Le secteur aéronautique en crise peut-il sauver le climat ? – Pour un « Airbus du climat »

Le secteur aéronautique est en difficulté. Afin de préserver les emplois et le savoir-faire sans condamner le climat, un collectif de salariés accompagnés par des élus et personnalités appellent à saisir l'opportunité de « mettre à profit la crise » pour ne pas revenir à un hypothétique « avant-covid » et construire un nouveau Groupement d’Intérêt Economique Européen : un « Airbus de la lutte climatique » pour accélérer la transition climatique.

Nous sommes confrontés à deux problèmes majeurs, asymétriques toutefois, dont les solutions respectives semblent contradictoires : l’accélération du dérèglement climatique avec ses conséquences sur la survie de l’humanité d’un côté, et de l’autre l’effondrement de multiples secteurs économiques suite à la covid 19 avec ses conséquences sociales à court terme. Un des exemples les plus emblématiques de ce dilemme concerne l’industrie aéronautique, un des rares secteurs industriels où la France est restée un acteur majeur. Comment préserver les emplois et le savoir-faire bâti depuis des dizaines d’années sans condamner le climat ? 

Les pouvoirs publics comme les dirigeants économiques inclinent à sauver quasiment à l’identique les secteurs fortement touchés, tant pour la production industrielle que sur l’opération des services, en utilisant des fonds publics avec peu de contre parties. Toutefois, ces mécanismes tels que déployés constituent une stratégie doublement perdante, pour le climat et pour un secteur industriel qui finira par céder (ou du moins reculer) face aux adversités climatiques et sanitaires, ou aux assauts de la concurrence en devenir (COMAC par exemple pour l’aéronautique). 

En effet, quelle opportunité manquée pour la société et pour un gouvernement qui annonce investir sur la décarbonation, si l’on en croit les plans de relance français et européen ! En ne considérant que le secteur aéronautique, la France va dépenser de un à deux milliards de chômage partiel depuis mars 2020 sans création de valeur, auxquels s’ajouteront 2,8 milliards pour la R&D et la restructuration de l’outil industriel. Soit près de 5 milliards d’euros d’argent public environ si on ajoute les aides régionales. Cette manne financière pourrait être le moyen de bifurquer vers une nouvelle industrie, innovante et bénéfique pour tous !

Imaginez le potentiel d’une alliance industrielle avec autant de compétences et de savoir-faire (ingénierie, métallurgie, composite, hydraulique, électricité, électronique, etc.) appliqués à accélérer de manière massive, la transition des énergies fossiles de la France, de l’Europe, ou des autres continents. Et imaginez si cette alliance pouvait sous-traiter des activités aux entreprises des secteurs en crise, leur permettant d’utiliser leur outil industriel pour d’autres activités et sortir de la crise par le haut, en préservant les emplois. Même 10% des capacités des secteurs sinistrés permettraient de soutenir une activité manufacturière colossale !

Telle est la proposition que nous défendons ici. Non pas rêver d’un retour hypothétique à l’avant-covid, mais mettre à profit la crise et les investissements massifs des États en cours pour construire avec les ressources des secteurs en difficulté un nouveau Groupement d’Intérêt Economique Européen : un « Airbus de la lutte climatique ».

Ce GIE collecterait les financements des États, utiliserait durant leurs périodes de chômage partiel les compétences des salariés et les outils industriels à l’arrêt, devenant ainsi le partenaire industriel stratégique d’un véritable new green deal européen (pour aller au delà des -60 % de CO2 en 10 ans). Maître d’œuvre et grand donneur d’ordres aux entreprises touchées, il organiserait la conception et la production de grands programmes d’équipements et de services pour décarboner l’économie et lutter contre le dérèglement climatique. Il fournirait les millions de systèmes dont nous avons urgemment besoin (des pompes à chaleur, des chauffe-eau solaires, des systèmes hydrogène et électriques pour des moyens de transport décarbonés, etc.)

La société attend des actions concrètes. Les planètes sont déjà là, reste à les aligner grâce à de simples ajustements. C’est une solution trois fois gagnante, pour les États, les citoyens et les entreprises. 50 ans après le GIE qui a lancé un géant de l’aéronautique, redonnons-nous une vraie ambition française et européenne, créons « l’Airbus du climat » et accélérons cette transition climatique ! 

 

Texte préparé par des salariés de ces secteurs en difficulté et concernés par l’urgence climatique

Signataires

Manon Aubry, députée Européenne
Marie Pierre Bes: Conseillère Municipale Blagnac
Manuel Bompard, député Européen
Benoit Borrits, economie.org
Dominique Bourg, philosophe
Damien Carême, député Européen
Eric Coquerel, député la France insoumise
Philippe Desbrosses, Intelligence verte et Agro écologie
Caroline Fiat, député la France insoumise
Jean Lou Fourquet, apreslabiere.fr
Bernard Friot, sociologue et Économiste
Béatrice et Jean-Paul Jaud, cinéastes
Julien Klotz, conseiller Département Haute Garonne
Bastien Lachaud, député la France insoumise
Mathias Lahiani, On passe à l’acte
Michel Larive, député la France insoumise
Hélène Magdo, conseillère municipale de Toulouse
Myriam Martin, conseillère régionale LFI d’Occitanie
Jean-Luc Mélenchon, député, président du groupe La France insoumise à l’Assemblée Nationale
Rodolphe Meyer, chaîne Le Réveilleur
Danièle Obono, députée la France insoumise
Mathilde Panot, députée, vice-présidente du groupe La France insoumise à l’Assemblée Nationale
Anne-Sophie Pelletier, députée européenne La France insoumise
Loïc Prud’homme, député la France insoumise
Adrien Quatennens, député La France insoumise
Agathe Roby, conseillère municipale de Toulouse
Sabine Rubin, député la France insoumise
François Ru
ffin, député la France insoumise
Guilhem Serieys, conseiller régional LFI d’Occitanie
Jean-Christophe Sellin, conseiller régional LFI d’Occitanie
Laurence Tubiana, Directrice de la Fondation Européenne pour le Climat

Collectifs

Association UFCNA "Union Francaise Contre les Nuisances des Aeronefs"
CCNAAT, Collectif Contre les Nuisances Aériennes de l'Agglomération Toulousaine
Collectif ICARE (salariés de l'aéronautique)

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