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Tribune 7 mars 2022

Stop à l'acharnement absurde dont la Justice fait preuve à l'encontre d'Alexandra Richard

Alexandra Richard a été condamnée en appel à dix ans de prison, pour homicide volontaire sur son compagnon,  qui l’a violée et battue pendant des années, jusqu’aux menaces de mort qu’il a proférées envers elle le jour du drame. « Il est incompréhensible que la France continue de s’acharner de cette manière sur elle, à rebours de la politique pénale prioritaire qui consiste à protéger les femmes victimes de violences », s'insurgent de nombreuses personnalités et organisations féministes.  

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À l'approche du 8 mars, Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, nous appelons à une institution judiciaire qui traite les femmes comme des citoyennes, à une justice équitable et au service des femmes et des enfants ! La lutte pour les droits des femmes implique de se battre contre cette institution judiciaire, telle qu’elle s’exerce aujourd’hui.

Alexandra Richard est toujours en prison, séparée de ses enfants. Ses avocat·es ont déposé une 6ème demande de remise en liberté sous contrôle judiciaire, dans le cadre du pourvoi en Cassation qu’elle a formé, et dans l’attente d’une décision de la Cour de Cassation. Cette demande de remise en liberté va être examinée le 9 mars prochain. En octobre dernier, elle a été condamnée en appel à dix ans de prison, pour homicide volontaire sur son compagnon, Sébastien Gest qui l’a violée et battue pendant des années, jusqu’aux menaces de mort qu’il a proférées envers elle le jour du drame. Pourtant, tous les éléments de l'enquête indiquaient une scène de légitime défense, et de surcroît, toutes les expertises ont validé la plausibilité d’un coup de fusil déclenché de manière accidentelle.

C’est une histoire à la fois banale et incompréhensible. Banale, parce qu’en France, aujourd’hui, seules trois femmes qui avaient tué leur conjoint violent ont été acquittées, reconnues en état de légitime défense, alors que chaque année, dix femmes se retrouvent dans cette situation, la pire imaginable : après avoir enduré des années de coups, de viols et d’humiliations, elles deviennent des tueuses - quelle femme victime de violences conjugales pourrait se satisfaire d’une telle issue ?, et même des “ meurtrières ”, selon la Justice. La double peine pour ces femmes dont l’humanité a été niée par un bourreau sans que la société ne bouge le petit doigt, et celle-ci ne leur reconnaît même pas la légitime défense lorsqu’elles sont face à un risque de mort imminente. 

On connaît malheureusement l’arbitraire des décisions de justice, selon la cour qui les prononce. C’est ainsi qu’Adriana Sampaio, défendue par les mêmes avocat·es qu’Alexandra Richard, avait été acquittée en appel par le Tribunal de Créteil, devenant ainsi la troisième femme à qui la légitime défense a été reconnue dans un contexte de violences conjugales. Une victoire féministe telle qu’on en connait peu.

Dans le cas d’Alexandra Richard, on a pu voir un acharnement particulièrement forcené de la part de la Justice et notamment de l’avocat général, Patrice Lemonnier. Son attitude en témoigne, singulièrement exécrable et emprunte de banalisation des violences masculines et du viol pendant les cinq jours d’audience en appel. Mais aussi son refus, cinq fois réitéré, de libérer Alexandra sous contrôle judiciaire dans l’attente du procès, alors qu’elle réunissait toutes les conditions nécessaires, au motif que cette libération aurait pu causer un « trouble exceptionnel à l’ordre public ».

Une peine d'une incompréhensible sévérité

Les tirs accidentels à la chasse mènent à du sursis, même quand la négligence grave du tireur est avérée. Lorsque Sébastien Gest a tiré volontairement sur un homme, à l’âge de 19 ans, il n’a écopé que de trois ans de prison dont 18 mois avec sursis. Il a effectué en semi-liberté les 15 mois fermes qui lui restaient à faire après 3 mois de détention provisoire. Le jour, il travaillait en extérieur, le soir il rentrait à la prison, il pouvait passer ses week-ends chez lui. 

Alexandra, elle, a pris dix ans de prison ferme pour avoir voulu se défendre, terrorisée par les menaces de mort et la rage de son compagnon alcoolisé, dont elle connaissait la folie dans ces moments. Dix ans d’emprisonnement déclenchent systématiquement une peine de sûreté d’au moins cinq ans. Cette peine est particulièrement sévère car elle ne peut pas être aménagée. La dureté de cette décision est incompréhensible et ne sert en rien les intérêts que l’institution judiciaire est supposée poursuivre : ni à prévenir la récidive, Alexandra Richard n’étant pas une femme dangereuse comme l’ont affirmé les expertises psychiatriques, et son geste n’avait pour but que de se défendre. Ni à restaurer un équilibre, puisqu’au contraire, cette peine accentue le déséquilibre structurel entre les femmes et les hommes.

Cette peine de sûreté dessert même les intérêts de Jessy, 6 ans, l’enfant du couple et donc aussi celui du défunt, petit-fils des parents du défunt : quel sens y-a-t-il à le faire souffrir en lui retirant sa mère ? Cette peine dessert également les intérêts des autres enfants qui ont déjà été témoins de violences terribles, comme lorsqu’Abigaëlle avait demandé à sa maîtresse : « Est-ce que c’est normal que mon beau-père veuille tuer ma maman ? »

Les seules conséquences de ce jugement sont de briser plusieurs vies, celle d’Alexandra et celles de ses enfants, incluant le fils du défunt, enfants qui vont par ailleurs avoir à supporter les conséquences des lourds dommages et intérêts qu’Alexandra a été condamnée à payer et qu’elle va devoir rembourser toute sa vie.

Cela met en lumière le caractère absurde et paradoxal d’une Justice qui ne sert ici aucun des intérêts fondamentaux de la société à savoir la réhabilitation et le rééquilibrage des rapports de forces dans la société, et qui ne tient pas compte du statut de victime d’Alexandra, ni de son appartenance à un groupe social discriminé et vulnérable structurellement, en tant que femme.

Alexandra Richard doit sortir ! Il est incompréhensible que la France continue de s’acharner de cette manière sur elle, à rebours de la politique pénale prioritaire qui consiste à protéger les femmes victimes de violences, à reconnaître la valeur de leur parole et à ne pas les revictimiser, en rupture également avec les obligations découlant de la Convention Européenne des Droits Humains, à savoir mettre un terme à l’impunité des agresseurs et aux violences faites aux femmes.

Alexandra Richard a déjà effectué plus de deux ans de détention. Ce mercredi 9 mars, elle doit pouvoir obtenir une libération sous contrôle judiciaire dans l’attente de la décision de la Cour de Cassation, et retrouver ses trois enfants, ses parents et tous ses proches.

Nous partageons ce message de sa jeune fille Abigaëlle : « Rendez-nous notre maman » et nous adressons tout notre soutien à Alexandra, femme et mère extrêmement courageuse, ainsi qu’à sa famille, victimisée par l’institution judiciaire, et qui tient bon pour Alexandra, avec une grande bravoure.

Pour soutenir Les effronté-es qui apportent un appui financier à Alexandra dans son pourvoi en Cassation, partagez cette cagnotte solidaire ! Aidez Alexandra Richard à obtenir justice !

Signataires :

Union Nationale des Familles de Féminicides

Marche Mondiale des Femmes

La Brigade Antisexiste

Sophia Antoine, militante et activiste féministe

Valérie Bacot

Pauline Baron, journaliste et membre de la coordination #Noustoutes

Hélène Bidard, élue PCF adjointe à la mairie de paris en charge de l'égalité femmes-hommes

Claire Charlès, porte-parole Les effronté-es

Manon Coléou, secrétaire nationale du Parti de gauche

Léa Collin, présidente d’Osez le Féminisme 76 !

Claudine Cordani, autrice et artiste écoféministe, pionnière en justice

Eva Darlan, comédienne et écrivaine

Typhaine D, artiste féministe

Sandrine Dubouis, comité de soutien à Valérie Bacot

Didier Epsztajn, animateur du blog entre les lignes entre les mots

Julie Ferrua, secrétaire nationale de Solidaires

Murielle Guilbert, co-déléguée de Solidaires 

Elsa Labouret, porte-parole d’Osez le Féminisme ! 

Mathilde Larrère, historienne

Maëlle Noir, doctorante et militante #Noustoutes

Imane Ouelhadj, présidente de l'UNEF

Philippe Poutou, porte-parole du NPA

Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l’Association Mémoire Traumatique et Victimologie

Danielle Simonnet, conseillère de Paris France Insoumise

Laetitia de Tugny, membre de la coordination #Noustoutes

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