Appel au Président de la République d’agir en faveur de la condition animale

Plusieurs personnalités, dont Mylène Demongeot, Annie Duperey ou encore Véronique Sanson réagissent à la démission de Nicolas Hulot et estiment que c'est « un signal alarmant de la puissance des lobbys de l’exploitation animale dans les cercles de pouvoir alors même que la population française souhaite massivement des mesures pour faire reculer la souffrance animale ».

Il y a quelques jours, Nicolas Hulot s’est démis de ses fonctions de Ministre de la Transition Écologique et Solidaire. Venant de la société civile, il était respecté pour ses engagements sincères en matière d’écologie et son envie de changer les choses. C’était le Ministre du Gouvernement le plus populaire auprès des Français.

Sa démission était largement prévisible et envisagée, dès sa prise de fonction. Il se dit dans les médias que l'élément déclencheur a été la réunion qui s’est tenue à l’Elysée sur la réforme de la chasse, la veille de sa démission. Le lobbyiste des armes Thierry Coste était présent aux côtés notamment d’Emmanuel Macron, de Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, de Sébastien Lecornu et de Nicolas Hulot.

Le journaliste Thomas Legrand explique : « Nicolas Hulot avait prévenu Emmanuel Macron : "je ne veux pas voir de lobbyiste à ce genre de réunion". Et quand il l’a vu, il était furieux. Il s’en est entretenu avec Macron juste après qu’il lui a dit : "Je ne sais pas comment ce monsieur [Thierry Coste] est entré". Là, il a eu le sentiment qu’on se foutait un petit peu de lui. » Pour caractériser Thierry Coste, il suffit de rappeler que celui-ci avait déclaré à la radio : « Je n'ai pas de morale, je défends des gouvernements étrangers qui ont parfois des comportements très douteux avec les droits de l'Homme, j'assume. »

Après sa démission, Nicolas Hulot a déclaré que l’intervention de Thierry Coste était « symptomatique de la présence des lobbys dans les cercles du pouvoir. Il faut à un moment ou à un autre poser ce problème sur la table parce que c’est un problème de démocratie : qui a le pouvoir, qui gouverne ? » En matière de condition animale, le poids des lobbys sur le Gouvernement est écrasant. Pour le dire brutalement, ils font la loi. Nous avons pu le constater lors des Etats Généraux de l’Alimentation et lors du vote de projet de loi qui en est issu. Des projets de réforme très favorablement accueillis par la population française comme l’interdiction des cages pour les poules pondeuses ou encore la vidéosurveillance obligatoire dans les abattoirs ont été rejetées par le Gouvernement et par le Parlement.

Sur la chasse, la population française demande, à une large majorité, l’abolition de la chasse à courre, considérée comme archaïque, extrêmement violente et troublant régulièrement l’ordre public (poursuite des animaux sur des propriétés privées par les équipages de chasse à courre). Chaque année, les chasseurs tuent 30 millions d’animaux que ce soit par balle, par arme blanche ou par piégeage, sans compter les animaux blessés, mutilés et les nombreux accidents, parfois mortels, touchant les chasseurs eux-mêmes, de simples promeneurs, des animaux de compagnie. D’ailleurs, aucune association de protection animale spécialiste de la chasse n’a été invitée à l’Elysée, alors que les chasseurs ont été reçus plusieurs fois par Emmanuel Macron.

Evoquant Thierry Coste, Emmanuel Marcon avait déclaré : « C’est quelqu'un dont j’écoute toujours les conseils parce qu’il connaît très bien le monde de la chasse et de la ruralité. » Force est de constater qu’Emmanuel Macron a choisi de satisfaire les intérêts particuliers des chasseurs, au risque de négliger l’intérêt général et de perdre son ministre le plus populaire. Calculs politiques bien hasardeux...

Nous appelons le Président de la République à prendre la mesure de la situation, en écartant des allées de l’Etat les lobbyistes de la chasse, comme l’emblématique Thierry Coste, afin d’agir librement en faveur de la condition animale, comme 67 % des Françaises et des Français le réclament, qui considèrent que les intérêts des animaux sont mal défendus par les politiques.

Signataires :

Pierre-Emmanuel Barré, humoriste

Aurélien Barrau, physicien

Jean-Baptiste Del Amo, écrivain

Mylène Demongeot, actrice

Anny Duperey, comédienne et écrivaine

Dalibor Frioux, écrivain, agrégé de philosophie

Héloïse Guay de Bellissen, écrivaine

Stéphanie Hochet, écrivaine

Emmanuel Pierrat, avocat et écrivain

Véronique Sanson, chanteuse

Henry-Jean Servat, journaliste

Franck Sorbier, créateur de haute couture

 

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