Alain Rey de lumière

On va continuer le travail dans l’ombre de ce Géant.

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Alain Rey c’est la source de tous ses mots.

Hier, clin d’œil. Aujourd’hui, clin deuil.

Sans coterie, il quote Rey, ses dixit de dico. À sa logique analogique !

Son Dictionnaire historique de la Langue française dans sa Très Grande Poche, il aime à modeler les mots. Voie lactée et mots de lait. Le brave homme avait intégré sa Trinité : Gaffiot, Bailly, Alain Rey. Au commencement étaient les Verbes latins de Gaffiot, grecs de Bailly puis français d’Alain Rey

Il y eut Ray, Charles. Il y eut Rey, Robert. Deux musiciens qui ont donné, donnent et donneront encore (et en choré) de la légèreté aux mots. Mots ailés, mots zélés, vibrant d’une vibe lexicale.

Du swing, du jazz, du blues : des Ray/Rey de lumière, des motsiciens. (Et Nougaro est nougaré pas loin)

Alain Rey. Cet homme à la crinière blanche a su donner de l’éternité à la lexicologie. Souriant dompteur de mots. Il a su faire de ce sujet sérieux, pointu, un objet populaire. Ses prestations radiophoniques sur France Inter atteignaient l’air de rien des hauteurs audacieuses à des heures de grande écoute.

C'était un moteur de recherche avant l'heure. Il vous mettait sur la trace, sur la piste dans un parfum d'éternité et d'ubiquité.

Grâce à lui, chercher était un plaisir. Cher cher Alain Rey.

Parole portée dans les classes : "Dictionnaire où tout y est pour t'outiller."

Alors que le n’importe quoi médiatique, réseausocialesque laisse coi, à l’inverse - Alain verse - Alain Rey. Oui, continuons à parler avec le trésor laissé par Rey. Parés.

Sud-Ouest, samedi 9 mai 2020 (interview d’Alain Rey au moment du premier confinement)

"– Quels sont les changements les plus symptomatiques ?
– C’est la reprise du verbe « confiner » qui date du XIIIème siècle. Il désigne au départ l’enfermement. Mais aussi le bout de tout, comme les confins de l’univers. Ce verbe a été employé dans différents contextes. Au XVIème siècle, il est une sorte d’équivalent encore plus sévère pour « enfermer » ou « emprisonner ». La nouveauté est qu’il est employé cette année dans un contexte qui n’est plus du tout pénal, mais prophylactique. »
– Est-ce une réelle évolution ?
– Oui. La preuve en est qu’à l’occasion de cet événement particulier, on s’est dépêché de créer son contraire. Et « déconfiner » est en train de devenir plus courant encore que le précédent. Et il y a toute la dérivation qui est normale, tel « déconfiné » comme adjectif.
– […] Quels seront les mots de demain ?
– « Masque », un mot extrêmement ancien, ambigu. Il est à la fois faux visage, et ce qui cache le vrai visage. Il est ici protecteur, censé interrompre, si possible, la contagion. Mais entaché par l’idée d’un mensonge fondateur…
Mais il y aura aussi « déconfinement », parce qu’il va poser des problèmes d’interprétation infinis. On s’empresse d’en donner les dates précises tout en précisant que ce n’en sera pas vraiment un, puisque rien ne sera revenu à la normale après le 11 mai.…Ce sera un mot-clef pour les années qui viennent."

On va continuer le travail dans l’ombre de ce Géant.

Sans arrêt.

À Rey.

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