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Tribune 6 mars 2018

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Chasse à courre et répression

Le mouvement AVA contre la chasse à courre subit des pressions inadmissibles. De nombreuses personnalités et organisations veulent éviter que le mouvement ne soit écrasé par la représentation étatique. Ils ne réclament pas l'abolition de la chasse à courre, mais simplement la garantie que le débat puisse se mener en toute quiétude et sécurité, dans les règles de la démocratie.

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Depuis le mois d'octobre 2017, le mouvement d'opposition à la chasse à courre (aussi appelée vénerie) prend de l'ampleur dans le pays. Mais, malgré les 84% de français opposés à cette pratique (sondage IFOP/Fondation Brigitte Bardot), l'abolition ne tombe pas du ciel.
Dans l'Oise, les habitants des villages ont décidé de s'organiser pour la défense de la Nature, mais aussi pour le simple respect de leurs droits et de leur quiétude. Car les incidents continuent de se multiplier dans les villages : Bonneuil-en-Valois fin décembre, Choisy-au-Bac début janvier, Pont-Sainte-Maxence début février... A chaque fois, ces scènes donnent lieu à des affrontements entre les habitants et les veneurs, repoussés  souvent avec l'appui des maires.
Ces derniers sont de plus en plus nombreux à adopter des arrêtés municipaux interdisant le passage de la chasse à courre dans leur commune, mais ceux-ci sont constamment violés. La contestation gagne maintenant la forêt elle-même. Chaque mercredi et samedi, des habitants se réunissent sous la bannière d’AVA (Abolissons la Vénerie Aujourd’hui) jusqu’à être parfois une soixantaine. Ils suivent les chasses à courre et en documentent les méfaits. Les méthodes d’action sont clairement pacifiques : une charte proscrit toute violence, injure ou dégradation.
Au grand dam des veneurs, les policiers qui assistent à ces sorties depuis le mois de novembre n’ont relevé aucune infraction.
Privés de recours légaux, la Fédération des Chasseurs de l’Oise saisit alors le préfet Louis Le Franc. Celui-ci les assure immédiatement de « son entier dévouement » : « La sécurité et le bon déroulement de ces chasses traditionnelles sont, pour le représentant de l’Etat que je suis, une priorité. Face à cette situation, j’ai donné des instructions précises à la Gendarmerie Nationale pour que soient interpellés et poursuivis les individus pris en flagrant délit d’entrave au droit de chasse ».
Samedi 17 février, Guy Harlé d’Ophove, président de la FDC60, invite le préfet sur place, à l’arrière de son 4x4. Ils tentent ensemble d’intimider les habitants. Mis en file indienne à un carrefour de forêt, certains d'entre eux subissent menaces et contrôles d'identité. Des brigades de Gendarmerie de tout le département sont mobilisées pour une séance d'intimidation. « Je veux que cela cesse, laissez-les chasser ! »
Les veneurs, les encerclant à cheval, se délectent de la scène. Mais comme d’habitude, aucun délit n’est constaté, et à peine la mise en scène terminée, les activités reprennent des deux côtés. Le préfet, quant à lui, ne communique pas aux médias sa présence ce jour là. Loin de calmer le jeu, cette démonstration de force, hors de tout cadre légal, vient arbitrairement renforcer une position contre une autre, et ainsi aggraver le climat de violence. Car deux jours avant, un événement est survenu, symptomatique du sentiment d’impunité des veneurs qui va crescendo. Lors d’une promenade, quatre personnes tombent sur un rassemblement d’une centaine d'entre eux dans un lieu public, apprécié des familles le week-end. Reconnus comme des opposants à la chasse à courre, les quatre personnes (trois femmes et un homme) sont frappées, et poursuivies jusqu’à leur voiture par une quinzaine d’hommes armés de fouets. Ceux-ci leur volent un téléphone, et prennent en photo leurs plaques d’immatriculation. Moins d'une semaine plus tard, le propriétaire du journal « Oise hebdo » signera un article révélant l'identité d'un des militants, ainsi que des informations sur sa vie privée, son métier et sa famille. Celui-ci est depuis victime de menaces quotidiennes.
Quand la sécurité des personnes n'est pas assurée, la liberté d'expression n'est plus qu'une chimère.
Beaucoup craignent que cette situation se généralise dans l’Oise, car le plus inquiétant reste à venir. Le département est le théâtre d’une expérimentation inédite en France. La préfecture vient de signer un partenariat avec la Fédération des Chasseurs locale : les « Chasseurs Vigilants ». Une véritable milice armée de deux cents hommes recevra le rôle d’assister la Gendarmerie dans les « zones forestières » et de « campagne profonde ». Satisfait, Guy Harlé d’Ophove qualifie ce nouveau détachement de « RG des campagnes », et prévient les critiques : « si ces gens ne sont pas contents, qu’ils restent dans les villes ». Le sentiment de toute-puissance des veneurs ne peut alors que se renforcer, finissant d'enterrer tout débat d'idées.
Par la présente tribune, nous affirmons notre solidarité aux personnes intimidées et violentées. Nous exigeons la fin de ce climat de menace constante dans nos campagnes. Nous demandons au préfet l’arrêt immédiat du protocole « Chasseurs Vigilants », dont la partialité est insupportable, donnant le pouvoir de loi à un groupe d’intérêt de manière anti-démocratique.
Nous demandons expressément que le préfet de l’Oise, Louis Le Franc, donne des garanties de liberté d’expression aux personnes opposées à la vènerie et mette tout en œuvre pour les protéger des violences lors de leurs actions pacifiques, comme à leur domicile, faisant respecter l’ordre républicain dont il a la charge.

Les signataires :

- One Voice 

- L.214

- Fondation Brigitte Bardot

- Réseau-Cétacés 

- Collectif pour l'Abolition de la Chasse à Courre  

- SAMA Protection Animale (Saint-Quentin)

- Laterredabord.fr

- PicardiePopulaire.net 

- AGauche.org 

- Parti Animaliste

- ASPAS

- Xavier Renou (Les Désobéissants) 

- Aymeric Caron (auteur, Rassemblement des Ecologistes pour le Vivant)

- Eric Damamme (VASARA, fondateur de 269 Life France) 

- Pierre Athanaze (Action Nature Rewilding France)  

- Gérard Charollois (Convention Vie et Nature) 

- Christophe Leprêtre (Parti Antispéciste Citoyen pour la Transparence et l'Éthique)

- Marc Vallaud (Collectif Contre l'Exploitation et l'Expérimentation Animales)

- Yves Bonnardel (auteur et chercheur, SFR université de Grenoble)

- Marc Giraud (journaliste, auteur) 

- Rémi Gaillard (humoriste) 

- Jean-Marc Sauvagnargues, Laurent Honel et Paul Léger (Fatals Picards)   

- Govrache (chanteur) 

- Djamel Vice (rappeur) 

- Pierre Rigaux (auteur)  

- MAN (dessinateur) 

- Brigitte Bardot (actrice)

- Xavier Matthieu (acteur, ancien syndicaliste chez Continental-Clairoix)   

- Gérard Filoche (Gauche Démocratique et Sociale) 

- Cédric Maisse (Aube Nouvelle) 

- Laurence Parisot (chef d'entreprise)

- Jean-Luc Mélenchon (député des Bouches du Rhone)  

- Michel Larive (député de l'Ariège) 

- Bastien Lachaud (député de Seine-Saint-Denis) 

- Eric Coquerel (député de Seine-Saint-Denis)

- Muriel Ressiguier (députée de l'Hérault)

- Maud Petit (députée du Val de Marne)

- Maud Assila (secrétaire nationale du Parti de Gauche) 

- Lionel Ollivier (maire de Clermont de l'Oise)      

- Marie-Laure Darrigade (conseillère municipale d'Agnetz, Oise)

- Stéphane Coville (conseiller municipal de Venette, Oise)

- Corinne Morel-Darleux (conseillère régionale Rhone-Alpes)

- Laurent Grenier et Martin Battaglia (France Insoumise Oise)

- Matthieu Ricard (auteur) 

- Guillaume Meurice (animateur radio)

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