Jeunes de quartiers populaires : les élections départementales et régionales ne doivent pas être un rendez-vous manqué

Les quartiers populaires sont en première ligne des crises économique, sociale et sanitaire. Alors que des élections approchent, un collectif de jeunes, à l'initiative de l'association Ghett'Up, invite à s'emparer de ces échéances : les prérogatives des conseils départementaux et régionaux en matière d’action sociale, d'éducation, ou encore de mobilités, ont un impact direct sur les habitant·e·s des quartiers populaires. Ils lancent une consultation dans le but de « reprendre collectivement le pouvoir sur nos enjeux locaux. » 

GHETT’UP est une association fondée en 2016 en Seine-Saint-Denis afin de permettre aux jeunes de quartiers populaires de prendre leur place partout dans la société. Souvent sur le terrain, nous proposons des programmes de formation à la réussite éducative et professionnelle mais aussi des espaces d’engagement civique et citoyen comme le pôle plaidoyer de l’association qui a pensé et écrit cette tribune.

Il est important pour nous, jeunes habitant·e·s en quartiers populaires, de remettre en lumière un moment de la vie politique française trop souvent boudé, surtout au sein des quartiers populaires. Le bilan des dernières élections départementales et régionales de 2015 est criant : 50% d’abstention sur l’ensemble du territoire, et un taux allant jusqu'à 54% en Seine-Saint-Denis. En 2021, à quelques semaines de ces élections, nous voulons rappeler comment reprendre notre pouvoir au niveau local.

Quand nous faisons la rétrospective de l’année 2020, celle-ci nous semble être le tableau parfait de la condition des quartiers populaires. Cette année aura été ô combien particulière pour ces territoires en première ligne de toutes les crises économique, sociale et sanitaire. Durant le pic de la première vague de l'épidémie, la mortalité en Seine-Saint-Denis était de 130 %, contre 74 % à Paris. Le confinement a amplifié le décrochage scolaire, les jeunes issu·e·s de milieux modestes payant le prix du manque de matériel numérique, de connexion internet et de soutien pédagogique.

Pour autant, on se souviendra du courage avec lequel le tissu associatif s’est mobilisé au sein de ces quartiers. Les quartiers étaient donc bien au rendez-vous, en première ligne encore de l’effort national avec les nombreux livreurs et livreuses, infirmiers et infirmières, caissiers et caissières et bien d’autres habitant.e.s de quartiers populaires, comme nous l’avions l’illustré à travers notre projet AU CHARBON. Il nous semblait important de rendre hommage à ces héros et héroïnes du quotidien, à contre-courant du discours politico-médiatique qui dépeignait ces habitant·e·s comme les “mauvais élèves” du confinement. L’année 2020 présentait également un contexte sociétal explosif à l’image des grands rassemblements autour des violences policières à l’initiative du comité Adama Traoré, au lendemain du meutre de George Floyd, ou pour la liberté d’expression en réaction à la proposition de loi Sécurité Globale.

Pourtant lors de ses vœux pour l'année 2021, Emmanuel Macron déclarait : "l'espoir est là”. Cet espoir est au moment où nous écrivons ces lignes difficilement visible pour les quartiers populaires. En effet, 2021 ressemble encore beaucoup à 2020 pour la plupart des Français·e·s et en particulier ceux et celles des zones les plus fragiles de notre pays : les quartiers populaires, les zones rurales, les DOM-TOM. Néanmoins en 2021, avant même les présidentielles de 2022, beaucoup de choses se jouent pour nous. Les élections départementales et régionales représentent une fenêtre qui s’ouvre pour que les habitant·e·s de ces territoires reprennent de l'importance dans la vie politique.

Pourquoi ? Tout simplement car les prérogatives des conseils départementaux et régionaux en matière d’action sociale, d'éducation, de formations professionnelles ou encore de mobilités urbaines et non-urbaines, ont un impact direct sur les habitant·e·s des quartiers populaires. Par exemple, les conseils départementaux et régionaux ont la charge de la construction, de la rénovation et de la fermeture des collèges et des lycées, avec des conséquences directes sur les conditions d'apprentissages des élèves. Ces assemblées locales gèrent également les transports du quotidien : par leurs choix politiques et budgétaires, elles déterminent la qualité des transports et la desserte des territoires.

Ainsi, nous pensons que ces élections sont l'occasion :

● D'interroger notre compréhension collective des enjeux de ces élections

● De valoriser les priorités et la parole des acteurs associatifs et des jeunes citoyen·ne·s

● D’alimenter le débat public bien au delà des échéances des élections régionales et départementales

● Créer des synergies et des conversations pour créer du pouvoir au delà de ces échéances

Pour cette première étape, nous avons besoin que tous les acteurs associatifs intéressés par le sujet partagent leurs expériences, leurs priorités et leurs expertises via ce formulaire jusqu’au 15 juin. Les résultats seront anonymisés, si demandés, et largement diffusés. A partir du 27 juin, ils donneront lieu à une série de conversations entre acteurs associatifs et jeunes de quartiers populaires autour de cette volonté commune de comprendre et de reprendre collectivement le pouvoir sur nos enjeux locaux. Nous souhaitons que les résultats de cette consultation et de ces conversations puissent être un outil pour tous et toutes. Nous refusons ainsi de faire de ces élections à venir un nouveau rendez-vous manqué pour les quartiers populaires.

Retrouvez le formulaire ici. 

Signataires :

Anissa Ahmed Azi
Dylan Ayissi
Nassim Larfa
Ferial Latreche
Inès Seddiki

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