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Billet de blog 18 avril 2016

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Last night j'ai vu Joe Hill

Un film comme un pan d'histoire.

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Illustration 1

I watched Joe Hill last night. La nuit dernière, j’ai vu le film Joe Hill. C’est la paraphrase de ce que chanta Joan Baez à Woodstock, premiers mots d’une chanson écrite par Alfred Hayes et Earl Robinson en 1936.
(P.S : Une Protest Song peut-être mieux servie par Pete Seeger. Là, je risque le crime de lèse-Baez.)

J’ai vu Joe Hill de Bo Widerberg. Did I dream ? Non, ce fut un rêve crevant l’écran. Je connaissais déjà le héros de ce film, grande figure contestataire, qualifiée de « véritable légende » par Howard Zinn.

J’ai pu voir Joe Hill grâce à l’opération « Play it again », charmant festival répondant au credo « les films d’hier dans les salles d’aujourd’hui ». De ville en ville, Bo Widerberg transformé en hobo.

C’était du 13 au 19 avril, fallait pas louper le coche. C’était hier.

C’est sous le libellé, un peu pompeux, « L’intemporalité d’œuvres emblématiques d’une génération » que le film était sélectionné pour ce festival.
Rien de pompeux dans cet hommage au prolo, figure des gens de peu.

Ce film, c’est l’histoire d’un suédois parti aux Etats-Unis. C’est l’histoire d’un travailleur se découvrant soudain esclave. Sa postérité, il la doit à sa fin éclatante, celle d’un syndicaliste assassiné pour son appartenance à l’IWW, une Internationale contre les Barons voleurs et les Capitaines d’industrie (et vice-versa). Dans ce syndicat chantant, il était un fameux auteur de chansons. Pas un de ces faiseurs de soupes inoffensifs, mais un de ces Soapboxers, as du pastiche et roi des cogneurs de mots qui heurtent. Words bless you, Joe.

Militant gênant, il fut condamné pour un crime qu’il n’avait pas commis. Sinistre coup monté pour décapiter son syndicat.

C’était en 1915, aux États-Unis. La mobilisation internationale pour sa défense n’eut pas raison de ce phénomène de rage anti-ouvriers. Un sale coup à Salt Lake. Joe Hill refusa d’être enterré dans l’Utah. Alors que l’Etat avait fait parler la poudre, Hill voulut faire parler ses cendres. Enveloppée, postée, ultime affranchissement de sa servitude. Phénix, aux quatre coins du monde.

Le temps a passé. Le film reste.

Au contraire de Z de Costa Gavras (sorti deux ans après) et de Sacco et Vanzetti de Giuliano Montaldo (sorti la même année), ce film, aux airs de biopic, était invisible depuis 1971.

Je cherchais à le voir. C’est fait.

Le film redonne vie à Joe Hill. M’est avis que Malavida, le distributeur, doit être fier. Ces « mauvaises vies » valent mieux que leurs sales profits.
En cette année 2016, le prix spécial du jury à Cannes en 1971, à nouveau, prête une vie spéciale à ce suédois internationalisé.

Cette mort à l’écran donne le mors aux dents. Une victime sacrificielle qu’ils n’emporteront pas au paradis. La preuve définitive que martyr c’est pas pourrir un peu ! Comme Joe Hill dans l’esprit des hommes, le film continue son chemin. Il a encore à dire.

Going West (et ailleurs). Avec cet air railleur le long des rails, des routes, des réseaux. Grand vagabond en avant. Un film comme un voyage initiatique, un chemin engageant vers la chanson engagé. Joe Hill et puis, dans la foulée du foulard rouge de l’IWW, Pete Seeger, Woody Guthrie et puis Bob Dylan. Tous ces arpenteurs non repentis des injustices humaines.

Devant une société à la mue de flic, satire en musique : les balles réelles sont remplacées par des cartouches d’encre. Sur la feuille, du texte de protest singer.

Héros généreux.

Hobo désobéissant.

Chanteur étancheur de soif de justice.

Petit livre rouge contre idées noires.

Homme libre dont on ne se paie pas la gueule par un esclavage salarié.

Séance de rattrapage prévue pour tous : le film sort en dvd chez Malavida films.

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