Homards, la littérature et la vraie vie

Pour parler de la vraie vie et sortir de sa bulle de champagne, rien de tel qu’un bon livre, ouvert à la bonne page.

Pour parler de la vraie vie et sortir de sa bulle de champagne, rien de tel qu’un bon livre, ouvert à la bonne page.

L’affaire fait bouillir. Il est temps de mettre les livres sur la table, après un petit filtrage relationnel et une petite série de marque-pages.

 

  • Cas de conscience.

"Le bruit des pinces de homard en train de gratter me poursuivit toute la nuit"

Une vie de homard d'Erik Fosnes Hansen (2019)

 

  • Le vertige du pouvoir.

"Un homard avec un haut niveau de sérotonine et peu d'octopamine devient trop sûr de lui. Il aime à plastronner, et il est peu probable qu'il se retrouve sur le dos lorsqu'on le défie."

12 règles pour une vie de Jordan b. Peterson (2018)

 

  • Ni gauche, ni droite, bien au contraire.

"Sa pince gauche est bien plus développée que sa pince droite. A moins, toutefois, qu'il n'ait l'esprit de contradiction, et, dans ce cas, sa pince droite est de beaucoup la plus forte."

Vialatte à la Montagne d'Alexandre Vialatte (2011)

 

  • Rouge signe extérieur de non-gilet jaune.

"De nos jours, bien entendu, le homard est un mets chic, délicat, talonnant de près le caviar."

Considérations sur le homard de David Foster Wallace (2018)

 

  • Madame Bovary, c'est lui.

"Emma se sentit, en entrant, enveloppée par un air chaud, mélange du parfum des fleurs et du beau linge, du fumet des viandes et de l’odeur des truffes. Les bougies des candélabres allongeaient des flammes sur les cloches d’argent ; les cristaux à facettes, couverts d’une buée mate, se renvoyaient des rayons pâles ; des bouquets étaient en ligne sur toute la longueur de la table, et, dans les assiettes à large bordure, les serviettes, arrangées en manière de bonnet d’évêque, tenaient entre le bâillement de leurs deux plis chacune un petit pain de forme ovale. Les pattes rouges des homards dépassaient les plats […]"

Madame Bovary de Gustave Flaubert (1857) 

 

  • Perte d'appétit.

"Romanèche - Quoi, le homard ? J'en raffolais.

Montacabère - Et maintenant ?

Romanèche - Maintenant, je le trouve exécrable."

Le homard : comédie en un acte de Edmond Gondinet (1874)

 

  • J'assume

"C'est tout moi, ça. Agacé, mais inquiet. Et puis, sur ce coup-là, je suis peut-être un peu responsable…alors, il faut que j'assume."

La délicatesse du homard de Laure Manel (2017)

 

  • Vous avez dit En Marche ?

"Le homard, Homarus vulgaris ou encore Homarus gammarus est un crustacé décapode marcheur."

La pêche à pied de Georges Fleury (2014)

 

  • Faire corps avec la Nature.

"Je me lève à neuf heures, je m'empiffre de homard, je fais la sieste sur mon lit, je me promène au bord de la mer, et je me couche à dix heures. Je ne lis rien. Je vis comme une huître."

Gustave Flaubert à Ivan Tourguéniev, à Concarneau, le 3 octobre 1875

 

  • Le homard le ramena aux autres, à la vraie vie ?

« L’établissement était un restaurant de poissons très fréquenté, spécialement réputé pour ses homards. Vanning commanda un bol de soupe aux clams et un gros homard. Il mangea lentement, prenant plaisir à la riche chair d’un blanc rosé dégoulinant de beurre. C’était un luxe, ce homard. C’était l’une de ces choses qui font que la vie vaut la peine d’être vécue. Il y avait un nombre considérables de choses faisant que la vie valait la peine d’être vécue. Des choses luxueuses, des choses riches, colorées, des choses savoureuses et des choses plus discrètement agréables, des choses abstraites, certaines satisfactions qui ne pouvaient s’analyser en termes de chiffres. Il pensa un moment à ces choses-là, juste un court moment. Le homard le ramena aux autres, et il s’aperçut qu’il pensait en termes de luxe, de joies matérielles. »

Nightfall de David Goodis (1947)

 

  • Le homard et la Nature morte.

« — Écoutez donc Lantier, j’ai besoin d’un homard… Hein ? vous me devez bien ça, après m’avoir étrillé… Je vous apporterai le homard ; vous m’en ferez une nature morte, et vous le garderez pour la peine, vous le mangerez avec des amis… Entendu, n’est-ce pas ?

À cette proposition, Sandoz et Dubuche, qui avaient jusque-là écouté curieusement, éclatèrent d’un si grand rire, que le marchand s’égaya, lui aussi. Ces rosses de peintres, ça ne fichait rien de bon, ça crevait la faim. Qu’est-ce qu’ils seraient devenus, les sacrés fainéants, si le père Malgras, de temps à autre, ne leur avait pas apporté un beau gigot, une barbue bien fraîche, ou un homard avec son bouquet de persil ?

— J’aurai mon homard, n’est-ce pas ? Lantier… Merci bien. »

L’Œuvre de Zola (1887)

 

  • La rue en parle

« Ces observations, incompréhensibles au delà de Paris, seront sans doute saisies par ces hommes d’étude et de pensée, de poésie et de plaisir qui savent récolter, en flânant dans Paris, la masse de jouissances flottantes, à toute heure, entre ses murailles ; par ceux pour lesquels Paris est le plus délicieux des monstres : là, jolie femme ; plus loin, vieux et pauvre ; ici, tout neuf comme la monnaie d’un nouveau règne ; dans ce coin, élégant comme une femme à la mode. Monstre complet d’ailleurs ! Ses greniers, espèce de tête pleine de science et de génie ; ses premiers étages, estomacs heureux ; ses boutiques, véritables pieds ; de là partent tous les trotteurs, tous les affairés. Eh ! quelle vie toujours active a le monstre ? À peine le dernier frétillement des dernières voitures de bal cesse-t-il au cœur que déjà ses bras se remuent aux Barrières, et il se secoue lentement. Toutes les portes bâillent, tournent sur leurs gonds, comme les membranes d’un grand homard, invisiblement manœuvrées par trente mille hommes ou femmes, dont chacune ou chacun vit dans six pieds carrés, y possède une cuisine, un atelier, un lit, des enfants, un jardin, n’y voit pas clair, et doit tout voir. Insensiblement les articulations craquent, le mouvement se communique, la rue parle. »

Ferragus de Balzac (1833)

 

  • Du homard des riches

« Et il y eut du homard — non le vulgaire crabe, le tourteau du pauvre — du vrai homard d’un blanc rosé dans sa carapace rougie à l’eau bouillante, du homard des riches, et que Bob déclara supérieur à tout ce qu’on peut inventer de meilleur pour « se mettre dans le ventre ! »

Jules Verne, P’tit-bonhomme, 1906

 

  • Le Homard et le crucifié

« Par une matinée d’octobre, M. d’Ancier était assis à sa fenêtre un livre à la main. […]

M. d’Ancier venait de lire qu’une tempête terrible avait surpris le saint sur la mer des Indes, et qu’au moment où le navire paraissait perdu sans ressources, il avait jeté son crucifix dans les vagues, qui s’étaient soudain calmées, tandis que les vents s’étaient adoucis et que la terre était apparue au loin. Le saint aborda ; à peine était-il sur la dune qu’un homard vient, en nageant, déposer à ses pieds le crucifix que retenaient ses pattes et qui n’avait pas dû être englouti dans les eaux.

 « Ainsi rien n’est inutile en ce monde, l’être le plus chétif devient souvent l’instrument de Dieu. » O touchante légende ! pensa M. d’Ancier. »

 

  • À 14 h 40, mardi 16 juillet

« Si ce jour n’est pas le plus beau de ma vie, dit M. Peggotty, en s’asseyant près du feu, je veux bien être un homard, et un homard bouilli, qui plus est. »

David Copperfield de Charles Dickens (1850)

 

  • Une atteinte mortelle et malheureux objet d’une injuste rigueur

« J’avais cru que je finirais par m’y habituer, mais rien à faire. Les asticots n’étaient pas drôles ; mais la puanteur de la chair de homard et de palourde en décomposition était encore pire. Pourquoi les gens sont-ils aussi dégueulasses ? me demandai-je en chargeant les nappes grouillantes du Testa’s, Bar Harbor, dans mes machines. Pourquoi les gens sont-ils aussi foutrement dégueulasses ? »

Ecriture : Mémoires d’un métier de William Olivier Desmond, Stephen King

 

Source : https://lirepeuouproust.wordpress.com/2019/07/11/homard-litterature-et-la-vraie-vie/

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