Les convivialistes
Abonné·e de Mediapart

11 Billets

0 Édition

Billet de blog 16 oct. 2021

Convivialisme et égalité

Marc Humbert expose ici ce qu’il a répondu quand on lui a demandé pourquoi dans les Manifestes convivialistes n’était pas énoncé un principe d’égalité.

Les convivialistes
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Convivialisme et égalité

par Marc Humbert

Marc Humbert expose ici ce qu’il a répondu quand on lui a demandé pourquoi dans les Manifestes convivialiustes n’était pas énoncé un principe d’égalité.

La palette de principes approuvée par les signataires des manifestes convivialistes constitue l’affirmation d’une posture humaniste qu’on peut qualifier d’humanisme vert, affirmé non violent. Pourquoi, m’a-t-il été demandé, alors que nous nous disons tous républicains, ne nous sommes-nous pas référés au triptyque « Liberté Egalité Fraternité » et au principe démocratique ?

Bien que parfois affirmé comme philosophie politique, le convivialisme énonce des principes qui sont en amont d’une telle philosophie et qui définissent très simplement une posture qui est une posture humaniste. Le principe de commune humanité rejette toute discrimination, celui de commune socialité rejette l’individualisme au bénéfice de l’association et, ensemble, ces deux principes évoquent un monde de fraternité humaine. Le principe de commune naturalité, ajouté dans le second manifeste, insiste sur notre inclusion dans, et notre souci de, la nature, affirmant ainsi la dimension écologique ou verte de notre humanisme. Un humanisme qui, avec le principe de légitime individuation, tient à la perspective d’une égale liberté. Ce principe suggère qu’il est indispensable que chacun ait la même liberté. Mais de fait ce n’est pas là expliciter un principe d’égalité entre tous. Enfin, le principe d’opposition maîtrisée, reformulé comme principe d’opposition créatrice dans le second manifeste, constitue un principe de non recours à la violence en cas de conflit– écartant même la violence légitime wéberienne ? – d’inspiration maussienne. Il n’explicite pas l’idéal démocratique qui est bien le nôtre. L’ensemble, complété par l’impératif de contrôle de l’hubris, apporte une sorte de principe de modération. Du modérantisme certainement radical.

Les principes revendiqués définissent une posture humaniste, écolo-maussienne, afin de préciser les fondamentaux d’où nous allons envisager de construire une réponse aux périls qui menacent l’humanité. Dans leur quatrième de couverture respectif, le premier manifeste souligne qu’il est urgent de penser un autre monde « possible » et le second que rien n’est plus urgent que d’élaborer une pensée et une intelligibilité du monde alternatives au néolibéralisme. Les principes qu’ils énoncent constituent la posture, la base à partir desquelles élaborer cette pensée.

Le Manifeste offre non seulement ces principes mais aussi une ébauche d’élaboration de cette pensée, alternative à la pensée dominante, qui peut servir à définir les caractéristiques d’un autre monde : comment il pourrait fonctionner, comment, avec quelles mesures à prendre, on peut quitter celui dans lequel nous sommes et transiter vers ce monde meilleur.

Prenons la question du principe démocratique. S’il n’est pas repris comme tel parmi les principes convivialistes, ceux-ci constituent cependant la base nécessaire pour discuter ce que peut être un principe démocratique. Le chapitre V du second manifeste entreprend l’indispensable discussion. Depuis la deuxième guerre mondiale, il semblait que le principe démocratique triomphait peu à peu partout sur la planète, mais depuis quelque temps, la tendance parait s’inverser alors que même dans les sociétés dites démocratiques on s’interroge de savoir si elles le sont vraiment. De quelle démocratie parle-t-on quand on évoque le principe démocratique : de la démocratie représentative, avec des partis politiques ? De la démocratie participative ? Qui participe, comment ? Quel type de démocratie face aux dictatures, aux démocratures, au terrorisme, à l’invasion du numérique ? L’idée des convivialistes est d’engager de manière urgente la discussion en particulier sur cette question centrale de la démocratie en partant d’une posture commune qui encadre ce qui est envisageable et ce qui ne l’est pas, en respectant cette posture d’humanisme vert, affirmé non violent.

Au cœur de ce principe démocratique se trouve bien sûr la question de l’égalité. L’égalité pour le moins entre tous les êtres vivants, sur cette planète. Entre tous, entre femmes et hommes. Et pas seulement au sein de notre petit groupe ici ou là. Egalité de droits mais tout autant égalités économiques et sociales. Le néolibéralisme auquel s’oppose le second Manifeste par son sous-titre caractérise ce qu’il appelle « des inégalités vertigineuses » qu’il faut résorber. Le chapitre VI fait quelques propositions pour avancer dans cette direction. Autour de la fiscalité, du revenu universel, de la postcroissance, de la démarchandisation, de la déglobalisation.

Tout cela pour imaginer comment pourrait fonctionner une société conviviale universalisable…et des mesures de transition adéquates. Pour sûr qu’il faut s’y atteler au plus vite car il y a urgence. D’ores et déjà d’innombrables expérimentations sont en cours, certaines depuis fort longtemps, menées avec une posture convivialiste – souvent implicite- . Elles doivent être encouragées à l’expliciter, à persévérer, à essaimer et se multiplier. Peut-être que passé un certain seuil, une masse critique, un phénomène de percolation pourrait déclencher à partir de ces expérimentations, un basculement du monde vers la convivialité. On n'en est peut-être pas loin !

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
L’impunité et la lâcheté des puissants
Après la révélation des accusations contre l’ancien ministre, le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire. Au-delà de son devenir judiciaire, cette affaire nous interpelle sur l’insuffisance de la lutte contre les violences sexuelles et sur l’impunité des sphères de pouvoir.
par Lénaïg Bredoux
Journal — International
Le nouveau variant Omicron, identifié en Afrique australe, déjà repéré en Europe
La communauté scientifique est en alerte depuis l’identification d’un nouveau variant au Botswana. Les premiers séquençages en Afrique du Sud font craindre une propagation à grande vitesse. L’Organisation mondiale de la santé vient de le classer parmi les variants préoccupants et l’a baptisé Omicron.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal — International
UE : Paris et Rome s’accordent à moindres frais pour tenter de peser dans l’après-Merkel
Emmanuel Macron et Mario Draghi ont conclu un traité pour tourner la page des années de tensions entre la France et l’Italie. Une façon aussi, pour le président de la République, de se rapprocher d’un homme bien plus influent que lui sur la scène européenne.
par Ludovic Lamant et Ellen Salvi
Journal — France
Dans la Manche, les traversées de tous les dangers
Le naufrage meurtrier survenu le 24 novembre, qui a coûté la vie à 27 personnes, rappelle les risques que les personnes exilées sont prêtes à prendre pour rejoindre les côtes anglaises. En mer, les sauveteurs tentent, eux, d’éviter le plus de drames possible.
par Sheerazad Chekaik-Chaila

La sélection du Club

Billet de blog
L'Europe-forteresse creuse sa tombe dans le faux abri de ses fantasmes d'invasion
L'épisode dramatique à la frontière Pologne/Biélorussie confirme une fois de plus la fausse sécurité d'une Europe-forteresse qui se croit en sécurité en payant pour refouler et bloquer migrants et réfugiés, ignorant ses fondements, ses valeurs, son histoire. La contre-offensive massive à rebours des renoncements successifs matraqués en certitudes au coin du bon sens est une nécessité vitale.
par Georges-André
Billet de blog
Tragédie de Calais : retrouvons d’urgence notre humanité
Au moins 27 personnes sont mortes noyées au large de Calais ce mercredi 25 novembre. Ce nouveau drame vient alourdir le bilan des morts à cette frontière où, depuis une trentaine d’années, plus de 300 personnes ont perdu la vie, soit en essayant de la franchir soit en raison de leurs conditions de (sur)vie sur le littoral Nord.
par La Cimade
Billet de blog
À l'indignation, monsieur Darmanin, a succédé la rage
Au lendemain du drame qui a coûté la vie à 27 personnes dans la Manche, Michaël Neuman, directeur d'études au Centre de réflexion sur l'action et les savoir humanitaires de la fondation MSF, dénonce les responsabilités de l'État français et du ministre de l'Intérieur.
par Médecins sans frontières
Billet de blog
Ça suffit ! Pour un accueil inconditionnel des exilé.es
Allons-nous continuer à compter les morts innocents et à force de lâcheté, d’hypocrisie et de totale inhumanité, à nous faire contaminer par un imaginaire rance de repli sur soi qui finira par tout.es nous entraîner dans l’abîme ? Non, il faut commencer par rétablir les faits avant que de tout changer en matière de politique migratoire et de droit des étrangers.
par Benjamin Joyeux