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Tribune 5 avr. 2018

L'isolement de Julian Assange doit cesser

De nombreuses personnalités internationales, dont Pamela Anderson, Noam Chomsky ou encore Ai Weiwei s'insurgent contre la décision du gouvernement d'Equateur d'empêcher Julian Assange de communiquer avec le monde extérieur. « Accepter de renoncer à la liberté d'expression de Julian Assange aujourd'hui impliquerait de renoncer à la liberté d'expression pour chacun d'entre nous. »

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Nous appelons le gouvernement d'Equateur à autoriser Julian Assange à faire usage de sa liberté d'expression.
Si quiconque avait eu jusqu'ici la moindre incertitude sur le fait que “l'affaire Assange” était non pas une affaire juridique, mais de lutte pour la protection des droits de l'homme les plus fondamentaux, voilà que celle-ci vient d'être levée.
Trouvant prétexte à ses tweets critiquant l'arrestation du président catalan Carles Puigdemont en Allemagne, et suite à d'intenses pressions provenant des gouvernements états-uniens, anglais et espagnols, le gouvernement équatorien a installé un brouilleur électronique empêchant Julian Assange de communiquer avec le monde extérieur via internet et téléphone. Cherchant à s'assurer de son isolement total, le gouvernement équatorien lui a de plus retiré son droit à recevoir des visiteurs.
En dépit de deux décisions de l'ONU décrivant sa détention comme arbitraire et illégale et exigeant sa libération immédiate, Assange a été effectivement détenu depuis sa première mise à l'isolement au sein de la prison de Wandsworth à Londres en décembre 2010. Il n'a jamais été accusé formellement du moindre crime. “L'affaire suédoise” lui étant attribuée s'est effondrée et n'a donné lieu à aucune poursuite, au moment même où les Etats-Unis accroissaient leurs efforts pour tenter de le faire extrader. Au titre du seul crime qu'il n'ait jamais commis: en journaliste digne de ce nom, avoir fait connaître au monde des faits réels auxquels les peuples avaient le droit d'accéder.
Sous la présidence précédente, le gouvernement équatorien s'est courageusement opposé aux pressions que les Etats-Unis lui imposaient et a donné à Julian Assange l'asile politique en tant que réfugié. Le droit international et la moralité des droits de l'Homme étaient de son côté.
Aujourd'hui, sous la pression extraordinaire provenant de Washington et de ses alliés, un nouveau gouvernement justifie la censure imposée à Assange en affirmant que « le comportement d'Assange, à travers ses messages sur les réseaux sociaux, met en danger les bonnes relations que ce pays a avec le Royaume Uni, le reste de l'Union Européenne et d'autres nations ».
Cette censure, cette attaque contre la liberté de l'expression n'intervient pas aujourd'hui en Turquie, en Arabie Saoudite ou en Chine, mais au cœur de Londres. Si le gouvernement équatorien ne cesse pas immédiatement son action indigne, lui aussi deviendra un collaborateur de la persécution mise en œuvre contre Assange et ne pourra plus être considéré comme la courageuse nation qui s'était élevée pour défendre le droit à l'information et la libre expression en l'accueillant. Si l'Union Européenne et le Royaume Uni continuent de participer à cette scandaleuse tentative de censure d'un dissident au cœur de leur espace politique, cela sera le signe que la liberté d'expression se meurt en Europe.
Il ne s'agit pas seulement de montrer notre appui ou notre solidarité. Nous en appelons à tous ceux qui ont à coeur les droits de l'homme à s'adresser au gouvernement équatorien et lui demander qu'il continue à défendre les droits d'un activiste courageux, un journaliste et lanceur d'alerte ayant donné sa vie pour la liberté d'expression.
Nous demandons à ce que ses droits les plus élémentaires en tant que citoyen équatorien et réfugié protégé par les conventions internationales soient respectés et qu'il ne soit ni expulsé, ni réduit au silence.
Accepter de renoncer à la liberté d'expression de Julian Assange aujourd'hui impliquerait de renoncer à la liberté d'expression pour chacun d'entre nous. Quelques soient nos opinions, nous devons nous battre pour l'empêcher.
Nous appelons le Président Lenin Moreno à mettre dès à présent fin à l'isolement de Julian Assange.

Signataires :
Pamela Anderson, actrice et activiste ;  Jacob Appelbaum, journaliste freelance ; Naomi Colvin, Courage Foundation ; Noam Chomsky, linguiste et philosophe ; Brian Eno, musicien ; Jean Michel Jarre, musicien ; John Kiriakou, ancien agent de la CIA en charge du contre-terrorisme, ancien enquêteur senior au comité des affaires étrangères du sénat américain ; Lauri Love, informaticienne et activiste MIA, chanteuse ; Ray McGovern, ancien analyste de la CIA, conseiller présidentiel ; John Pilger, journaliste et réalisateur ; Angela Richter, directrice de théâtre, Allemagne ; Saskia Sassen, sociologue, Columbia University ; Oliver Stone, réalisateur ; Vaughan Smith, journaliste anglais ; Yanis Varoufakis, économiste, ancien ministre des finances grec ; Natalia Viana, journaliste d'investigation et co-directrice de l'agence publique, Brésil ; Ai Weiwei, artiste ; Vivienne Westwood, créatrice de mode et activiste ; Slavoj Žižek, philosophe, Birkbeck Institute for Humanities...

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