Les invités de Mediapart
Dans cet espace, retrouvez les tribunes collectives sélectionnées par la rédaction du Club de Mediapart.

1004 Billets

15 Éditions

Tribune 5 mai 2021

2022, parlons de nos désaccords!

Plusieurs personnalités, appartenant à des sensibilités diverses, réclament dans cette lettre ouverte aux partis politiques de gauche, de l’écologie politique et de l’arc humaniste « un travail de fond sur les points de divergence entre ces courants politiques, d’une part, et avec l’ensemble des citoyens, d’autre part. Car énumérer ce qui rassemble ne suffit doublement pas : on ne fait que repousser à plus tard les sujets qui divisent ».

Les invités de Mediapart
Dans cet espace, retrouvez les tribunes collectives sélectionnées par la rédaction du Club de Mediapart.

Chères amies, chers amis, 

Il est vital aujourd’hui d’offrir des perspectives politiques fortes et crédibles à toutes celles et ceux, très nombreux, qui ne veulent ni du nationalisme autoritaire incarné par Marine Le Pen ni du néolibéralisme porté par Emmanuel Macron. De nombreuses initiatives se sont fait jour pour unir les gauches, l’écologie politique et plus globalement l’arc humaniste dans la perspective de l’élection présidentielle et des élections législatives de 2022. Ces initiatives s’attachent à construire du commun entre toutes les organisations politiques se situant dans cet arc de forces afin d’arriver à désigner un candidat commun.

En vue des échéances de 2022, il manque aujourd’hui un travail de fond sur les points de divergence entre ces courants politiques, d’une part, et avec l’ensemble des citoyens, d’autre part. Énumérer ce qui rassemble ne suffit doublement pas : on ne fait que repousser à plus tard les sujets qui divisent ; on cultive un entre-soi du monde politique, au risque de se couper de ce que pensent les personnes.

Une telle démarche est d’autant plus importante que, au-delà des malentendus que l’on pourra lever, de réelles différences existent entre les partis. Prenons un exemple sur l’Europe. Face à l’ouverture à la concurrence du rail, deux positions (au moins) peuvent être identifiées : l’une qui défend un service public fondé sur une entreprise nationale, la SNCF, et un ensemble de principes (égal accès sur l’ensemble du territoire, à des tarifs raisonnables… fruit d’une péréquation des moyens à l’échelle nationale). L’autre position critique une SNCF qui se comporte de plus en plus comme une entreprise classique et ferme des petites lignes. Pour les tenants de cette position, il faut privilégier un modèle fondé sur des coopératives, à l’image de celle qui pourrait permettre la réouverture de la ligne Bordeaux-Lyon. L’ouverture à la concurrence peut alors être vue comme un moyen de faire émerger un modèle décentralisé, plus démocratique et proche des citoyen·ne·s… au risque néanmoins, dirons les premiers, d’abandonner les principes qui fondent le service public et l’unité nationale. Faut-il pourtant considérer que ces deux positions sont irréconciliables ? Probablement pas.

Tout l’enjeu, sur les sujets de divergences, est donc d’identifier la racine des désaccords pour à la fois éclairer/faciliter le dialogue entre les partis mais aussi pour permettre aux citoyen·ne·s de s’emparer des sujets. Nous l’avons vu lors de la conférence citoyenne sur le climat : des citoyen·ne·s éclairés sur les tenants et aboutissants des débats peuvent, fort utilement, contribuer au débat public, formuler des propositions ambitieuses et faire pression sur les acteurs !

Néanmoins, si nous sommes convaincus que la construction d’un dialogue autour des « sujets qui fâchent » est de nature à produire des rapprochements gagnants, il nous semble essentiel de ne pas subordonner ce travail sur le fond aux seuls enjeux électoraux. Nous vous proposons donc de construire ensemble un processus pour traiter sérieusement ces divergences. Ce processus ne vise donc ni à faire émerger une candidature citoyenne, ni à évaluer les programmes politiques. Il ne se fixe pas non plus comme perspective la désignation d’un candidat commun. Ce processus représente une façon de conduire la société civile à s’emparer des grands sujets d’une présidentielle.

Il pourrait prioriser cinq à six sujets (tels que l’Europe, la post-croissance, le nucléaire, « République / laïcité », les enjeux géopolitiques, les questions de sécurité et liberté, le débat constituant ou encore un à deux points aveugles du débat politique) et pourrait se dérouler en trois temps : (i) un temps d’identification des arguments qui fondent les désaccords, (ii) l’organisation d’un grand débat citoyen, (iii) un temps de retour sur idées qui ont pu émerger de ce débat.

Des éléments de méthode plus précis sont en cours de réflexion, ils seront arrêtés en lien avec les participants à ce processus. Ils pourront inclure des séances de travail en comité réduit, des auditions publiques, des débats décentralisés organisés à l’échelle du pays, des mini-conventions citoyennes, etc.

Il ne s’agit donc pas d’un processus de négociation entre les partis pour arriver à un programme de gouvernement, mais d’un débat qui permette d’une façon ou d’une autre une participation citoyenne. En effet, un tel processus n’a d’intérêt que s’il permet à la fois un travail de fond et offre au public le plus large de s’approprier les différents arguments, de se réapproprier l’espace du débat politique et de se mobiliser avant les échéances électorales qui s’annoncent.

C’est pourquoi, appartenant à des sensibilités diverses à gauche et dans l’écologie politique, nous avons décidé d’appuyer cette démarche. Nous espérons que vous serez intéressés par cette initiative.

Amicalement,

Signataires :

Geneviève Ancel, cofondatrice des Dialogues en humanité

Geneviève Azam, économiste

Nathalie Blanc, CNRS et Université de Paris

Yannick Blanc, vice-président de la Fonda

Dominique Bourg, philopsophe université de Lausanne

Alain Caillé, sociologue animateur du réseau convivialiste 

Annick Coupé, militante altermondialiste

Nathalie Coutinet, Université Sorbonne Paris Nord

David Flacher, mouvement Utopia

Susan George, présidente d’honneur d’Attac

Jean-Marie Harribey, économiste

Anne Hessel, Archipel de l'écologie et des solidarités

Pierre Khalfa, économiste

Claire Lejeune, co-coordinatrice de Résilience Commune

Philippe Lemoine, Forum action modernité

Anne Le Strat, ancienne maire-adjointe de Paris et ex-présidente d'Eau De Paris

Sophie Marinopoulos, Parlement des liens

Caroline Mécary, avocate au barreau de Paris

Dominique Méda, sociologue université Paris Sciences et Lettres

Willy Pelletier, sociologue

Franck Pupunat, mouvement Utopia

Marie-Monique Robin, journaliste d’investigation

Thierry Salomon, Archipel citoyen Osons les Jours heureux

Philippe Segers, Archipel de l'écologie et des solidarités

Pablo Servigne, chercheur indépendant

Evelyne Sire-Marin, magistrate

Aurélie Trouvé, économiste

Henri Trubert, Parlement des liens

Marie-Christine Vergiat, ancienne députée européenne

Patrick Viveret, Archipel de l'écologie et des solidarités

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Écologie
Écologie : encore tout à prouver
Le remaniement ministériel voit l’arrivée du novice en écologie Christophe Béchu au ministère de la transition écologique et le retour de ministres délégués aux transports et au logement. Après un premier raté sur la politique agricole la semaine dernière, le gouvernement de la « planification écologique » est mis au défi de tenir ses promesses.
par Mickaël Correia et Amélie Poinssot
Journal — Histoire
De Gaulle et la guerre d’Algérie : dans les nouvelles archives de la raison d’État
Pendant plusieurs semaines, Mediapart s’est plongé dans les archives de la République sur la guerre d’Algérie (1954-1962), dont certaines ont été déclassifiées seulement fin 2021. Tortures, détentions illégales, exécutions extrajudiciaires : les documents montrent comment se fabrique la raison d’État, alors que l’Algérie célèbre les 60 ans de son indépendance.
par Fabrice Arfi
Journal — Société
Maltraitances en crèche : le bras de fer d’une lanceuse d’alerte avec la Ville de Paris 
Eugénie a récemment raconté à un juge d’instruction le « harcèlement moral » qu’elle estime avoir subi, pendant des années, quand elle était directrice de crèche municipale et qu’elle rapportait, auprès de sa hiérarchie, des négligences ou maltraitances subies par les tout-petits.
par Fanny Marlier
Journal — Justice
Affaire Darty : cinq mises en examen pour blanchiment et association de malfaiteurs
En juillet 2021, Mediapart révélait un système d’encaissement illégal d’argent liquide au sein du groupe Fnac-Darty. Depuis, quatre directeurs de magasins Darty et un directeur régional ont été mis en examen. Selon de nouveaux documents et témoignages, de nombreux cadres dirigeants du groupe auraient eu connaissance de ces opérations réalisées dans toute la France, au-dessus des seuils légaux. 
par Nicolas Vescovacci

La sélection du Club

Billet d’édition
60 ans d’indépendance : nécessité d’un devoir d’inventaire avec la France
L’année 2022 marque les 60 ans de l’indépendance de l’Algérie. Soixante ans d’indépendance, un bail ! « Lorsqu'on voit ce que l'occupation allemande a fait comme ravage en quatre ans dans l'esprit français, on peut deviner ce que l'occupation française a pu faire en cent trente ans.» Jean Daniel  Le temps qui reste, éditions Plon, 1973.
par Semcheddine
Billet de blog
Glorification de la colonisation de l’Algérie et révisionnisme historique : le scandale continue… à Perpignan !
[Rediffusion] Louis Aliot, dirigeant bien connu du Rassemblement national et maire de Perpignan, a décidé de soutenir politiquement et financièrement la 43ème réunion hexagonale du Cercle algérianiste qui se tiendra au Palais des congrès de cette ville, du 24 au 26 juin 2022. Au menu : apologie de la colonisation, révisionnisme historique et glorification des généraux qui, pour défendre l’Algérie française, ont pris les armes contre la République, le 21 avril 1961.
par O. Le Cour Grandmaison
Billet d’édition
La révolution, le martyr et l’avenir
Comme toute chose périssable, une Révolution peut-elle vieillir ? Au rendez-vous des célébrations décennales, elle est convoquée au gré des humeurs présentes. La Révolution se met à la table des incertitudes du moment, quand elle n’est pas mobilisée en morphine mémorielle afin d’endormir les espérances d’émancipation encore vivaces.
par Amine K.
Billet d’édition
Le purgatoire de grand-père
Dès les premiers instants au camp de Saint-Maurice-l’ardoise, grand-père s’isola. Près des barbelés, les yeux rivés vers l’horizon. Il se rappelait l’enfer. La barbarie dont il avait été témoin. Il avait vu le pire grand-père. La mort qui l’avait frôlé de si peu. Ils avaient tous survécu. Ses enfants, son épouse et lui étaient vivants. Ils étaient ensemble, réunis. C’était déjà un miracle.
par Sophia petite-fille de Harkis