Il y a des mots qui se perdent parce qu’ils sont trop longs, parce qu’ils ont trop de syllabes. Autant de pièges pour les dyslexiques ou les dictions pâteuses.
Déjà chez Feydeau, L’Affaire Edouard (1889).
« SAMUEL, avec désinvolture, jouant avec la chaise à gauche de la table. — Mais quelle vaillance ! déjà debout ! après cette nuit sarmada... sarnada…
MIRANDA. — Sardanapalesque…
SAMUEL, même jeu. — Oui... palesque... saraapalesque ! »
Un mot comme une sardane à vous boucher le port de Marseille et l’appareil phonatoire. Un mot à ne pas mettre dans tous les textes de discours de meeting pour la présidentielle.
L’adjectif signifie : digne de Sardanapale. Oui, le roi légendaire d’Assyrie, tyran riche et débauché.
En langue française, l'adjectif sardanapalesque a donc le sens de fastueux, somptueux, opulent.
Il existe même des degrés, on trouve aussi « archi-sardanapalesque » (on n’a jamais trop de syllabes pour dénoncer la pompe, les fastes).
Sardanapalesque a été précédé par sardanapalique (1512), directement calqué sur le bas latin sardanapalicus. -Lesque c’est mieux que -lique, non ?
Il se sent vieilli et littéraire. La disparition du mot est peut-être le signe d’une sobriété heureuse. Euh…
Le mot peut devenir juron, interjection, comme d'autres chez le Capitaine Haddock. Dès 1830, chez Balzac. « Sardanapale! s'écria Derville en lâchant son juron (Balzac, Gobseck, 1830).
Les mots vieillis attendent leur tour, leur retour.
Et puis un jour «On rapporte une histoire abracadabrantesque » (Chirac, en 2000)
Et puis - un jour ? - « On rapporte des fêtes, des repas sardanapalesques ».