Touche pas à mes Pogues

C'est dimanche, il pleut. La rentrée approche à grosses gouttes.

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C'est dimanche, il pleut. La rentrée approche à grosses gouttes.

Lorsque les Pogues sortent de Londres, ils attisent les eighties et les nineties. London irish style. Un groupe majeur, bien dressé, de l’obscène rock. Rien de guirlandés. Ni pop, ni sirop : celto-punk et cirrhose. On est quelques années après J.C (Jésus Clash).

Au son de leurs violents violons ils gueulent Folk you ! Peace dans un violon ? Si on veut : Pogue Mahone signifie «embrasse mon c..». Un nom sulfureux qui valut au groupe les mêmes problèmes que NTM. Comment dire…y s’en foutent du bizness, alors ils le disent : bise fesses !

En bon irish, ils savent que l’argent ne fait pas le bonheur. Sex et pistoles ? Les pistoles, bof ! (l’envie de chanter «ah si jetés, ces irish !»). Ils préfèrent entrer dans LA Guiness des records, du best of qui mousse, de ceux qu’on enregistre, qu’on grave, qu’on i-tunes, le sillon à soi, son own sweet way (enfin with sweat). En tout cas, ce groupe n'a rien d’une usine à gaz. Ils savent trop que succès c'est tromper. Leur pub à eux les fait boire pas vendre des disques. Ils font leur route et ça bringuebale. Pogues épiques !

La voix des Pogues, c’est Shane Mac Gowan. Une voix et une plume pour écrire (ou pour se faire vomir quand il a trop bu). Comme tous les grands poètes (et surtout les grands déglingués), c’est un homme à ivre ouvert. Il a une compagne qui a une drôle de trogne. À la colle et à l’alcool. Lui, Tarzan du rock irlandais au corps fatigué. Elle, Gin tonique. Ils se complètent. Lui, Tarzan. Elle, Gin.

C’est un homme avec une bonne gueule de punk et des oreilles à la Gainsbourg (dont il a repris, pour l’anecdote, Sous le soleil exactement, à quand L'homme à tête de chou ?). Une gueule pas triste. Une gueule dentairement parlant pas commune (sentant plus les docks que le doc’). Elle n'est pas triste et les violons sanglotent à flots mousseux, écumants de rage et de mélancolie. Le plus souvent c’est de la musique «bien dans tes dents !». Édentés rêves. Les Pogues vivent d’unisson, de salles combles et de peuple remué par du folk. Depuis 2015, Shane a acquis de nouveaux crocs. Le cimetière dentaire est fermé.

Un ancien président (en privé, bien sûr) y verrait l’incarnation de ce prolétariat oublié de la dirty old town, de ces sans-dents. Pas de quoi le rendre marxiste tendance chicots, ni même lui donner envie de caricaturer le prophète Mahone. Un autre président y verrait la Mahone des bidonvilles, des bas-fonds, des gares peuplées de gens qui ne sont rien.

Shane Mac Gowan chante faux, mais juste.

Ah, la dirty old tune !

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