650 000 bêtes, sur vingt-six étages. La multitude et l’altitude. Le plus haut et le plus grand du monde. Les superlatifs pullulent. Le big is beautiful. Le pig, moins.
Cela se passe en Chine, dans la ville d’Ezhou, dans la province du Hubei.
Un projet qui doit déjà sa popularité au fait qu’on va adorer le détester. Tout le monde en parle, c’est sans doute une partie du projet marketing.
Pendant que les cochons montent aux cieux, bien des sourcils montent au ciel. L’exaspération.
Pour effacer cette vision d’horreur de son imagination, il fait un pas de côté, un bon moyen pour échapper à la nausée. Il préfère penser à l’auteur américain John Steinbeck. Bien sûr, sa colère et ses raisins (dont une nouvelle traduction française vient de sortir !), mais aussi une petite signature qu’il utilisait et qui est en lien avec ces cochons qui montent aux cieux.
L’auteur signait ses lettres avec une drôle de créature : un pigasus. Clin d’œil au cheval mythologique, Pegase (créature associée à l’université de Stanford dont Steinbeck sortait et qui a fait récemment les beaux jours de l’espionnage), et au mot anglais pour nommer le cochon : pig. Un mot-valise que ce Pigasus.
Sous la créature imaginaire, une signature familière qui disait ad astra per alia porci : vers les étoiles sur les ailes d’un porc ! L’humour d’un auteur qui ne se prenait pas au jeu de la célébrité. Comme un ex-libris anti hybris.
Le cochon n’a pas attendu l’élevage intensif pour monter au ciel, déjà avec Steinbeck et aucun animal n’était maltraité. Question bestiaire littéraire, on peut se souvenir aussi des petits cochons noirs de Jack London.
Un autre écrivain américain, Upton Sinclair, dans La Jungle (1906) parle des abattoirs. « On utilise tout dans le cochon, à part le cri.» La sordide blague. Ce roman aborde le thème du capitalisme sauvage qui broie une famille d’immigrés qui croyait au rêve américain. C’est aussi une réflexion sur l’horreur de la condition ouvrière dans les abattoirs et le fonctionnement sinistre de ces usines grâce auxquelles les hommes tirent leur subsistance. Plus de cent ans après on est toujours ce qu'on mange.