Protéger les invisibles de la culture: pour une aide d'urgence adaptée à chacun·e

« La crise du coronavirus met à nu de façon criante le mépris que subissent les artistes-auteur·e·s à l’endroit de leurs conditions de vie ». Plusieurs collectifs du monde de la culture demandent « un statut social, fiscal digne, clair et juste », pas seulement pour les intermittent·e·s. Ils interpellent Emmanuel Macron: « l’aide d’urgence – adaptée à la situation de chacune et chacun – doit absolument être revue ». 

Monsieur le Président de la République,

Samedi, vous avez répondu aux « artistes » suite à une tribune publiée le 30 avril dernier dans le journal Le Monde.

Mais qui sont ces artistes à qui vous vous adressez ? Et pourquoi n’est-ce pas le Ministre de la culture qui s’exprime ?

Ses signataires sont essentiellement d’éminents et non moins estimables représentant·e·s de l’industrie du cinéma et de la musique : comédien·ne·s, cinéastes, producteurs·trices, quelques DJ, ingénieur·e·s du son et interprètes.

Ils et elles parlent au nom de toute la culture et de tous les arts mais oublient dans leur lutte les peintres, sculpteurs·trices, performers, auteur·e·s du livre, plasticien·ne·s, graphistes, illustrateurs·trices, photographes, commissaires d’expositions, etc.

Derrière cette tribune se cache une lutte sourde entre les tenants du "star system" qui ont une audience, et les invisibles de la culture. Quand l’un·e occupe les médias et les plateaux de télévision, l’autre est plongé·e dans l’ombre des projecteurs. Là où pour les un·e·s les revenus sont censés être alloués en proportion de leur talent, les autres se satisfont le plus souvent de miettes. Cette tribune défend le régime spécifique de l’intermittence mais aucunement les artistes-auteur·e·s : les créateurs et créatrices qui ne bénéficient quant à eux·elles d’aucun régime assurantiel et encore moins d’un revenu de remplacement pendant cette crise du Covid-19; les artistes-auteur·e·s qui continuent à se battre aujourd’hui pour obtenir l’accès à un maigre fonds de solidarité, très peu adapté à leur situation.

Qu’en sera-t-il en mai, et en juin, et en juillet et en août ? Et après...

L’art et la culture ne concernent pas uniquement les métiers du spectacle !

Nous, groupe Économie Solidaire de l’art, sommes suivis par près de 15 000 artistes-auteur·e·s, travailleuses et travailleurs de l’art... indépendant·e·s dont les revenus proviennent majoritairement de cette culture mise à l’arrêt et dont les activités permettent en temps normal l’existence. Ainsi, les artistes et les commissaires sont privé·e·s de leurs expositions, workshops, séminaires, jurys de diplômes, etc. Les studios de créations graphiques et les photographes se retrouvent sans commande...

La crise du coronavirus met à nu de façon plus criante encore le mépris que subissent les artistes-auteur·e·s depuis des décennies à l’endroit de leurs conditions de vie.

La pluralité des statuts atteint cruellement sa limite à l’occasion de cette crise. La gestion chaotique de l’aide d’urgence, relayée par autant d’organismes qu’il y a de métiers de la culture, a fait que beaucoup renoncent à cette aide vitale ou n’y ont pas accès. Cette débâcle, plutôt que de nous rassembler, nous divise et nous oppose.

Il est temps que le monde de la culture et les pouvoirs publics réagissent enfin pour garantir à l’ensemble de ses acteurs·trices - pas seulement aux intermittent·e·s – un statut social, fiscal digne, clair et juste – dans une économie de l’art et de la culture repensée dans sa globalité, recentrée sur les créateurs·trices.

À crise exceptionnelle, réponse exceptionnelle : au-delà d’une prise en compte par les médias et votre gouvernement de l’ensemble des acteurs·trices de la culture en France, l’aide d’urgence – adaptée à la situation de chacune et chacun – doit absolument être revue, maintenue et attribuée en se gardant de toute hiérarchisation des précarités ou de tout corporatisme.

Nous espérons, Monsieur le président, que vous saurez aussi nous entendre et répondre ce mercredi à nos inquiétudes d’une culture mise à l’arrêt jusqu’en septembre...

Voire beaucoup plus.

Mathieu Tremblin. Sourires volés « Rue des Mouillères, Lons-le-Saunier ». 2018. Sourires prélevés sur des affiches électorales de Emmanuel Macron, papier dos bleu, colle. Mathieu Tremblin. Sourires volés « Rue des Mouillères, Lons-le-Saunier ». 2018. Sourires prélevés sur des affiches électorales de Emmanuel Macron, papier dos bleu, colle.

Signataires : 

Économie Solidaire de l’Art avec le conseil d’administration de l’ANdEA (Association nationale des écoles supérieures d’art);
L’AGI France (Alliance graphique internationnale);
La Buse,
Central Vapeur;
amac (agence spécialisée en art contemporain Nantes / Paris.);
Pôle arts visuels des Pays de la Loire;
50° nord Réseau transfrontalier d’art contemporain;
Arts en résidence - réseau national;
BOTOX(S) réseau d’art contemporain Alpes & Riviera;
LoRA réseau art contemporain en Lorraine
Nanterre-Amandiers;
Le Signe, centre national du graphisme.

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