Les Raisins de la Colère peuvent aussi venir de Smyrne ou d’Istanbul

L’auteur, Leylâ Erbil, a été, par le passé, pressentie pour le Prix Nobel de Littérature. C’est que les Raisins de la Colère peuvent aussi venir de Smyrne ou d’Istanbul.

L’auteur, Leylâ Erbil, a été, par le passé, pressentie pour le Prix Nobel de Littérature. C’est que les Raisins de la Colère peuvent aussi venir de Smyrne ou d’Istanbul.

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Une drôle de femme de Leylâ Erbil

Nermin est une jeune étudiante. C’est d’elle qu’il s’agit dans la première partie du roman. C’est sa jeunesse qui s’agite dans une ville d’Istanbul en effervescence. Elle rêve de se faire une place dans la communauté intellectuelle dont la première étape serait le Lambo, une taverne de Galatasaray. L’histoire se déroule dans les années 50 et, dans le rapport de force intellectuel, les femmes sont loin du 50/50.
Nermin rencontre des poètes R. I. K. L. (et O.), autant d’initiales qui font des Lettres à une jeune poète. Hélas, il y a tant de façons d’écrire, déçue. Nermin se cherche poétiquement et politiquement. Elle lit la littérature russe (Tolstoï, Gorki, Dostoïevski) et se sent la fibre communiste.
Au milieu de ses rires étudiants, Nermin se cherche aussi amoureusement. Elle a des peines de cœur, des jeux d'amour et des révélations. L’amour se rencontre au carrefour de la politique. À kurde vaillant, rien d’impossible ? Elle se fait messagère amoureuse d’un amour en prison. La fugue romantique a l’amertume d’un lilas.

Le roman dresse aussi le portrait des parents de Nermin. Le père, ouvrier, a usé sa vie sur la mer. Amer ouvrier. Il a des idées noires héritées d’un temps passé à naviguer autour de la Mer noire. Il paie ses absences.
La mère est une religieuse qui se plie à la tradition et a peur du qu’en-dira-t-on. Elle ne cesse de s’inquiéter pour sa fille. La sexualité de sa fille est son actualité. La foi s'inquiète de la Première Fois. Quant à ces études supérieures, ne vont-elles pas à l’encontre de l’intérêt supérieur religieux ? Suspectes études qui mènent aux classes sociales. Le personnage dépasse ce monolithe apparent. Dans le chapitre qui lui est consacré le personnage sort de ce cadre tout fait et acquiert de la complexité.

À la fin du roman, avec la vigueur d’une ellipse, le lecteur retrouve Nermin. Le temps de savoir qui elle a épousé, comment un piano a atterri au pied d’un prunier sauvage, avec quelles figures révolutionnaires elle s’imagine discuter et, reine de son propre destin, ce qu'elle pose comme question à son miroir.

Une drôle de femme de Leylâ Erbil (1971), roman féministe traduit du turc par Ali Terzioğlu & Jocelyne Burkmann, éd. Belleville, 2018.

Le livre s'accompagne d'un index connecté : les noms sont des mots-clés à utiliser sur le site de l'éditeur pour profiter de photos, de vidéos…

La couverture est magnifique, elle est l'œuvre de Can Çetinkaya.

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