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Billet de blog 4 sept. 2017

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Un texte fondamental

Henri Sterdyniak, membre du collectif d'animation des économistes atterrés recommande la lecture d'une interview donnée au journal Le Monde par Michel Combes. Elle est caractéristique de l'arrogance et de la toute puissance du capitalisme financier d'aujourd'hui...

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Je ne peux que recommander la lecture dans Le Monde du mardi 29 Août de l’interview de Michel Combes, actuellement directeur d’Altice, la maison-mère de SFR, fondée et dirigée par Patrick Drahi. On peut y voir l’arrogance et la toute-puissance du capitalisme financier aujourd’hui.

Le capital d’Altice provient en quasi-totalité de prêts bancaires ou d’emprunts obligataires. Altice est endetté d’environ 50 milliards d’euros (soit 4 fois sa valeur ajoutée). Les banques (et en particulier BNP-Paribas) et les marchés financiers font confiance à Patrick Drahi pour rendre compétitives les entreprises dont il s’empare, en licenciant froidement une partie du personnel, en faisant pression sur les salaires, en diminuant la qualité des prestations fournies aux clients tout en augmentant leur prix, en faisant pression sur les prix payés aux fournisseurs et en ne les payant qu’avec retard, etc., des méthodes … que les banques semblent apprécier.

Grâce aux profits importants ainsi dégagés, Altice, au départ entreprise de télécommunication, peut prétendre maintenant gérer les contenus (et pas seulement les contenants) en contrôlant des entreprises de presse (Libération, L’Express), des chaines de télévision (BFM-TV, RMC) et, maintenant, en investissant dans la production télévisuelle et cinématographique. Une partie importante de l’information est donc soumise au bon vouloir d’un groupe capitaliste qui choisit – selon quels critères ? – les journalistes qu’il promeut.

L’achat de Libération et de L’Express lui a permis de monter une vaste opération d’évasion fiscale, en détournant l’utilisation du taux réduit de TVA, réservée en principe à aider la presse, pour l’appliquer à une partie importante des abonnements téléphoniques.

Altice veut pouvoir intervenir dans la production cinématographique de façon autonome, sans contrôle, sans contrainte de financement. C’est elle qui choisira ce qu’elle produira. Elle refuse de devoir contribuer à un fonds de financement de la production cinématographique française, qui permettrait plus ou moins de financer aussi, parfois, du cinéma de qualité.

La création d’Altice studio lui a déjà permis d’augmenter discrètement le prix des abonnements, la vente forcée devenant sa pratique courante.

Le contrôle des contenus lui permettra aussi d’engranger de fabuleuses recettes publicitaires et de poursuivre une croissance effrénée. L’information, la culture, le sport deviennent ainsi de plus en plus soumis aux exigences des annonceurs publicitaires.

Par ailleurs, elle prétend déployer son propre réseau à haut débit, de sorte à détenir un monopole, sans tenir compte des politiques publiques en la matière. Elle bénéficie du fait qu’elle peut s’endetter à bas taux, grâce à la confiance des banques, alors que l’État et les collectivités locales sont soumis à la règle des 3 % de déficit, même pour les investissements.

On voit comment se constitue une pieuvre industrielle et financière qui veut contrôler l’information et la culture.

Faut-il insister sur le côté un peu sordide de ces opérations ? Michel Combes pilote ces opérations après avoir reçu 8 millions d’euros pour prime de départ d’Alcatel-Lucent, qu’il a fait disparaitre après n’y avoir travaillé que 2 ans (en ayant supprimé quand même 10 000 emplois). Il devait même recevoir 14 millions, mais le Medef lui a demandé de réduire ses ambitions. Patrick Drahi, de nationalité franco-israélienne, paye ses impôts en Suisse. Il change le nom de SFR en Altice, nom dont il est propriétaire, ce qui lui permettra de toucher personnellement une redevance. Patrick Drahi fait construire grâce à un endettement personnel un nouveau siège social pour Altice, qui devra lui louer l’immeuble à prix fort (la même opération que Ferrand et sa compagne, multipliée par 1000). Il estime par ailleurs, qu’il faut augmenter la durée du travail en France et réduire les dépenses publiques.

Par Henri Sterdyniak, membre du CA des Économistes Atterrés

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