France Culture, la grève et la boucle temporelle

Plus de 40 jours de grève à Radio France.

Plus de 40 jours de grève à Radio France.
Et autant pour les auditeurs de France Culture. La playlist de la station est programmée sur Ambiance grève-party.
Ça fait plus de 40 jours, mais l'auditeur qu'il est, tient.

À quoi ça tient ?

En radio, l’amour est aveugle, il suffit à l’amoureux transi(stor) d’avoir des oreilles.

Lui, c’est un régulier de France Culture. Ça lui fait sa trame quotidienne d’émissions. Régulièrement, il podcaste ailleurs : grandes stations ou stations libres et impertinentes.

La grève.
Ça a débuté avant les vacances.

Depuis lors, tous les matins, (chaque jour est una mattina !), il branche France Culture. Le café siffle et un chat crache, lorsqu’il a mis malencontreusement le pied sur l’un d’eux, trop pressé.
(le café siffle et le chat miaule quand il s’est levé du bon pied et que le chat…kra).

La grève toujours recommencée.
À chaque fois, c’est la même chose. It sounds great…again. The same old song. (oui la playlist parle anglais). Il s’est baigné plus d’une fois dans le flot de la même playlist. Suffit ! Il lui arrive d'avoir un mouvement d’humeur (en réalité provoqué par le fait qu’un de ses chats lape son café, au risque de lui faire louper son premier cours de la journée s'il est trop peu caféiné).

Quand il entend « En raison d’un mouvement… » Ça le désarme etc. Il n’entend plus mugir ses féroces sots chats.

Oui, il entend ce qu’il a déjà entendu. Et alors ? Même café. Même chanson. Même jour ? Ah, il se sent prisonnier d’une boucle temporelle.
C’est comme dans ce film, Le Jour de la marmotte qu’il a vu et revu.
Sa prison a des murs, normal, mais des walls of sound. 
Lui, il a les oreilles de Bill Murray. La playlist de la station est comme un immense ver d'oreille dont il sent qu'il va avoir du mal à se débarrasser. Le prof billmurrayisé saura-t-il la jouer Marmotte Déchaînée ?

Babe, I got you babe, I got you, Babe.

C’est pas lui qui prend la mer, c’est France culture qui le met sur la grève.
Chaque matin il entend son Black trombone monotone. Gainsbourg ne se barre pas, il se bisse.
Et tous les soirs il a son Balibar de nuit. De moins en moins dupe de ce hasard.
Passe toujours une chanson des Beatles dont il se dit invariablement que ça doit être la plus chère de la playlist.
Avec le temps, il a appris à reconnaître une chanson de Lana Del Rey. Aussitôt qu’il a su qui en était l’autrice, il a trouvé à cette chanson plein de défauts.
De loin il a reconnu du Abd al Malik. Il a parfois surpris un vieux Dylan. Songs, they are not a-changin'.

Il est fidèle au poste. Le matin et le soir. Au milieu il travaille ou fait grève, lui aussi. C’est quoi, ce pays !
Il vit aussi au rythme d’une playlist. Elle est souvent cgtiste. Sono oblige.

Sa playlist de manif, il la préfère, la nuit, avec des lampions.
Sons ET Lumières !

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