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Tribune 5 mai 2020

Mieux vaut une école fermée qu’une école maltraitante

Face à la maltraitance des enfants et du corps éducatif que représente le protocole sanitaire imposé par le ministère de l’Education nationale pour la réouverture des écoles, un collectif de parents d'élèves fustige le choix de «sacrifier le personnel éducatif et l’intérêt de l’enfant pour faire redécoller l’économie». Ils appellent solennellement les mairies «à maintenir coûte que coûte les écoles fermées».

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Un mètre de distance entre chaque enfant à tout moment, pas de jeux en récréation, pas de contact avec le personnel, respect du sens de circulation et du marquage au sol, lavage de mains dix fois par jour, pas de communication d’objets entre enfants…. Tel est le protocole sanitaire imposé par le ministère de l’Éducation nationale pour la réouverture des écoles le 12 mai.

Nous, parents d’élèves de maternelle et de primaire, sommes profondément choqués qu’on puisse avoir l’idée de soumettre de jeunes enfants à un protocole aussi traumatisant. Quels peuvent être les effets psychologiques de journées passées dans un tel isolement physique et dans un cadre disciplinaire aussi strict ? En maternelle, comment imaginer qu’après une chute ou un bobo, des petits de trois ou quatre ans ne puissent pas être consolés par le personnel ? Comment imaginer qu’ils puissent être, toute la journée, rappelés à l’ordre, puis punis, quand ils s’approcheront les uns des autres ? Cette privation de contact prolongée pour de jeunes enfants est probablement une première dans l’histoire de l’humanité. C’est donc à une expérience de psychologie sociale à grande échelle que nous invite le gouvernement. Trahissant leurs besoins fondamentaux et toutes les préconisations des spécialistes de l’enfance, comment pourrait-elle ne pas créer des réactions incompatibles avec l’apprentissage telles que l’anxiété et le repli sur soi ? Ces mesures seront d’autant plus incompréhensible pour nos enfants qu’ils seront libres, après le 11 mai, de jouer avec leurs amis en dehors du temps scolaire. A minima, n’en sortiront-ils pas dégoûtés de l’école ? Et avec quelles conséquences pour leur avenir ?

D’autre part, nous dénonçons la maltraitance qu’un tel protocole représente pour le personnel éducatif. Un tel fonctionnement placera les institutrices et instituteurs, Atsem, AVS dans une position intenable, tant ces mesures sont impraticables, a fortiori à la maternelle, ce qui les enfermera dans une double contrainte. Si le personnel applique le protocole, il nie les besoins fondamentaux de l’enfant. S’il choisit de les respecter, il se met en faute. Dès l’apparition de cas de Covid-19 dans l’entourage des enfants, ils et elles risquent d’être montrés du doigt pour n’avoir pas su appliquer ces mesures inapplicables. D’autre part, en se consacrant toute la journée à cette discipline sanitaire infernale en collectivité, le personnel éducatif devra renoncer à exercer son véritable métier : quel temps restera-t-il pour la pédagogie, la transmission de connaissances ? Pour respecter un tel protocole, la seule solution risque de consister à coller chaque enfant devant une tablette, perspective doublement cauchemardesque.

Nous constatons donc que cette réouverture des écoles, décidée contre l’avis de l’Académie des Sciences, ne vise pas à socialiser les enfants et à les instruire. Cédant aux pressions patronales, le gouvernement a choisi de sacrifier le personnel éducatif et l’intérêt supérieur de l’enfant pour faire redécoller l’économie. Il s'agit d'organiser un gigantesque dépôt d’élèves, qu’une écrasante majorité de femmes (plus de 90% en maternelle, plus de 80% en primaire) passeront leurs journées à désinfecter et à punir, pour remettre la France au travail...

C’est pourquoi nous, parents d’élèves, appelons solennellement les mairies à maintenir coûte que coûte les écoles fermées. Seule cette mesure permettra aux parents d’être indemnisés en chômage partiel (pour garde d’enfant) comme le prévoit la loi.

Parce que certains parents sont à bout de souffle après deux mois de confinement, que d’autres doivent impérativement travailler, nous appelons solennellement les parents à se téléphoner, à s’organiser entre eux et à proposer leur aide aux familles en difficulté. Que ceux qui le peuvent s’occupent des enfants des autres en attendant le complet démontage de ce décor de science-fiction.

Signataires :

Sophie Plattner (81)
Sarah Turquety (82)
Celia Izoard (82)
Brice Lauret (81)
Maxime Folacci (81)
Sophie Gajan, maman et AESH en écoles maternelle et primaire (81)
Naima Ferré, psychomotricienne (69)
Elsa Cordier (81)
Thierry Discepolo (81)
Bérengère Basset, maman et professeure (81)
Anne-Sylvie-Saulnier, maman et professeure (13)
Florence Grandjean, maman et professeure (81)
Sabrina Barthélémy, maman et professeure (81)
Elein Fleiss (82)
Julia Freismuth (82)
Johan Oller (82)
Thyl Daem (82)
Amélie Lahure (82)
Marie-Noël Truphème, maman et professeure (13)
Isabelle Fleurentdidier, maman et AESH (46)
Laure Touchet (81)
Florian Bourgouin (81)
Silène de Beaudouin (82)
Amaury Dupont (13)
Basile Carré-Agostini (93)
Ondine Korn (81)
Ulrich Funke (31)
Julie Taillefer (82)
Philippe Moretti (82)
Wilfried Leroy (82)
Charlotte Rolland (82)
Eva Schilling (82)
Marilise Delage (82)
Alessandro Genuardi (82)
Charlotte Marc (81)
François Bérard (82)
Flore Lassalle (82)
Emmanuelle Leconte (82)
Christophe Brisset (82)

Pour demander à la mairie de votre commune de ne pas rouvrir l’école, envoyez cet appel par mail ou courrier à votre maire, conseillers municipaux et à l’Inspection académique en ajoutant votre nom au bas des signataires.

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