette dame avait bien informé son pharmacien dès le 15 octobre 2001. Elle savait qu’elle était accompagnée de son mari qui a assisté aux mêmes événements qu’elle et que celui-ci pouvait donc être aussi interrogé. En mai 2004 elle a répété exactement les mêmes faits devant des autorités judiciaires. Elle a donné des détails d’événements survenant quelques instants après l’explosion dont son aide auprès d’une cliente qui a eu un malaise, fait, lui, confirmé par les trois autres témoins responsables du Bricomarché. Mme Bitauld a même mentionné les paroles de cette femme se remettant de son malaise et posant une question à M. Dott pour savoir comment il avait pu être informé à l’avance de cette explosion.

Le SRPJ a donc considéré que face aux témoignages de trois responsables du magasin Bricomarché qui étaient tous dans un bureau du magasin au moment des faits, Mme Bitauld était une affabulatrice et que son mari, présent à côté d’elle au moment des faits, n’était pas digne d’être entendu pour confirmer ou infirmer le témoignage de sa femme.

Comme avec les témoignages du stade de Valmy, les contradictions sur un groupement de témoignages ne sont pas matière à vérification et surtout ne sont pas contrôlées de manière sérieuse et exhaustive et sont toujours au profit d’un abandon prématuré et anormal.


10. Le juge Le Monnyer récidive dans son jugement de 2009.


Pire, c’est justement cette série de témoignages groupés au Bricomarché de Cugnaux que prendra comme seconde illustration, page 312 de son jugement en 2009, le juge Thomas Le Monnyer pour suggérer que des témoins comme Mme Bitauld ont beaucoup d’imagination :

« * dans le magasin "Bricomarché" de CUGNAUX (à plusieurs kilomètres au sud-ouest du cratère)

- Mme BITAULD, cliente du magasin expose que vers 10H15, une annonce par hauts parleurs invite les clients à sortir du magasin…  Alors qu'elle est en train de sortir du magasin, elle entend une première explosion très forte, telle qu'elle pense que c'est le plafond du magasin qui s'écroule… puis une à deux secondes plus tard une 2° explosion moins forte au bruit plus sourd... Cherchant un peu plus tard à réconforter une personne prise de malaise, Mme BITAULD soutient qu'un responsable du magasin a répondu à cette personne qui l'interrogeait sur le point de savoir comment il avait fait pour prévenir la catastrophe, lui aurait répondu "avoir reçu des ordres de faire évacuer le magasin et s'être contenté d'obéir. (Cote d 5181)

- le responsable du magasin est identifié en la personne de M. DOTT : il soutient avoir été ainsi que ses collaborateurs surpris par l'explosion et qu'aucune annonce n'a été faite avant l'événement. Il confirme s'être porté auprès d'une personne ayant fait un malaise à l'extérieur et dément catégoriquement avoir tenu les propos qu'on lui prête qu'il qualifie "de totalement imaginaires" (D 5184).

On peut relever une incohérence dans le déroulement des événements et le travail de l'imagination ou de reconstruction. »

Là aussi, le juge Le Monnyer ne s’étonne pas du manque de vérifications et de l’absence de l’audition du mari de Mme Bitauld ainsi que du personnel de Bricomarché réellement présent à proximité de ce témoin au sein du magasin et non au 1er étage. Le choix entre témoins crédibles et non crédibles est donc bien arbitrairement fait au détriment du sérieux de l’enquête par ces juges et ceci toujours au bénéfice de ce qui ne dérange pas la thèse de l’accident chimique.


11. Le grand éclair a bien été vu par d’autres témoins avant l’explosion du hangar 221.


Plusieurs autres témoins confirmeront la présence d’un grand éclair au dessus du pôle chimique et même plus précisément au dessus de la SNPE.

Mme Simone Garrigue se promenait avec son chien le long de la Garonne à 700 m au nord du cratère d’AZF (pièce D890) et a pu, lors d’une reconstitution sur le terrain avec le juge Perriquet (pièce D3353 page 47), confirmer la direction du grand éclair qu’elle vit quelques secondes avant le blast sur la partie Est de la Garonne et donc en direction de la SNPE et de la colline de Pech David et non de l’usine AZF.

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Mme Frédérique Grimal, depuis la fenêtre de son bureau du Lycée Gallieni, à 650 m du hangar 221, voit également au dessus de la rocade un arc lumineux en direction de la tout blanche de la SNPE près de dix secondes avant l’explosion (pièce D5056, D6297, D6139). Une reconstitution sera faite depuis ce lycée et elle confirmera ses dires devant le juge d’instruction (pièce D5313).

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Didier Créteaux voit également depuis le huitième étage de son immeuble, au dessus du métro des Arènes, un grand éclair dans la direction de l’usine SNPE à gauche de la tour blanche (pièce D4263 page 34). Il est plus loin que les deux autres témoins, mais la direction de ce flash ne peut absolument pas être au niveau du hangar 221 (pièce D4270 page 19 et 21).

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Pourtant, les experts judiciaires et les juges se moquent de tous ces témoignages qui se comptent par des dizaines et de ce travail de vérification sur le terrain. Pour eux, les témoins, même à une distance inférieur à 650 mètres, n’ont vu que l’effet lumineux de l’explosion du hangar 221 plusieurs secondes avant celle ci. Pourtant à la distance de 650 ou 700 le délai d’arrivée du son de la détonation ne peut excéder 0,5 secondes d’après ces experts. Les témoins évoquent toujours des délais bien plus longs.

Mme Garrigue sera citée comme témoin au procès de 1ère instance en avril 2009. Devant le juge Thomas Le Monnyer elle répètera dans le détail son témoignage du 21 septembre 2001 et la reconstitution sur le terrain avec le juge. Le juge Le Monnyer n’en parlera pourtant aucune fois dans son jugement. En revanche, page 316 du jugement, toujours dans sa rubrique des témoignages groupés sujets à caution, il essaiera de décrédibiliser le témoignage de Mme Grimal en pensant, à tort, trouver des semblants de contradictions partielles avec le témoignage de sa collègue Mme Pauvert, qui était dos à la fenêtre.


12. Le 1er incident électrique d’EDF a été repéré à la SETMI à 250 m du stade de Valmy.


Au cours de l’instruction et en plusieurs phases, les responsables d’EDF à partir de janvier 2002, soit trois mois après la catastrophe, ont commencé à fournir une chronologie des incidents électriques survenus sur les réseaux moyenne et haute tension.

Il s’avère que le tout premier incident électrique a eu lieu selon le fil de l’eau d’EDF à 10h17’55.77 (pièce D2192). Il concerne l’îlotement électrique de l’usine d’incération des ordures SETMI située à moins de 200 m du stade de Valmy. La ligne 20 kV nommée « ZAD Mirail » qui part du poste 63kV/20kV de Mounède, qui passe par la SETMI, producteur d’électricité grâce à ses dégagements énergétiques de vapeurs chaudes et qui rejoint le transformateur TR312 du poste 63kV/20kV de Lafourguette au Nord-Ouest d’AZF, passe justement sous le trottoir boulevard Eisenhower, qui longe le complexe sportif de Valmy.

En associant pourtant de manière arbitraire l’explosion du hangar 221 à la date du séisme principal de magnitude 3.4 que le responsable du réseau LDG du CEA militaire Brune Feignier a daté à 10h17’55.45 dans son rapport final de 2005, les experts judiciaires électriciens ont dû reconnaître, dans leur rapport final, que malgré cinq hypothèses de scénario proposées, ils n’arrivent pas à expliquer clairement l’origine de cet incident électrique. Même en recalant à 10h17’56.16 la date de cet incident électrique, il n’est pas évident d’expliquer pourquoi cette ligne liée à la SETMI a pu déclencher cet îlotement avant tout le monde et notamment avant le premier gros incident électrique du transformateur TR311 du poste 63kV/20kV de Lafourguette daté à 10h17’56.72.

Le directeur de la SETMI, Jean-Yves Haillecourt, a témoigné auprès du SRPJ en juin 2002 (pièce D2891). Il a pu décrire dans le détail sur le terrain et devant le juge et les experts judiciaires l’enchainement des événements vécus (pièce D4263 page 34 et 35) et également lors de sa citation par la partie civile Kathleen Baux au procès en Appel de 2011. Il a repéré l’îlotement électrique de son usine près de 16 secondes avant l’arrivée du blast d’AZF que les experts datent pourtant à 10h17’55.45, soit 0,3 seconde avant l’incident électrique.

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Après cette perturbation électrique, M. Haillecourt a le temps de marcher près de 9 secondes puis d’entendre le bruit d’une première explosion puis d’attendre encore 7 à 8 secondes avant l’arrivée de l’énorme blast provenant de l’explosion du hangar 221.

Ce directeur de la SETMI qui était à 250 m du concierge Daniel Moulet évoque donc un délai d’environs 16 secondes entre la perception du tout premier incident électrique d’EDF et le blast d’AZF, délai très similaire avec celui relaté en 2005 par le concierge, permettant l’apparition de l’éclair au dessus du pôle chimique, le temps qu’il s’affole en courant et se fasse remarquer par les deux stadiers bordelais et enfin le blast final.

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13. Deux autres témoins ont vécu des incidents électriques antérieurs à moins de 120 m !


Une série de deux coupures électriques seront également repérées par Jacques Ribis, propriétaire du Garage Citroën, et par son mécanicien M. Hanoun, situés tous les deux en face du stade de Valmy à moins de 120 mètres, de l’autre côté du boulevard Eisenhower.

Jacques Ribis et Bouhaib Hanoun constatent une coupure très courte environ 45 secondes avant le blast. Elle interrompt brièvement le chariot élévateur des voitures dans l’atelier. Puis juste après, ils constatent une reprise du courant et un délai de 30 secondes environ avant une seconde coupure plus franche qui va précéder de très peu un premier bruit d’explosion puis enfin 15 secondes après survient le blast énorme d’AZF. Entre les deux coupures de courant, le mécanicien B. Hanoun a eu le temps de faire l’aller retour vers le poste électrique EDF du garage et de constater que celui n’a pas disjoncté, la coupure n’était pas due à l’installation interne du garage.

La seconde coupure et ce premier bruit coïncideraient temporellement avec l’incident électrique du voisin SETMI et l’apparition de l’éclair devant les yeux du concierge.

Là encore, les deux témoins du garage de M. Ribis seront interrogés par le SRPJ de Toulouse puis une reconstitution sera faite sur le terrain avec le juge et les experts (pièces D4263 page 36).

Les experts judiciaires et les juges d’instruction, malgré tous ces témoignages et ces données techniques d’EDF concernant le même secteur géographique, vont ignorer la portée de ces informations dans leur rapport final. Ils reconnaitront dans la pièce D6949 page 76 à 78, que cet écart de temps de 30 secondes est incompréhensible et malgré l’existence de grosses carences sur les données historiques fournies par EDF, ces experts feront comme si ces faits et ces témoins n’ont pas existé et que tout a commencé à l’heure de l’unique explosion du hangar 221.

Le témoignage de la SETMI dont EDF a capté l’incident et les deux témoignages du garage Citroën sont tous les trois à proximité du stade de Valmy.

Lorsque j’ai vu M. Moulet, ce dernier m’a dit que plusieurs intervenants qu’il pensait être en train de travailler pour EDF ou le réseau reliant la SETMI, sont venus dans l’après midi du 21 septembre 2001 et sont descendus dans un trou d’homme situé sur le trottoir près du boulevard Eisenhower devant sa conciergerie. Il ne sait pas ce qu’ils ont fait sous ce trottoir mais il avait été surpris d’une telle intervention aussi loin de l’usine AZF et a pensé bien entendu à l’alerte du commissariat du Mirail 10 minutes avant l’explosion.

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Le document D5630 et D5631 du plan rassemblé du réseau 20 kV issu des postes Mounède et Lafourguette montre bien que la ligne « ZAD Mirail » qui a pu provoquer l’incident électrique de 10h17’55.77 passe à la SETMI, le long du boulevard Eisenhower, près du garage Citroën rue de Perpignan et enfin dans le quartier de l’école Bellefontaine et du stade de Valmy.


14. Le commissariat du Mirail a provoqué une alerte à la SNPE dès le 1er sept 2001.


Qui le sait… ? Lors du procès 2009, une commission rogatoire avait été déclenchée par le juge Thomas Le Monnyer concernant l’alerte anti-terroriste lancée dès le 1er septembre 2001 au poste de garde de l’usine voisine d’AZF, la SNPE (Société Nationale des Poudres et Explosifs).

Deux policiers de la Police Nationale en uniforme, vers 10h30, puis un artificier de la Police Nationale, en civil, vers 11h15, étaient venus successivement ce samedi matin 1er septembre 2001 pour signaler la menace d’un acte terroriste contre l’usine et avait conseillé ses responsables de renforcer les contrôles et la surveillance du site.

En mai 2009, plusieurs auditions ont eu lieu, comme celles des chefs de quart, du personnel du service de sécurité Sécuritas, comme le responsable de la direction présent le week-end à la SNPE, mais également des membres de la police nationale. Ces venues ont été enregistrées dans le cahier de bord du poste de garde de la SNPE.

L’origine de cette alerte n’a cependant jamais été apportée de manière formelle par le moindre document écrit apparemment disparu. Cependant des témoins auditionnés en 2009 ont bien spécifié lors de leurs auditions que les policiers devaient venir du Commissariat du Mirail (Pièce PV 0441/2009 de David Moro de Sécuritas).

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Pour le personnel de la SNPE et de Sécuritas, cette alerte était exceptionnelle et les avait beaucoup sensibilisés et inquiétés. Bizarrement pour la direction, elle était de la routine et le directeur de l’usine a même cherché à minimiser la gravité de cette alerte. Pourtant, au cours de l’instruction du dossier AZF, on apprend que le directeur de l’usine AZF a su le 17 septembre que la SNPE avait activé un plan Vigipirate renforcé à partir du 1er septembre et donc bien avant le 11 septembre 2001, jour des attentas de New-York.

A peine une semaine avant cette alerte à la SNPE, le 23 août 2001, une voiture GPL avait également explosé en pleine nuit sous le pont d’Empalot, à moins de 50 m devant l’entrée de l’usine SNPE. Ce fait a été mentionné dans les médias mais n’a jamais eu d’explication et n’a jamais été introduit dans le dossier AZF. (cf Article Mediapart AZF - Une explosion devant la SNPE des le 23 août 2001)


15. L’évacuation de l’école Bellefontaine au gymnase de Valmy a eu lieu après l’explosion.


A titre anecdotique, on peut retrouver dans les enregistrements audio du central de la police nationale (pièce D3914), un policier au nom de code radio « Prox Belle », en train de décrire à partir de 11h08, le déplacement de tous les élèves de Bellefontaine vers le gymnase de Valmy.

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16. Conclusion


Nous avons donc affaire au niveau de ce complexe sportif municipal de Valmy au premier témoin d'un grand éclair précurseur plusieurs secondes avant l’explosion du hangar 221, témoin qui s'est fait remarqué sans le vouloir auprès de deux personnes extérieures à Toulouse, au point de déclencher une enquête de flagrance à Toulouse et Bordeaux dès le 21 septembre 2001.

Le SRPJ et le parquet de Toulouse se contentèrent d’une énorme contradiction sur les témoignages et ne firent aucune vérification poussée de ce type de témoignages groupés pour l’élucider. Au contraire, ils laissèrent tomber les investigations au profit de la seule la thèse de l’accident chimique initiée à AZF.

On peut donc constater qu’un début de piste qui pouvait avoir un rapport avec des événements précédant l’explosion du hangar 221 et peut-être même un événement à caractère malveillant est bien sabordé dès le 22 septembre 2001 !

Ce que les employés de la ville ont caché à des policiers, tout en étant au courant du manque de pugnacité de ces policiers et des ennuis que ces employés pouvaient courir à dire la vérité, a bien immédiatement trouvé écho dans les abandons précoces des responsables de l’enquête de flagrance c'est-à-dire le Procureur de Toulouse, Michel Bréard, et son Substitut, Claudie Viaud.

On ne peut en conclusion que souhaiter un examen attentif, efficace et productif du dossier judiciaire AZF-Toulouse ainsi qu’une étude détaillée du jugement de première instance de 2009, par le tribunal de la cour d’Appel de Paris, présidé à partir de fin janvier 2017 par la magistrate Claudine Forkel. Ils auraient logiquement et juridiquement des chances d’aboutir à une réouverture d’enquête.

 

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