Woody Guthrie : Guita-ra-ta-ta !

En ce temps-là on ne parle pas encore de Woody Allen. La dépression n’est pas un moteur d’inspiration cinématographique et nombriliste.

La Dépression est tout simplement dans la rue.

Dans ces cas-là, pas bien compliqué de peser le Poor et le contre. Le Poor ne pese pas bien lourd.

Question cinéma, Guthrie, ce serait plutôt Woody et les hobbos ou si l’on veut La Rose pourpre du Care. Ce Woody dont je parle c’est un Woody à la haine féroce.

Nous sommes dans les années 30 et le fascisme ne se contente pas de fâcher Guthrie. Bien plus ! Woody lui déclare la guerre en brandissant sa guitare. Guita-ra-ta-ta ! Une véritable machine gueule. De quoi crier "Folk you !" en confectionnant un Dust Bowl d’hyperboles.

Pas question de se prolétaire. Chanter pour se faire entendre : la solution du protestataire.

Et pourtant sa guitare, comme tant d'autres, n’est qu’en bois. Pas un bois qu’on plaque mais un bois qui met le feu et dont on fait les Woody. Don QuiShoot fascism.

Du bois dur qu’on aime en tendre, aussi.

Un bois d’où peut sortir tout aussi bien une chanson populaire qui rend fort qu’une chanson qui rend fou quand la guitare se fait banjo contre les barjots capitalistes, Woo'disgusting !

Ce poète itinérant n’a rien d’un Woodywood prêcheur. Bien sûr - on est aux États-unis - c'est donc un saint homme l’Holly Woody, mais pas prêcheur pour deux sous. Prêteur, plutôt. Avocat dans l’âme. Plutôt un porte-voix, un mega-folk. Le sens de la pitié lié au sens de l’amitié. Transfusion de sens permanente pour garder un cœur bien rouge. Toujours à cœur d’être Social au milieu du So sale ambiant. «I’m sticking to the union ‘til the day I die». Question de timing pour participer au meeting. Riot patriote et révolutionnaire.

Jeune, il vit en Oklahoma et, okie d’occasion, connait la fuite : cap sur la Californie. Une vie duraille.

Sûre, la route ? Non, une route pleine de périls. Une route Vendangereuse, une jungle ambulante. Pourtant c’est bien cette route qu’il ne cesse ensuite d’emprunter, de fouler, en route pour la gloire. Il a trouvé sa voie : la route et la vie du rail.

C’est avant tout pour le peuple, pour la foule qu’il presse régulièrement les Raisins de sa guitare. Il prend d'ailleurs plaisir à les presser pour les assoiffés d'idéal, les Tom Joad et autres figures dignes de John Steinbeck. En revanche, les John jaunes des piquets de grève ne récoltent que sa colère muette : sans guitare.

Depuis sa mort, sa guitare - célèbre Chewing Gun aux mâchoires acérées contre le fascisme - Dylan, Springsteen et bien d’autres l’ont reprise. Ses chansons et sa guitare sont donc entre de bonnes mains.

Pourtant, ce que ces chansons cherchent encore ce sont des oreilles. Pas des oreilles complaisantes, mais des oreilles qu’ont plaisir. C'est exigeant une chanson populaire. Folk ce qu’il folk.

This land is our land, sa chanson la plus fameuse, prouve qu’on peut country sur lui. D'ailleurs, de ce chanteur, né le 14 juillet, nous pourrions dire This man is our man. This man is made for you and me.

Me and You’nion.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.