Pegasus, le monde grec et le monde geek

Le monde grec et le monde geek

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La mythologie grecque a ses entrées dans le monde geek.

Dans des temps anciens, un programme vérolé célèbre portait le nom de Trojan Horse, Le Cheval de Troie.
Le béotien recevait un lien ou en activait un sur une page internet. En cliquant, en téléchargeant, il permettait alors au virus de se propager.
Un peu comme un troyen benêt qui ouvre les portes de sa citadelle à un grand cheval de bois prétendument offert à Athéna en guise de paix.
- Et où on va le mettre ? Il est immense !
- Laisse. Faites-le entrer. On verra demain, après une bonne nuit.

« Timeo Danaos et dona ferentes » (« Je crains les Grecs, même lorsqu'ils font des cadeaux », L'Énéide de Virgile).
Je crains les virus, les espions, même quand ils portent de jolis noms.
Pegasus, c’est joli. Sauf que c’est un logiciel espion redoutable. C’est du soft power. Ça aussi c’est une jolie expression.
Soft Pegasus ? Sauve qui peut !

L’appellation Cheval de Troie vient d’un chercheur de la NSA, Pegasus vient d’une entreprise nommée NSO. Tout homme de lettres sera sensible à cette subtilité de l’A dans l’O.

Au contraire du Trojan Horse qui nécessitait que la personne ouvre sa messagerie, sa porte et sa fenêtre, avec Pegasus c’est la technologie du Zéro-coup de sabot, Zéro-clic. De quoi devenir parano.
Adieu le secret des sources.
On devine encore la monture mythique, dans ce poker menteur et ces coups de bluff. Il est quand même loin le coup de sabot de Pégase faisant surgir la source Hippocrène sur l’Hélicon, en Béotie. La source favorite des poètes. La source du beau…et du monstrueux.
Je suis cheval, voyez mes sabots. Je suis sans frontière, voyez mes ailes !

Ce nouveau Pegase a trouvé son nouveau Bellérophon, le héros grec qui fit de ce cheval ailé sa monture d’exception. 
La firme qui en a maîtrisé l’usage, l’a transmis à prix d’or. A l’instar du mors en or donné par Athéna et qui permit au Bellérophon antique de dompter Pégase.

À l’évidence, les firmes qui garantissaient un haut niveau de sécurité ne sont pas au niveau. Grâce à Pegasus on peut lire des messages écrits, suivre des appels, récupérer des mots de passe, localiser, accéder au microphone et à la caméra de l'appareil cible, etc.
Une constellation d’usages. 
Pegasus est un coursier, un espion inlassable.
La liberté de la presse peut aller bouffer du foin. L'écurie ou la curée.

Pourtant, rien de nouveau sous le soleil de l’espionnage. Pas de quoi être médusé. D’une part Pegase est justement né du sang de Méduse, d’autre part, si l’entreprise à l’origine de Pegasus a une dizaine d’années seulement, l’entreprise d’espionnage c’est vieux comme l’antique.

Bon, James Bond est un peu en retard. Et sa sortie sans cesse retardée par le Covid n’arrange rien. Cela explique l'effet de surprise, la technologie n'a pas figuré dans les gadgets de l'espion en majesté.

Bellérophon dompta Pégase et récolta victoire sur victoire (sur les Amazones, sur la Chimère et sur le peuple des Solymes). Il eut alors une bouffée d’orgueil fatale. Il ne lui suffisait pas de tout gagner, il voulait, en plus, gagner l'Olympe. Il se mit dans la tête de prendre les airs supérieurs et de gagner l’Olympe pour en remontrer aux dieux eux-mêmes. 
Question orgueil, il avait de qui tenir, lui qui était le petit-fils de Sisyphe qui avait, par exemple, cru malin d’empêcher Thanatos, La Mort, de faire son travail. Ce même Sisyphe dont l'un des descendants était un certain Ulysse, à l’origine du Cheval de Troie. Comme quoi, tous les chemins mènent à tout dans la mythologie grecque.
Pégase refusa de s’inviter chez les Dieux et il désarçonna Bellérophon qui fut ainsi remis à sa place. Pégase, lui, fut admis dans les écuries célestes. À quand les écuries célestes de la Démocratie ? Les ailes du prodigieux cheval peuvent tout aussi bien symboliser la liberté de la presse…Bon, il y a déjà des écuries d'Augias à nettoyer et c'est une autre histoire.

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