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Billet de blog 20 avr. 2017

Programme économique et social: Marine Le Pen est tout sauf la candidate du peuple!

Le programme économique et social de la candidate du FN ne peut prétendre être le programme du peuple. Il est défavorable aux salariés et est ouvertement discriminatoire.

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Élaborés dans la perspective d’un second tour opposant la candidate FN à un candidat de droite (François Fillon ou aujourd’hui Emmanuel Macron), les « 144 engagements présidentiels » de Marine Le Pen cherchent à séduire les classes populaires qui ont vu leur situation se dégrader après plus de 30 ans de politiques néolibérales. On y trouve bien des annonces sociales, comme la retraite à 60 ans, destinées à faire apparaître la candidate comme celle du peuple. Une analyse détaillée[1] montre qu’il n’en est rien.

Un programme au service du patronat et des riches

Le programme 2017 de Marine Le Pen est d’abord au service du patronat. Il promet notamment aux PME et TPE de nouvelles baisses de cotisations et un « protectionnisme patriote » au service de leur compétitivité. Le souci de ne pas déplaire au patronat réduit d’ailleurs à presque rien ses ambitions écologiques, qui s’arrêtent là où elles pourraient contraindre les entreprises à produire autrement pour polluer moins.

Ce programme est aussi au service des plus riches. Il entend par exemple permettre « à chaque parent de transmettre sans taxation 100 000 euros tous les cinq ans (au lieu de quinze actuellement) » et d’augmenter « le plafond des donations sans taxation aux petits-enfants à 50 000 euros, également tous les cinq ans ». Qui peut donner tous les cinq ans 100 000 euros à ses enfants et 50 000 euros à ses petits-enfants ? Pas grand monde.

Des propositions défavorables aux salariés, qui s’en prennent aux syndicats

Le Medef et la CGPME en rêvent, le FN le promet ! D’abord, la suppression du compte pénibilité. Ce dernier prévoit des mesures de formation, de prévention et d’aménagement de l’emploi sur la base de critères objectivables de pénibilité. Trop beau pour les salariés ! Le FN propose de remplacer ces droits par une « majoration des annuités de retraite », et les critères de pénibilité par une « évaluation personnalisée » du médecin du travail… qui ne constatera les pathologies que trop tard. Finie la politique de prévention.

Surtout, les syndicats sont dans la ligne de mire. Au nom d’une prétendue « véritable liberté syndicale » et sous couvert de supprimer un « monopole de représentativité » qui n’existe plus, le FN entend affaiblir la représentation des salariés et favoriser le retour des syndicats maison. Souvenons-nous de ces syndicats qui se prétendaient « libres », et qui, loin de défendre les intérêts des salariés, étaient aux ordres des patrons et proches de l’extrême droite. Le FN n’a pas oublié !

Emploi : une politique ouvertement discriminatoire

La « priorité nationale » dans la politique d’emploi du FN s’appuie sur un mythe selon lequel les étrangers prendraient le travail des français ou feraient baisser les salaires… ce qui est démenti par les études empiriques.

La proposition phare est « une taxe additionnelle sur l’embauche de salariés étrangers ». Marine Le Pen affirme qu’elle existe déjà. Pas vraiment : les employeurs ont à s’acquitter d’une taxe forfaitaire (Ofii) lors de la première entrée en France d’un salarié étranger hors Union européenne, ce qui traduit une priorité aux travailleurs présents sur le sol français. La taxe voulue par le FN instaurerait une discrimination directe et permanente contre l’ensemble des travailleurs étrangers. Fixée à 10 % de leur salaire brut mensuel (près de 150 euros par mois pour un Smicard) elle exercerait un effet dissuasif sur les employeurs. Les 1,7 million d’étrangers actifs présents sur le territoire national seraient concernés, dès lors qu’ils passeraient par le chômage ou changeraient d’emploi. En 2012, Marine Le Pen voulait obliger les chômeurs étrangers à « quitter le territoire » après un an de chômage. En 2017, elle entend les empêcher de retrouver un emploi.

Protection sociale : l’exclusion d’un nombre toujours plus grand d’étrangers

Le mythe FN des « pompes aspirantes de l’immigration » fait des immigrés des touristes de la protection sociale. Pourtant, toutes les études montrent qu’ils contribuent davantage au financement de la protection sociale qu’ils ne coûtent en prestations, car ils sont majoritairement d’âge actif.

Les familles étrangères sont les premières visées : le programme 2017 du FN suggère de réserver les allocations familiales aux familles françaises. Cela renvoie aux racines du parti à l’époque où il était dirigé par Le Pen père : familialisme et xénophobie. Les immigrés vieillissants sont une deuxième cible. Le FN prévoit de réserver le minimum vieillesse (Aspa) aux personnes âgées de nationalité française, exigeant des étrangers qu’ils démontrent qu’ils ont résidé légalement vingt ans en France – contre dix ans actuellement. Un durcissement considérable au vu de la précarisation du séjour des étrangers.

En mettant une touche sociale dans son programme, Marie Le Pen voudrait détourner contre les étrangers et les immigrés les difficultés des victimes du capitalisme mondialisé. Elle est tout sauf la candidate du peuple. Ne la laissons pas faire !

Anne Eydoux, Eric Berr, Frédéric Boccara, Mireille Bruyère, Benjamin Coriat, Nathalie Coutinet, Ali Douai, Jean-Marie Harribey, Sabina Issehnane, Esther Jeffers, Dany Lang, Philippe Légé, Jonathan Marie, Dominique Plihon, Thomas Porcher, membres du collectif d’animation des Economistes atterrés.


[1] Voir A. Eydoux et S. Issehnane, « Front national, un programme économique et social incohérent et xénophobe », Note des économistes atterrés, 30 mars 2017.

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