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Tribune 7 nov. 2021

Tunisie – Après les accusations de trahison, la prison pour horizon ?

Après qu'un mandat d'amener international a été émis contre l'ancien président tunisien Moncef Marzouk, opposant du coup de force de l'actuel chef de l'État Kaïs Saïed, un collectif de personnalités tunisiennes et militants des droits de l'homme dit son rejet catégorique des procès biaisés à caractère politique et « dénonce toutes les formes de pression exercées par le chef de l'Etat sur le pouvoir judiciaire et ses différents secteurs ». 

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A la suite du discours du président de la République, Kaïes Saïed, diffusé sur le site Internet de la présidence de la République, ordonnant à la ministre de la Justice de renvoyer devant la justice l'ex-président de la République, le Dr Moncef Marzouki, allant jusqu’à lui préciser les motifs et l’article de loi sur la saisine judiciaire, le service de communication du Tribunal de Première Instance de Tunis a fait savoir, le 4 novembre 2021, que le juge d'instruction avait délivré un mandat d’amener international à l’encontre de M. Marzouki. Rappelons que cette décision fait suite à une précédente annonce du chef de l’Etat de retirer le passeport diplomatique à M. Marzouki. Il s’agit là d’une mesure scandaleuse qui s’inscrit dans un climat délétère, celui de campagnes de diffamation qui vont jusqu’à accuser M. Marzouki d’avoir saboté la tenue du Sommet de la francophonie prévu à Jerba en octobre dernier aux fins de l’accuser de complot contre la sûreté de l’Etat.

Les soussigné(e)s :

  • condamnent fermement cette mesure arbitraire qui participe d’une rhétorique de dénigrement, de haine et de mépris à l’encontre de l’opposition tunisienne, une politique que le président Kais Saïed poursuit depuis le 25 juillet 2021 pour tenter de faire taire tous ceux qui s'opposent à la concentration des pouvoirs entre ses mains ;
  • affirment le droit de M. Marzouki de s'exprimer sur la situation en Tunisie au nom de la liberté d’opinion ;
  • exigent que le juge d'instruction annule cette procédure qui fait injure à la justice tunisienne et dénote de sa subordination au pouvoir exécutif, à l'heure où nous tous devons œuvrer pour une justice indépendante, garante des droits et libertés et n’obéissant qu’à l’autorité de la loi appliquée par les juges en leur âme et conscience ;
  • rejettent catégoriquement tout procès biaisé à caractère politique qui participe d'une série de décisions visant à empêcher toute opposition à la politique du fait accompli de l'actuel président de la République ;
  • dénoncent toutes les formes de pression exercées par le chef de l'Etat sur le pouvoir judiciaire et ses différents secteurs, y compris sur le Conseil supérieur de la magistrature ainsi que ses menaces répétées à l’égard des juges des différentes chambres (pénale, administrative, financière) ;
  • relèvent que l’image extérieure de la Tunisie s’en trouve ternie et que son isolement s’aggrave en raison du fait que l’actuel chef de l'Etat s'écarte des objectifs de la Révolution, s’éloigne d'une approche participative, bafoue le principe de la séparation des pouvoirs, ignore celui de la protection des libertés individuelles et collectives et engage des disputes politiques stériles. A quoi il faut ajouter ses mesures prises depuis le 25 juillet 2021, notamment la comparution de civils devant les tribunaux militaires, l'interdiction de voyager de certains citoyens, la mise en résidence surveillée de certains autres sans autorisation judiciaire, ni motif déclaré, les atteintes à la Constitution tunisienne illustrées entre autres par une mainmise sur tous les rouages de l’État.

Signataires :

  1. Yadh ben Achour, professeur de droit constitutionnel, membre du Comité des droits de l’homme des Nations Unies
  2. Souhayer Belhassen, présidente d’honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme
  3. Kamel Jendoubi, ancien ministre, président d’honneur d’EuroMed-Droits
  4. Khédija Cherif, ancienne présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates
  5. Mouhieddine Cherbib, président du Comité pour le respect des libertés et des droits de l‘homme en Tunisie
  6. Sana Ben achour, présidente de l’association Beity
  7. Mokhtar Trifi, président d’honneur de la Ligue tunisienne des droits de l’homme
  8. Ramy Salhi, directeur du bureau Maghreb d’EuroMed-droits
  9. Bochra Bel Haj Hamida, défenseure des droits de l’homme, ex-députée
  10. Messaoud Romdhani, représentant du Comité pour le respect des libertés des et des droits de l’homme en Tunisie
  11. Bassem Trifi, vice-président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme
  12. Khemaïes Chammari, ancien ambassadeur de Tunisie à l’UNESCO
  13. Ayachi Hammami, ancien ministre, militant pour les droits de l’homme
  14. Monia Ben Jemia, ancienne présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates
  15. Wahid Ferchichi, professeur de droit constitutionnel
  16. Khalil Zaouia, président du parti Ettakatol
  17. Issam Chebbi, secrétaire général du parti Joumhouri
  18. Frej Fenniche, ancien haut fonctionnaire du Haut-commissariat des droits de l’homme
  19. Taoufik Chammari, militant contre la corruption
  20. Chokri Jelassi, militant politique
  21. Jalel Matri, président de l’association Pont de Genève
  22. Maher Hanin, chercheur en sociologie
  23. Hichem Abdessamad, militant pour les droits de l’homme
  24. Alya Cherif Chammari, avocate, présidente de Coalition maghrébine 95 pour l’égalité
  25. Walid Larbi, universitaire, membre fondateur de l’association Beity
  26. Mohamed Ben Saïd, militant pour les droits de l’homme
  27. Mohsen Dridi, militant associatif
  28. Malek Kefif, membre de l’Instance nationale de lutte contre la traite humaine
  29. Dr Zouheir Ben Youssef, universitaire, ancien vice-président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme
  30. Zied Elhani, journaliste
  31. Olfa Khedimi, journaliste
  32. Naziha Rjiba, journaliste, défenseure des droits de l’homme
  33. Jaouhar Ben M’barek, militant politique
  34. Zina Khemiri, journaliste
  35. Raja Ben Slama, universitaire
  36. Chaïma Aïssa, universitaire
  37. Abdessalem Kekli, universitaire
  38. Moncef Khebir, président de l’Association tunisienne des droits de l’homme -Tataouine
  39. Dr Abdelmajid Msalmi, chirurgien, militant des droits de l’homme et activiste politique
  40. Anouar Kousri, avocat, ancien vice-président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme
  41. Nabil Hajji, député à l’Assemblée des représentants du peuple
  42. Olfa Lamloum, chercheuse
  43. Ridha Smaoui, défenseur des droits de l’homme
  44. Samir Dilou, avocat, député à l’Assemblée des représentants du peuple
  45. Yamina Zoghlami, députée à l’Assemblée des représentants du peuple
  46. Khaled Amami, organisation de défense de la souveraineté numérique
  47. Zoubir Mouelhi, professeur à l’université de la Sorbonne
  48. Asma Baccouche, journaliste
  49. Mohamed Habib Marsid, universitaire, défenseur des droits de l’homme
  50. Hatem Chaabouni, président de l’association des chômeurs du Kef
  51. Mahmoud Oueslati, ex-vice-président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme
  52. Mouhieddine Lagha, membre du comité directeur de la Ligue tunisienne des droits de l’homme
  53. Sami Brahim, chercheur universitaire
  54. Mohamed Ouled Rhila, président de l’association Ensemble pour la citoyenneté et le changement
  55. Faouzi Maallaoui, avocat
  56. Hinda Channaoui, militante féministe et défenseure des droits de l’homme
  57. Ali Maki, famille des martyrs de la révolution de la liberté et de la dignité
  58. Maha Abdelhamid, universitaire, défenseure des droits de l’homme
  59. Mohamed Khenissi, président de l’association Nachaz (Dissonances)

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