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Billet de blog 2 janvier 2026

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Pinocchio, la littérature et Trump

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1

Carlo Collodi voulut, un jour, faire mourir son Pinocchio. C’était un jour de l’année 1881 que l’auteur de ce récit d’aventures l’avait pendu tristement sans happy end au sommet d’un grand chêne.
Les lecteurs de ce roman qui paraissait par épisodes n’acceptèrent pas…
L’auteur dut donc abandonner la langue bleue de Pinocchio et reprendre la plume.
Un cas rare de personnage sauvé par les lecteurs (Sherlock Holmes connut la même fortune). Une des nombreuses péripéties de ce roman picaresque, celle-là provoquée par une communauté de lecteurs.

Pinocchio, personnage de fiction, a une belle postérité dans le monde réel. Italo Calvino écrivit « Il nous est naturel de penser que Pinocchio a toujours existé, on ne s’imagine pas en effet un monde sans Pinocchio » (« Pinocchio, les leçons d’un pantin », Courrier de l’Unesco, 1982).

Une belle postérité et même une post-vérité.

Désormais c’est le monde qui tire la langue, pendu au sommet d’une grande chaîne de désinformations. Pantois, suffoqué par les mensonges éhontés du POTUS actuel (que Stallone qualifia un jour de deuxième Washington, Bottomless Rocky). C'est à ses fake news qu'on tordrait bien le cou.
Comme tout se classe, tout se mesure, les fausses infos aussi. Le niveau Bottomless Pinocchio arrive lorsqu’une fausse information est répétée plus de vingt fois. Oui, vingt fois !

Cette notation pinocchiesque débuta à l’initiative du journaliste Glenn Kessler du Washington Post (Ah ! Les Hommes du président) qui se mit à accompagner les discours politiques de petits Pinocchios (ça change des étoiles de 1 à 5, un genre de « Eh toi, l’» e(menteur)/a(menteuse)).

En 2016, au moment de la campagne électorale de Trump, la notation changea de division, de niveau. Le mensonge stratosphérique ne touchait plus les étoiles mais atteignait la lune. C’est là que naquit le Bottomless Pinocchio. Une catégorie que l’on pourrait définir ainsi : quand quelqu’un s’obstine à refuser d’abandonner une affirmation alors qu’elle a été checkée et déclarée, tout ou partie, fausse. Avec Trump, over and over and over and over again. A loss ? Non, again.

L’homme descend du songe disait Antoine Blondin (qui avait la descente facile). À l’ère de la post-vérité, l’homme descend du mensonge. C’est une lignée à glacer les esprits les plus exigeants ou à mourir de rire. C’est selon. Avec Trump les fake sont têtus.

Il y a une qui fait la gueule, c’est la vérité qui est tout irritée par cette chose qui joue les héritières. This thing vs the truth. Entre Fact et Fake.
Post-truth que ça s’appelle. De quoi postillonner sa vérité. Faut-il laisser le temps au temps ? Justement. La postvhérité jugera. Et, ça, c’est drôlement flippant. Et si elle jugeait que nous n’avons pas existé.

Cette vérité, à la manière de Maurice de La Porte et de son Dictionnaire des adjectifs savoureux (1571) on la voudrait simple, nette, équi­table, vraie, fille du trump…euh du temps, sincère, pure, aime-jour, entière, certaine, vive, nue, fidèle. Ah ! La poésie !

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