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Billet de blog 22 janv. 2022

Le convivialisme, une force méta-politique

Vu d'ailleurs le convivialisme peut sembler chose bien étrange et hautement improbable. Parmi ses sympathisants, certains s'apprêtent à voter Mélenchon, d'autres Jadot, Taubira ou Hidalgo, d'autres encore Macron... Ce pluralisme atypique peut être interprété de bien des manières différentes. Les idées circulent, le convivialisme joue donc un rôle méta-politique. Par Alain Caillé.

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Vu d'ailleurs le convivialisme peut sembler chose bien étrange et hautement improbable. Parmi ses sympathisants, ou chez les signataires français du Second Manifeste convivialiste (Actes Sud, 2020), certains s'apprêtent à voter Mélenchon, d'autres Jadot, d'autres Taubira ou Hidalgo, d'autres encore Macron, probablement, et peut-être même (je ne sais pas sonder les reins et les coeurs), certains, très peu nombreux, Pécresse. Les sympathies des uns vont à la CFDT, celles des autres à la CGT, etc. Et pourtant, tous se parlent entre eux (un peu vivement parfois, quand même...) et se respectent.

Ce pluralisme atypique peut être interprété de bien des manières différentes.

Pour ce qui concerne la France, la plus juste est de voir le convivialisme comme un révélateur de l'incapacité des différents partis politiques en lice à tenir un discours qui fasse sens pour l'ensemble des Françaises et Français ( la présidentielle s'approchant à grands pas, ne parlons pour l'instant, que de la France, même si la force première du convivialisme réside dans sa dimension internationale). Ou qui fasse sens, à tout le moins, pour le plus grand nombre.

L'enjeu principal aujourd'hui est de mobiliser ce plus grand nombre contre les dégâts du capitalisme rentier et spéculateur et contre son idéologie, le néolibéralisme, en ayant clairement conscience que les sursauts de racisme, de machisme et de chauvinisme auxquels nous assistons en sont l'exacte contrepartie, ou le parfait complément, comme Donald Trump ou Jair Bolsonaro l'ont si clairement donné à voir.

Pour réaliser une telle mobilisation il faut savoir parler aux quatre grandes catégories de populations qu'il est possible de distinguer en France aujourd'hui :

1. les précaires, intermittents ou permittents, les gilets jaunes, les périphériques aux fins de mois problématiques ;

2. les intégrés, ceux qui ont un emploi et un revenu à peu près assurés, fonctionnaires, salariés en CDD non menacés par une faillite, artisans recherchés ;

3. les ségrégués, ceux, souvent issus de l'immigration, qui habitent les « quartiers » difficiles ;

4. les globalisés, ceux qui, titulaires de bons diplômes, profitent d'une manière ou d'une autre de la mondialisation et jouissent de hauts revenus.

Même s'il existe, bien sûr, des recoupements entre elles, ces populations vivent dans des mondes de plus en plus séparés, qui s'ignorent, ou bien se craignent et parfois se haïssent. Sur les réseaux sociaux le ton se fait de plus en plus violent.

L'objectif du convivialisme est de montrer le plus concrètement possible à toutes ces catégories sociales ce qu'elles auraient à gagner – tant du point de vue de la fin du monde que de celui des fins de mois – à l'édification d'une société post-néolibérale. Une société post-néolibérale qui serait,également une société post-croissantiste, autrement dit une société qui cesserait de faire semblant de croire que la seule croissance du PIB puisse être le remède à tous nos maux.

Les voies de la rupture avec le néolibéralisme sont complexes, et nécessairement différentes selon les pays, leur histoire et leur situation géostratégique.

En France le premier problème à résoudre est celui de la tension toujours plus forte entre des élites de plus en plus restreintes et méprisantes, et un peuple toujours plus proche de l'explosion. Entre le tropisme monarchiste de la société française et son pendant sans-culottiste révolutionnariste.

Chaque parti – c'est le rôle des partis – présente un catalogue de mesures. Mais le plus important est de se mettre d'accord sur quelques mesures basculantes, qui viennent en amont de toutes les autres et qui conditionnent leur réussite. Quelques mesures qui, à la fois, permettent de débloquer la société française et qui parlent aux différentes catégories de population que je viens de distinguer. Des mesures qui rendent possible la sortie tendancielle du néolibéralisme en contribuant activement à la lutte contre le réchauffement climatique.

Je présente pour ma part quinze mesures de ce type dans mon tout récent Si j'étais candidat...Pour une politique convivialiste (Le Pommier, 3,5 €). Mais je ne suis justement pas candidat ! Les convivialistes ne forment pas un parti politique.

Est-ce à dire que ces mesures n'ont aucune chance de voir le jour ? Je ne le crois pas.

Les idées circulent et peuvent inspirer tel ou tel parti politique. Le convivialisme joue donc un rôle méta-politique, en surplomb du jeu politique institué. Et il n'est pas exclu qu'un regroupement de la société civile (disons plutôt de la société civique) voie le jour, se mette d'accord sur quelques mesures essentielles à adopter d'urgence.

Au jour où j'écris ces lignes, personne ne sait ce qu'il peut résulter de l'initiative de la Primaire populaire. Elle a su mobiliser 400 000 personnes prêtes à arbitrer entre les différentes candidatures de la gauche et de l'écologie. Ce n'est pas rien. Qu'en restera-t-il ? Difficile à dire. Mais, quoi qu'il arrive, il me semble que cette belle énergie pourrait être utilement déployée dans les mois et les années qui viennent pour faire pression sur les divers partis et pousser à l'adoption de quelques mesures basculantes. Ce serait un beau rôle métapolitique là aussi.  

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