18ème jour d'occupation : les principales nouvelles

Cet article est l'occasion de revenir sur les multiples événements qui ont marqué la vie de l'occupation hier (jeudi 15 février) et aujourd'hui. Au programme : arrestations, garde-à-vue, libération, reprise des négociations, menace d'expulsion, prochaines perspectives de mobilisation pour les exilé-e-s et leurs soutiens. Bonne lecture !

Hier jeudi 15 février 2018, nous avons eu une journée vraiment intense.

En début d'après-midi, la RATP-sûreté a jugé bon d'interpeller un occupant sans-papiers de l'occupation qui avait fraudé le métro (à ce prix là, pas le choix!) et d'appeler les flics. Des soutiens ont tenté de lui venir en aide et de négocier sa libération. La réponse de la RATP-sûreté et de la police de Saint-Denis a été très violente : gaz, coups de matraques et de tonfa, menaces au taser et au flashball... Et durant les protestations, un soutien à été embarqué dans une deuxième camionnette et placé en garde-à-vue. À l'heure où nous écrivons, les deux personnes sont, heureusement, sorties du commissariat.
Nous avons publié le récit complet de la journée sur ce blog. Nous appelons à un soutien massif de la communauté universitaire, notamment de Paris 8, et demandons à tout.e.s de relayer ce témoignage de violences policières scandaleuses.

Dans la même journée, nous avons reçu de la présidence de l'université Paris-VIII une notification administrative. La "sous-commission départementale pour la sécurité contre les risques d'incendies et de panique dans les établissements recevants du public et les immeubles de
grande hauteur" - celle qui s'était pointée sans prévenir, jeudi 8 février, avec un policier en civil que nous avons fermement invité à quitter les lieux. Pour plus de détails sur cet événement, vous pouvez relire le communiqué du 8 février 2018 - cette sous-commission, donc, a rendu "un avis défavorable à la poursuite de l'exploitation du bâtiment A, dans les conditions actuelles d'occupation". Par conséquent, la présidence nous demandait "solennellement" d'évacuer le bâtiment.

Voici le mail en question :


"Aux occupant.e.s des salles A 280, 281, 282, 283, 382, 383, 384

La commission consultative départementale de sécurité, diligentée sur
ordre du Préfet, a émis un avis défavorable à la poursuite de
l'exploitation des bâtiments faisant l'objet d'une occupation. La
responsabilité civile, pénale et morale de l'université est engagée par
cet avis dès lors qu'il est formulé.

En poursuivant l'occupation de locaux inadaptés, vous faites courir des
risques bien réels aux occupant.e.s, risques que nous ne saurions
assumer, non pas tant par crainte de sanctions pénales en cas d'incident
qu'animés par un souci éthique qui nous engage à veiller à la sécurité
des personnes qui ont cherché abri dans notre université.

Nous vous demandons donc solennellement, par la présente notification,
de libérer les locaux que vous occupez, tout en vous garantissant que
notre université continuera, dans la limite de ses moyens et ressources,
et de l'aide qu'elle a su trouver hors de ses murs, d'apporter son
soutien à la cause des réfugié.e.s.

C'est pourquoi nous souhaitons rencontrer rapidement une délégation des
migrant.e.s pour faire le point avec elle sur les situations
administratives de chacun.e et les possibles démarches dans lesquelles
nous pourrions au mieux les accompagner.

L'équipe présidentielle"

Alors que le plan Grand Froid à été enclenché, alors que 1 300 personnes dorment encore à la rue et qu'elles subissent des violences policières
matin et soir, on nous oppose que "l'utilisation de salles de cours en locaux à sommeil ainsi que l'encombrement significatif des circulation
des 2e et 3e étages du bâtiment A sont de nature à compromettre la sécurité globale du bâtiment" (procès verbal de la visite de la sous-commission).  Ces préoccupations résonnent ici comme une réelle violence quand "la sécurité du bâtiment" devient un prétexte pour remettre plusieurs dizaines de personnes à la rue, dans laquelle, faut-il le rappeler, déjà près de 20 personnes ont trouvé la mort depuis le début de l'année.
Par ailleurs, nous avons nous-mêmes procédé à une contre-expertise par l'intermédiaire de l'association Architectes Sans Frontières le même jour (8 février 2018). Le rapport de la visite préconise quelques améliorations. Certaines concernent les conditions d'occupation, comme bouger du mobilier gênant, et d'autres seraient davantage du ressort de l'administration de l'université (ouvrir certaines portes de secours fermées à clé, proposer des locaux adaptés pour la cuisine, permettre l'accès aux douches et à davantage de sanitaires...). Le rapport conclut que "l'installation présente une alternative préférable à la situation vécue par les exilé.e.s jusqu'ici" mais qu'elle "ne constitue pas une solution satisfaisante et doit être considérée comme une étape conduisant vers l'accès à un logement digne".

Suite à ces éléments, une réunion avec les occupant.e.s exilé.e.s du Bâtiment A a eu lieu aujourd'hui à midi. Ils ont unanimement décidé de
rencontrer la Présidence pour reprendre le dialogue et lui redemander de se faire le relai de leurs revendications auprès des autorités compétentes (OFPRA, préfecture). Nous reproduisons à la suite le message qui a été envoyé dans ce but.

"Madame la présidente,
Suite à nos derniers échanges et à votre email d'hier, nous nous sommes
réuni.e.s entre occupant.e.s ce matin et avons décidé à l'unanimité de
vous rencontrer une nouvelle fois en délégation composée majoritairement
d'exilé.e.s occupant.e.s pour reprendre un dialogue trop rapidement
rompu.

Nous sommes disposé.e.s à vous rencontrer pour trouver une solution
commune concernant les locaux et surtout reparler de nos démarches
concernant les régularisations, soit en fin de journée ou peut être
mieux demain ou lundi midi.

Dans tous les cas, nous tenons à rappeler que ce dialogue reste
entièrement dépendant du fait qu'une évacuation policière ne peut être
envisagée avec la mairie ou la préfécture. Les situations
administratives et humaines des occupant.e.s la rendent innacceptable.

Bien cordialement,
Les occupant.e.s du bâtiment A"

Par ailleurs, une réunion s'est tenue pour organiser la mobilisation politique dans les jours à venir autour de l'occupation. Voilà les
grandes dates retenues pour le moment :

- samedi 17/02 à 11h, le comité de préparation de la marche des solidarités du 17 mars nous invite à l'assemblée de mobilisation à la
Bourse du Travail de Paris ;
- samedi 17/02 après-midi, nous invitons tout le monde à venir jammer avec nous sur la terrasse de l'occupation contre la menace d'expulsion.
Ramenez vos voix, vos instruments et votre bonne humeur !
- mardi 20/02 rassemblement à 18h à la fac en soutien à l'occupation de P8 ;
- mercredi 21/02, nous serons présent-e-s à la manif contre le projet de loi Asile & Immigration qui part de Saint-Michel vers l'Assemblée
Nationale, à 18h30 ;
- vendredi 23/02, nous nous rassemblerons devant l'OFPRA, qui commence une grève ce jour-là contre le projet de loi Immigration & Asile ;
- samedi 24/02, à partir de 19h, nous serons présent-e-s à la soirée de soutien au collectif des Baras de Montreuil, en lutte pour les papiers
et le logement. Au 42 rue des Bruyères (M° Mairie des Lilas) ;
- lundi 05/03, nous rejoindrons le collectif des étudiant-e-s sans papiers de Paris-8 et leurs soutiens (RUSF, Solidaires étudiant-e-s,
Secours Populaire Français) devant la préfecture de Bobigny (M° Pablo Picasso) à 15h. Parce que leur lutte est aussi la nôtre, parce que l'union fait la force !

D'autres initiatives sont en préparation ! Stay tuned !
A bientôt,
Les occupant-e-s exilé-e-s et leurs soutiens

Ps : En attendant, on nettoie les assiettes de délicieux repas (riz, tajine...) qui sont venus terminer ces deux journées marathon au son des enceintes, des discussions endiablées et des fléchettes qui ricochent sur le tableau. Bref, on s'installe toujours un peu plus !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.