Écrire peu ou les six mots d’Hemingway

Nulla dies sine linea. Pas un jour sans une ligne ? Peut-être. Mais une vie en UNE SEULE ligne, à coup sûr, c'est compliqué.

Nulla dies sine linea. Pas un jour sans une ligne ? Peut-être.
Mais une vie en UNE SEULE ligne, à coup sûr, c'est compliqué.

C’est pourtant la performance réussie, dans les années 20, par le pseudo-Hemingway. L’enjeu d’un pari littéraire. Pseudo-Hemingway (et non Ernest), parce qu’on n’est pas sûr du tout que l’auteur ait participé à ce concours clandestin. On l’appellera donc Hemingway par commodité.

« Je peux écrire une histoire en six mots seulement ! »
Comme dans une partie de cartes, les adversaires, sans doute tout aussi saouls et écrivains, durent payer pour voir.
 10 dollars, la mise.
1 contrainte et dix contre un.

Médusés, ils découvrirent qu’Hemingway avait gagné son pari :
Il avait écrit sur une serviette de table, non pas « Papa’s got a brand new bag » (7 mots, « papa » est le surnom d’Hemingway) mais…

« For sale, baby shoes, never worn »
(« A vendre : chaussures bébé, jamais portées »)

Glaçant…et puissant. Le minimum avec de mini-mots. Un récit court-court, de la flash fiction. Du six-words en six-coups. 6 ! (et la traduction respecte le compte) Un coup de dés et de génie n’abolira jamais le hasard de l’inspiration. Pas bête. Bet ! Pari réussi.

L’histoire sert désormais dans les ateliers d’écriture et passe pour l’ancêtre de la twittérature.

Une économie de mots qui n’est pas une paresse. On pense aux nouvelles en trois lignes de Felix Fénéon (1861-1944).
Un extrait…
« Un plongeur de Nancy, Vital Frérotte, revenu de Lourdes à jamais guéri de la tuberculose, est mort dimanche par erreur. »

The New-Yorker propose d’hilarantes suites à l’histoire d’Hemingway. https://www.newyorker.com/humor/daily-shouts/ernest-hemingways-six-word-sequels

« Have you seen enormous baby? Escaped. »

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