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Billet de blog 10 février 2021

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Il n'y a pas de meilleur professeur qu'un arbre

La vie d’un arbre n’a rien à voir avec la froideur d’un socle. Il réagit. Le végétal bruisse de toutes ses feuilles, il grince de toutes ses branches : il vit, il vibre de sa vie d’arbre.

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Illustration 1

La vie d’un arbre n’a rien à voir avec la froideur d’un socle. Il réagit. Le végétal bruisse de toutes ses feuilles, il grince de toutes ses branches : il vit, il vibre de sa vie d’arbre.

Les bulletins à rallonges et les feuilles de compétences cochées et colorées n’ont pas le même panache. Elles traînent sur les bureaux et se félicitent de déforester dans le silence des poubelles. Pâte à papier à moitié pardonnée ?

L’arbre palpite. Il vit. Il résiste. Il plie ses branches mais son tronc ne rompt pas. Il replace le débat. Lui sait le temps qu'il faut pour fabriquer la fameuse table autour de laquelle "il faut se mettre !" ll vous parle d’écosystème plutôt que de l’école-système. Il voit grand : il n’a pas le nez dans les cases, les harmonisations et autres réformes. Il se détourne des croix pour mieux se tourner vers le ciel. Il croît sans besoin de croire. Il sait qu’il monte au ciel.

Si l’arbre s’est planté avec le secours des oiseaux ou du vent… Le collège commun s’est planté tout seul. Faute d’aides, de moyens, d’envie d’avoir l’envie. Si le poirier fait la poire, l’espoir fait vivre. Tout comme en dictée, toute faute se corrige. Ça reste pourtant à vérifier, surtout quand on n’a pas sauté de lignes.

L’arbre, lui, donne l’exemple. Il s’ancre, il s’agrippe, il tient au sol grâce à ses racines et le sol tient grâce aux racines de l’arbre. Tout tient dans tout et réciproquement. Grecques et latines, botanique oblige ! Et de reparler de l’intérêt de la profonde heure des cours de langues mortes quand, ici ou là un élève – instruction massive et perle Arbor – l’a compris et arbore ses racines latines. Son panache !

Le nombre et le numérique font la force, dit-on. L’arbre se moque du réseau et lui préfère le rhizome.. Il rhizomise pendant que le réseau qui devrait s’étendre s’étale de tout son long et tombe en rade. L'arbre porte ses fruits, parce qu'il sait le faire.

Il n’y a pas meilleur professeur qu’un arbre. Un arbre fort de son immobilité, de sa tranquillité, de l’épaisseur de son écorce. Insensible aux réformes intranquilles, à un vilain air du temps, à ce prétendu bois dont on fait les baguettes magiques numériques pipées. Il est de ces chaînes qu'on abat et de ces chênes qu'on n'abat pas. Le réseau pensant a ses faiblesses que la saison et la force de l'écorce ignorent.

C’est un arbre, un symbole qu’on dénature en pilier. Là, depuis la nuit des temps ou presque. Il est essentiel, comme une caution. On replante. On replante. Mais la plantation n’est pas une forêt (voir la tribune de Francis Hallé : ). C’est l’arbre qui cache le foiré.

Le vent a beau siffler la fin de la récréation, l’arbre s’emploie à rester droit. Pas besoin de le brancher. Il a sa permanence.

Même s’il n’y a pas meilleur professeur qu’un arbre, « Prenez une feuille » reste une jolie phrase d’enseignant.

Le platane ou la permanence (à Louis Aragon)

Tu borderas toujours notre avenue française pour ta simple membrure et ce tronc clair, qui se départit sèchement de la platitude des écorces,

Pour la trémulation virile de tes feuilles en haute lutte au ciel à mains plates plus larges d'autant que tu fus tronqué,

Pour ces pompons aussi, ô de très vieille race, que tu prépares à bout de branches pour le rapt du vent

Tels qu'ils peuvent tomber sur la route poudreuse ou les tuiles d'une maison… Tranquille à ton devoir tu ne t'en émeus point :

Tu ne peux les guider mais en émets assez pour qu'un seul succédant vaille au fier Languedoc

À perpétuité l'ombrage du platane.

Francis Ponge

"Poésie 42", revue résistante, mai 1942

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