Un nouveau Parlement sensible: pour un programme littéraire d’éducation artistique et culturelle

Alors que la préoccupation de la nature prend une place de plus en plus grande dans la littérature, tous genres confondus, Sylvie Gouttebaron, Jean-Yves Masson et Cyril Dion appellent à la création d'un «programme de rencontres littéraires» d'envergure nationale pour l'avenir de la planète, afin d'éduquer par la littérature et «reconstruire un espace vivable».

Depuis quelques années, la littérature française s’est emparée, de toutes les manières possibles, des questions de l’avenir de la planète qui taraudent et bouleversent nos sociétés. La nature, sensiblement, s’est réinscrite au cœur des phrases, telle une science naturelle du langage à quoi rien de ce monde ne devrait, ni ne saurait, échapper. On le voit bien. Les ouvrages sont nombreux, tous genres confondus, qui portent sur cette question fondamentale : comment réparer ce trou béant qui veut que peu à peu, disparaisse une quantité incroyable d’espoirs sous forme de bêtes, plantes, espèces vives que l’habitude de croiser sans plus en observer la présence, sans plus connaître leurs noms, a finalement chassées de nos consciences, réduisant à néant un principe nécessaire de contemplation, de rêveries, de considération et d’action ?

Or, ce sursaut que l’on voit à l’œuvre est désormais repris en force par la société. Partout dans le monde, les marches contre le réchauffement climatique se multiplient, les demandes de la jeunesse aux politiques pour qu’ils agissent sont expresses et nous obligent. Dans la rue, les élèves haussent le ton. Ils ont raison. Il est donc parfaitement urgent d’agir et de bien faire. Il faut entendre, et répondre. Donner aux élèves la possibilité de rencontrer des écrivains qui partagent ce souci et lui donnent forme est une des réponses à leur apporter. Exprimer ce qui inquiète, observer ce qui se passe et le nommer, trouver la forme qui convient précisément pour le dire, tout cela aide à reconstruire un espace vivable, qu’il soit d’ordre physique ou mental. Ces rencontres, par l’art, sont part de ce grand chantier indispensable qui dessine un nouvel horizon.

Pour mener à bien cette action — et là est sans doute la chance qu’il nous faut saisir —, l’actuel gouvernement revendique la nécessité d’une éducation artistique et culturelle forte, partout sur le territoire. La littérature, en ce sens, est prometteuse. Elle est une chance pour tous, enseignants, élèves, citoyens, car elle permet d’imaginer des réponses face au grand trouble climatique. Ensemble Babel et Arche de Noé, elle nous embarque dans cette aventure singulière et inédite de l’histoire de l’humanité.

Tout est donc lié et nous ne pouvons nous résigner à un tel avenir sans réagir.

C’est pourquoi nous demandons aux ministères concernés (culture, éducation, transition écologique) de soutenir ce programme de rencontres littéraires pour l’avenir de la planète. La conjugaison d’un projet artistique d’éducation par la littérature pour une cause telle que celle que nous défendons nous semble une priorité joyeuse et originale, à grande échelle humaine.

Signataires :

Sylvie Gouttebaron, Directrice de la Maison des écrivains et de la littérature

Jean-Yves Masson, Auteur, traducteur, professeur d'universite et Président de la Mel

 

Action soutenue par Cyril Dion, écrivain, éditeur, réalisateur

 

 

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