Les convivialistes
Abonné·e de Mediapart

25 Billets

0 Édition

Billet de blog 3 sept. 2021

Billet n°1 - Pourquoi un blog convivialiste

Je n'ai aucune idée du nombre de lecteurs de Mediapart qui connaissent ou ont déjà entendu parler du convivialisme. En ouverture de ce blog je dois donc en dire quelques mots rapides. Une définition ? Par exemple : « Une philosophie de l'art de vivre ensemble en s'opposant sans se massacrer ». Par Alain Caillé.

Les convivialistes
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je n'ai aucune idée du nombre de lecteurs de Mediapart qui connaissent ou ont déjà entendu parler du convivialisme (Pour ceux qui ne connaissent pas, cf. par exemple : www.convivialisme.org) . En ouverture de ce blog je dois donc en dire quelques mots rapides.

Une définition ? Par exemple : « Une philosophie de l'art de vivre ensemble en s'opposant sans se massacrer ». Le mouvement convivialiste réunit  des intellectuels alternatifs bien connus, mais aussi des militants, des écrivains, etc. qui s'inspirent d'idéologies politiques très diverses, disons de la gauche dans toutes ses variantes jusqu'à une droite humaniste. Depuis près de dix ans maintenant ils débattent entre eux, justement, en s'opposant sans se massacrer. Preuve que c'est possible. Mais ils ne se bornent pas à discuter. Ils parviennent aussi à se mettre d'accord sur certaines valeurs premières et sur tout un ensemble de projets politiques concrets. En témoigne, par exemple, le Second Manifeste convivialiste (sous-titré Pour une société post-néolibérale), publié chez Actes Sud en février 2020, rédigé et/ou cosigné par près de trois cents intellectuels de trente trois pays différents.

Leur conviction de base : bien sûr, l'urgentissime est de lutter contre le réchauffement climatique, mais l'humanité n'y parviendra pas si elle ne réussit pas à surmonter le capitalisme rentier et spéculatif qui domine le monde. Et cela implique de faire triompher une philosophie politique (une idéologie si vous préférez) alternative au néolibéralisme. Les philosophies héritées, libéralisme classique, socialisme, communisme, anarchisme, ne sont pas assez puissantes pour cela. D'où la nécessité du convivialisme.

Il reste maintenant à montrer que le convivialisme peut être une source d'inspiration non seulement théorique mais aussi pratique, à la fois existentielle mais aussi politique pour énormément de gens.

Pourquoi un tel blog convivialiste sur Mediapart ? La décision de le lancer est née d'un échange entre moi et Edwy Plenel. J'ai publié il y a quelques mois un petit ouvrage intitulé L'urgence d'un modérantisme radical. S'émanciper sans s'étriper. Peu de temps après je découvrais en zappant par hasard sur une émission de la 5 qu' Edwy Plenel avait lui aussi plaidé en faveur d'un modérantisme radical. Plus que ça, suite à nos échanges sur ce thème il inscrivait la charte de la participation à Mediapart sous le signe de ce modérantisme radical et renvoyait à mon opuscule. On n'est pas plus convivial, voire convivialiste. Nous convînmes donc que créer un blog convivialiste sur Mediapart ne pouvait être qu'une bonne idée.

Son but, bien sûr, est de faire connaître le convivialisme, mais, plus encore, tout en montrant la diversité de ses partisans, de montrer comment il peut aussi bien entrer en résonance avec l'actualité, l'éclairer, qu'approfondir des débats théoriques centraux. Une dizaine de convivialistes ont déjà accepté d'alimenter le blog régulièrement ce qui nous permettra  de sortir au moins un billet par semaine, rédigé au gré de la libre inspiration de chacun de ses auteurs.

De l'inspiration  convivialiste on trouvera une belle illustration dans le mail que m'envoyait Claude Alphandéry à l'occasion du lancement de ce blog. C. Alphandéry, ancien résistant, inspirateur historique de l'économie sociale, solidaire et écologique, est en passe  de rattraper Edgar Morin (un autre soutien du convivialisme) dans la course au titre de centenaire le plus jeune, le plus actif et le plus inspirant. Il est un modèle et une source d'espoir pour nous tous. Commentant le dernier livre de Pierre Rosanvallon, qu'il juge passionnant, il écrit:  « Il ouvre en effet des voies  essentielles sur  la nature des épreuves individuelles et collectives et des incertitudes qui exaspèrent ou  aliènent nos sensibilités. Ces  épreuves sont certes engendrées par les  «  rapports de  production  », les salaires, les conditions de travail ; elles ne le sont pas moins et plus subjectivement  par des ressentis d’injustice de mépris et de discrimination que Pierre Rosanvallon analyse avec force et lucidité. Ce qu’il ne traite qu’à  la marge - qui me parait essentiel pour les convivialistes - c’est la nature du désir qui donne l’ envie et l’énergie de  sortir des  épreuves, pour mieux vivre sa propre vie et ses relations à autrui et à la nature. Transformation qui fait passer de  l’égoïsme à la solidarité, de la méfiance à la confiance, de l’humiliation à la fierté ; elle se formait naguère dans le  patriotisme et/ou la la lutte de classe, qui valent encore mais sont en partie relayés.

Pierre Rosanvallon insiste moins sur ces relais : l’éducation populaire, les activités scientifiques, artistiques, sportives, l’économie sociale et solidaire qui pourtant se renforcent et se multiplient. Ils sont mis en oeuvre par des citoyen(e)s regroupés dans des réseaux auxquels les convivialistes appartiennent souvent. Il leur appartient d’élargir leurs actions de résistance et de solidarité ; et mieux encore de lier entre elles des initiatives dispersées afin de créer un choc politique de basculement  dans de nouveaux systèmes de vie.

L’intérêt de la diffusion des blog par Mediapart est de montrer à un large public que le convivialisme peut se nourrir à la fois de recherche fondamentale et d’actions concrètes citoyennes et de faire basculer celles ci vers un grand dessein politique ».

Mais C. Alphandéry est également une des grandes sources d'inspiration de la Primaire Populaire, l'initiative lancée par de jeunes militantes ou militants issus de divers bords de la gauche écologique qui ne se résignent pas à l'échec programmé de celle-ci aux élections présidentielles de 2022, et qui tentent contre vents et marées de faire émerger une candidature commune. À cette fin, en vue d'organiser en novembre prochain une primaire entre tous les candidats potentiels désignés par les citoyens qui se seront exprimés sur leur site, ils mobilisent une énergie considérable. Ils ont même réussi à réunir beaucoup plus de moyens, y compris financiers, que les mouvements de bonne volonté citoyenne habituels, et espèrent en réunir encore plus dans une toute prochaine campagne de crowdfunding.

Je ne suis pas persuadé pour ma part qu'ils parviennent à faire élire leur candidat(e) en 2022 (mais qui sait ?), mais je suis convaincu que leur énergie n'aura pas été dépensée en vain. Quoi qu'il advienne ils auront su réunir autour d'eux tous ceux en France qui sont plus soucieux d'unité et d'efficacité que de course à la petite différence de la dénonciation des sœurs ou frères ennemis.

Sur cette base, quel que soit le résultat des présidentielles, il y aura sûrement quelque chose à bâtir pour les législatives. Non pas contre les partis, ou en dehors d'eux, mais pour les aider à surmonter des différences souvent des plus  artificielles. Et, puisque la Primaire Populaire se donne pour mission de dépasser des différences stériles en leur permettant de s'opposer sans se massacrer, ce quelque chose, même si ce ne sera vraisemblablement pas sous ce nom, aura nécessairement à voir avec ce que font déjà les convivialistes. J'ose à peine dire qu'il s'inscrira dans le registre d'un modérantisme radical.                                                                                                          Alain Caillé

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Politique
Pap Ndiaye fait déjà face au cyclone raciste
La nomination de Pap Ndiaye au ministère de l’éducation nationale a fait remonter à la surface le racisme structurel de la société française et de sa classe politique, une vague qui charrie avec elle la condition noire et la question coloniale. La réaction de l’exécutif, Emmanuel Macron en tête, donnera une première indication sur la tonalité du quinquennat.
par Ilyes Ramdani
Journal
En Italie, la post-fasciste Giorgia Meloni cherche à faire oublier ses racines
Elle espère devenir l’an prochain la première femme à présider le Conseil en Italie. Héritière d’un parti post-fasciste, ancienne ministre de Berlusconi, Giorgia Meloni se démène pour bâtir un parti conservateur plus respectable, en courtisant l’électorat de Matteo Salvini. Une tentative périlleuse de « dédiabolisation ».
par Ludovic Lamant
Journal
Mario Vargas Llosa, Nobel de l’indécence
L’écrivain péruvien de 86 ans, entré à l’Académie française en fin d’année dernière, vient de déclarer sa préférence pour Bolsonaro face à Lula. Cette nouvelle prise de position politique reflète un parcours intellectuel de plus en plus contesté, marqué par des soutiens à des figures d’extrême droite en Amérique mais aussi de la droite dure en Espagne. Une enquête du n° 20 de la « Revue du Crieur », disponible en librairie. 
par Ludovic Lamant
Journal — États-Unis
Dans le Missouri, l’avortement a déjà presque disparu
En juin prochain, la Cour suprême des États-Unis abrogera probablement l’arrêt « Roe v. Wade », qui a fait de l’accès à l’IVG un droit constitutionnel. Mais dans le Missouri, État conservateur du Midwest, cela fait des années que les interruptions volontaires de grossesse se réduisent à peau de chagrin.
par Alexis Buisson

La sélection du Club

Billet de blog
Villages morts, villes vivantes
Nouvelle édition de « Printemps silencieux » (Wildproject). La biologiste américaine Rachel Carson avait raison bien avant tout le monde. Dans de nombreux villages de France, les oiseaux sont morts. Carson nous dessille les yeux au moment où une nouvelle équipe ministérielle veut accélérer la transition écologique. (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Le stade grotesque (la langue du néolibéralisme)
[Rediffusion] Récemment, je suis tombée sur une citation de la ministre déléguée à l’industrie, Agnès Pannier-Runacher... Il y a beaucoup de façons de caractériser le capitalisme actuel. À toutes définitions politiques et économiques, je propose d'ajouter la notion de grotesque.
par leslie kaplan
Billet de blog
Quand Macron inventait « l'écologie de production » pour disqualifier les pensées écologistes
[Rediffusion] Au cours de son allocution télévisée du 12 juillet 2021, Emmanuel Macron a affirmé vouloir « réconcilier la croissance et l'écologie de production ». Innovation sémantique dénuée de sens, ce terme vise à disqualifier les pensées écologistes qui veulent au contraire poser des limites, sociales et écologiques, à la production. Macron, qui veut sauver la croissance quoi qu'il en coûte, n'en veut pas.
par Maxime Combes
Billet de blog
Greenwashing et politique : le bilan environnemental d'Emmanuel Macron
[Rediffusion] Talonné dans les sondages par Marine Le Pen, le président-candidat Macron a multiplié dans l'entre-deux-tours des appels du pied à l’électorat de gauche. En particulier, il tente de mettre en avant son bilan en matière d’environnement. Or, il a peu de chances de convaincre : ses actions en la matière peuvent en effet se résumer à un greenwashing assumé.
par collectif Chronik