Briser l'omerta sur les violences sexuelles dans le sport

Témoigner, juste témoigner ! L'association Comité Ethique & Sport qui a pour objectif de poser des solutions concrètes à certaines problématiques concernant la déviance à l’éthique dans le sport, dont les violences sexuelles, appelle à une libération de la parole des victimes.

Le 17 octobre 2017, la vague de la libération de la parole des victimes de violences sexuelles a atteint l’environnement sportif. La gymnaste double championne olympique des Jeux de Barcelone, Tatiana Gutsu, a accusé un ancien coéquipier de l’équipe soviétique de l’avoir violée lorsqu’elle avait 15 ans, en 1991. McKayla Maroney, autre gymnaste vedette des JO de Londres, a elle accusé l’ancien médecin de l’équipe américaine d’agressions sexuelles répétées, qui a été finalement mis en cause par 160 (!) jeunes femmes.

Malheureusement, nous n’avons pas été surpris du témoignage de ces sportives tant ils font écho à d’autres témoignages anonymes et publics comme ceux d’Isabelle Demongeot ou de Catherine Moyon de Baecque. Ces dernières années, le phénomène des violences sexuelles dans le sport a également attiré l’œil des chercheurs et a été étudié à l’échelle internationale et nationale.

Le Comité Ethique & Sport sait le monde sportif particulièrement surexposé aux violences sexuelles pour plusieurs raisons : d’abord le jeune âge des pratiquants , qui nécessite une vigilance forte car encore plus fragiles face aux comportements des prédateurs, ensuite, le monde de la compétition sportive nécessite une proximité, des déplacements, parfois de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines, ce qui engendre un éloignement prolongé des athlètes de leur cellule familiale, de leurs repères ; enfin, c’est un univers où la pression de la réussite est forte et où la sélection est terrible.

Ainsi, dans une étude commandée officiellement par le Ministère des Sports en 2009, les auteurs ont évalué la prévalence des violences sexuelles dans le sport français. Ils estiment que le taux d’exposition général des athlètes (dont les actes de voyeurisme, les atteintes et les agressions sexuelles) est de 11,2 %. Cette exposition confirme que le sport reste un contexte particulier pouvant induire plus facilement des actes de violences sexuelles.

Plus récemment, une enquête réalisée en Seine Maritime a relaté les facteurs de risque de l’agression sexuelle dans les sports : la culture du bizutage, le manque de règlements internes en ce qui concerne les entrées et sorties des vestiaires, la présence sous les douches, le manque de formation et de qualification des entraîneurs, l’absence de réglementation du contact physique entre entraîneurs et jeunes pratiquants, la confiance aveugle de certains parents envers l’entraîneur et plus largement la prédominance de la performance au détriment du bien-être des jeunes sportifs.

De plus, et à l’image du témoignage des gymnastes citées précédemment, nous savons que les instances sportives ne prennent pas le problème des violences sexuelles à sa juste mesure. Les récentes révélations de Mediapart ou du Monde sur le sujet nous l’ont rappelé.

Les fédérations ont tendance à « gérer en interne ». Les encadrants sportifs savent, ont entendu parler de quelque chose, mais n’osent pas s’exprimer par peur de dénoncer un collègue. Et comme dans l’affaire Harvey Wenstein, il y a des clubs, des pôles où « tout le monde sait » mais personne ne dit.

Le rapport du Comité International Olympique (CIO) «Protéger les athlètes contre le harcèlement et les abus dans le sport» rappelle dès son introduction que «le harcèlement et les abus dans le sport existe», pas seulement dans certains pays et pas seulement chez les athlètes de haut niveau. Fort de ce constat, le CIO propose une stratégie de protection des pratiquants par le développement de politiques et de procédures précises, par la mise en œuvre de mécanismes de prévention et par une gestion rigoureuse des signalements.

C’est la raison pour laquelle, le Comité Ethique et Sport appelle au travers de cette tribune toutes les victimes à se manifester, dès la première agression, parce que c’est dès celle-ci, que les sportifs, professionnels ou amateurs, doivent être accompagnés afin de stopper l’engrenage de la violence qu’ils subissent. Parce que c’est aussi dès cette première agression que les victimes doivent prendre conscience de l’injustice et de la gravité des actes infligés et qu’elles ne doivent pas laisser le piège de la culpabilité et de l’impuissance se refermer sur elle.

Il est temps que la peur change de camps. La surexposition, la gravité et souvent l’âge des victimes, doit pousser les acteurs du sport, les familles et plus globalement l’entourage des sportifs à un engagement plein et immédiat. Cela commence par la libération de la parole des victimes.

Si vous faites partie de celles-ci, Témoigner, juste Témoigner au 01 45 33 85 62 ou sur l’adresse mail : contact.maltraitances@ethiqueetsport

Ce sera un premier pas vers une libéralisation de la parole ; les autres pas suivront !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.