C’est la cinquième lettre de l’alphabet grec.
On le prend souvent pour un autre.
On le prend pour un e majuscule, Ε.
On le prend pour un trois à l’envers, ε.
C’est une lettre et un nombre quelconque, cet epsilon ?
En réalité cet e bref ne compte pas pour des prunes Belle-Hélène.
Aujourd’hui, l’epsilon c’est ce sigle traversé de deux barres parallèles, l’euro. L’epsilon parce qu’il rappelle l'origine du nom Europe, Εὐρώπη. Deux traits parce qu'il se prend pour une poignée de dollars ou pour des yens.
Dans le beau roman de Vassilis Alexakis, La Langue maternelle (1995) un personnage cherche à résoudre l’énigme de l’epsilon majuscule (E) qui se trouvait autrefois à l'entrée du temple d'Apollon à Delphes (l’auteur antique Plutarque avait déjà mené l’enquête avant lui).
C’est une enquête sur une Apparition.
Perec, lui, travailla sur La Disparition du lointain descendant de cet E (epsilon), notre E (venu de l’alphabet latin).
Dans le roman d’Alexakis, un personnage déclare : « Je pense qu’il faut trouver au moins quarante mots pour pouvoir prétendre qu’on s’est interrogé sérieusement sur l’epsilon. » Parmi eux, le narrateur relève εἰ, « le si interrogatif et la question ei apodèmein, faut-il s’expatrier ? On posait souvent cette question à la Pythie. »
L’epsilon s’est expatrié dans toute l’Europe. Avec ses deux barres parallèles qui ne veulent pas dire Zorro mais Euro.