"Va te purifier dans l'air supérieur", est-ce une insulte ?
Ça peut.
« Va te purifier dans l’air supérieur ! », c’est mieux que « Vas-y, eh !, avance ! » balancé à coup de klaxon.
Là, ça claque, ça sonne. Il a l’insulte chic, élégante, lettrée.
« Va te purifier dans l’air supérieur », c’est pas du Braudel ni du Debord mais du Baudelaire, bordel !
L’alexandrin se trouve dans « Élévation « (Les Fleurs du mal).
La formule est tirée d’un poème intitulé « Élévation » ? Pas étonnant que ce soit de l’insulte bien élevée.
Le vers appartient à cette strophe :
« Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides,
Va te purifier dans l’air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides. »
Le vers compte deux diérèses. On prononce en deux syllabes les deux voyelles qui se suivent : pu-ri-fi-er/su-pé-ri-eur (et non -fier- et -rieur-)
« Va te purifier dans l’air supérieur », c’est de l’insulte relevée d’un super rieur qui rit sous cape classe.
Pas pour faire ami-ami, mais pour lutter contre l’air irrespirable généré par l’épaisseur, par l’asthme (voire le mi-asthme), pour souffler un peu.
Ces auteurs passés à la postérité offrent de quoi alimenter des posts irrités. Tout en restant chic, sans débordement, irréprochable, limite crypté.
Allez, autant emprunter aux auteurs, à coup sûr, un vrai Baudelaire…euh Bodler…euh bolder***
*** bol d’air