Dieu est une anguille

D’où vient l’anguille ? Comment naît-elle ?

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D’où vient l’anguille ? Comment naît-elle ?
Longtemps, on a cru qu'elle sortait de l’argile (Aristote), on lui a prêté une génération spontanée. L’anguille advient ?

L’anguille est.
L’anguille existe, l’homme l’a rencontrée.
Elle est. Mais d’où vient-elle ?

C’est là que c’est renversant. 
L’anguille, Anguilla anguilla - faut bien lui donner deux fois le même nom pour bien la saisir, pour ne pas qu'elle vous glisse des doigts - l’anguille européenne, vient de la mer des Sargasses, une mer vaste de cinq millions de kilomètres carrés, sans frontières terrestres, recouvertes d’algues qu’on nomme les Saragassa, et elle parcourt, à l’état de larve, des milliers de kilomètres à travers l’Atlantique. Son périple peut prendre trois ans. Arrivée en Europe, elle devient alevin ou civelle (et les Basques le savent bien).

L’anguille est une force qui va. Et vient. Elle est une vague résolue. Des Sargasses aux Sargasses. Elle peut vivre cinquante ans (c’est rien pour un animal qui vient de temps si lointains). Lorsque le temps est venu de la reproduction, au bout de quinze à trente ans, elle repart vers les Sargasses. Un voyage avec frai. La boucle est bouclée.

L’anguille nage en eau salée, en eau douce et sans doute en eau sucrée si cela existait. Elle n’hésite pas aller sur terre si le chemin est bloqué, si l’eau manque pour lui servir de canal.

L’anguille sait-elle qu’elle est un poisson ?

Au début du XXème siècle, le chercheur danois Johannes Schmidt voulut savoir d’où venait l’anguille. Il mena l’enquête et suivit à rebours l’évolution des larves de l’anguille, comme de petits cailloux de Petit Poucet qui rétréciraient. De la mince tige de verre, moins longue qu’un doigt (dixit la biologiste Rachel Carson) à la leptocéphale en forme de minuscule feuille de saule.  Il chercha l’anguille dans une botte de foin liquide et la trouva. C’est lui qui détermina l’origine du monde des anguilles : les Sargasses.

Le livre alterne chapitres encylopédico-biologistes épatants et courts récits, souvenirs de pêche en bord de rivière suédoise entre un père et son fils (ah ! La pêche à la vermée).

Malgré son inscription au patrimoine humain des espèces menacées (bravo à nous), sa résilience est telle qu’il faut imaginer l’anguille heureuse.

Ne vous faites pas languir plus longtemps, lisez le réjouissant et fascinant L’évangile des anguilles du suédois Patrik Svensson, au Seuil.

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