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Tribune 8 oct. 2020

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Strasbourg - La lenteur de l’université à protéger les victimes de harcèlement sexuel

Dans cette lettre ouverte au président de l’Université de Strasbourg, de nombreux universitaires demandent à Michel Deneken de prendre « un arrêté d’interdiction de présence sur tous les campus de l’Université de Strasbourg » contre l’étudiant de 58 ans accusé de harcèlement sexuel. « Pour nos étudiant·e·s et le personnel de l’université, pour l’égalité et la justice, Monsieur le Président, il est grand temps d’agir ! »

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Après une première mesure d’interdiction de présence dans les locaux de l’université en 2014, après des signalements nombreux de faits de harcèlement – moral, sexiste et sexuel – envers des étudiantes et des enseignantes – en particulier une dizaine de signalements en 2019 –, après de nombreux messages de responsables de facultés,  de départements et de services adressés au service juridique et à la cellule de veille de l’université, après la mobilisation courageuse d’étudiantes engagées contre le harcèlement, après le dépôt de plainte de deux d’entre elles, accompagné de nombreux autres témoignages, après le signalement au Procureur de la République par le doyen de la faculté des Sciences historiques tout d’abord, puis par vous-même, nous devons déplorer que l’individu qui harcèle de jeunes étudiantes, les suit dans la rue, les effraie, les approche et les touche contre leur volonté, continue d’assister aux cours magistraux et aux TD, et continue d’évoluer librement sur le campus de notre université. Il y a encore été vu ce 2 octobre, soit quatre semaines après les premières alertes.

Que répondre aux étudiant·e·s qui nous demandent aide et protection ? Comment expliquer une telle lenteur alors que les témoignages et les signalements se multiplient depuis plusieurs années et s’intensifient depuis un mois ? Comment expliquer que les étudiantes, victimes de cet individu connu de vos services depuis si longtemps, n’aient pas eu de votre part un message personnel soulignant votre engagement à leur côté, et les assurant de votre protection ?

Ces jeunes filles et jeunes femmes courageuses, qui ne se sont pas senties suffisamment soutenues par la cellule de veille contre le harcèlement sexiste, se sont tournées vers une jeune association qui les a aidées à verbaliser ce qui leur arrivait, à réaliser qu’elles n’étaient pas seules, et qui les a soutenues dans leurs démarches de dépôt de plainte, de signalement et de témoignages.

C’est également cette association et non vos services –  qui a prévenu les enseignants de la Faculté des sciences historiques, à la fin de l’été, du fait que cette personne s’est inscrite en première année (une des nombreuses inscriptions en première année de licence de cet homme au sein de notre université) pour la rentrée de septembre 2020. Leur alerte a joué un rôle important car elle a permis aux enseignants d’être vigilants durant les cours et de collaborer avec cette association. Cependant, nous aurions aimé être également alertés et informés par voie hiérarchique et pouvoir travailler davantage avec la Cellule harcèlement de l’université .

Mais il n’est plus temps de polémiquer. Ce qui compte plus que tout, c’est la sécurité de nos étudiant·e·s et des personnels de l’Université. Alors que nous commençons notre cinquième semaine de cours en présentiel, nous vous prions instamment, Monsieur le Président, de prendre immédiatement à l’encontre du harceleur un arrêté d’interdiction de présence sur tous les campus de l’Université de Strasbourg. Nous vous demandons de prendre cette décision depuis plusieurs semaines. Pourquoi ne sommes-nous pas entendu·e·s ? Pourquoi ignorer les demandes insistantes et légitimes des associations, des syndicats, des directions de composantes et de nombreux acteurs de notre communauté universitaire ? 

Nous vous rappelons, Monsieur le Président, que le Code de l’Éducation dispose que « le président d'université est responsable de l'ordre et de la sécurité dans les enceintes et locaux affectés à titre principal à l'établissement dont il a la charge » (Article R 712-1) et qu’il a le pouvoir « d'interdire à toute personne et, notamment, à des membres du personnel et à des usagers de l'établissement… l'accès de ces enceintes et locaux » (Article R712-8). Or, il est incontestable que l’individu en question porte atteinte à la sécurité d’étudiantes et de personnels. Vous ne pouvez les laisser plus longtemps à leur solitude et à leur désarroi. Votre obligation de sécurité à leur endroit est non seulement légale, mais aussi morale.

L’université du XXIe siècle, une université d’excellence, se doit de faire régner l’égalité entre toutes et de tous et d’apporter aux jeunes gens comme aux jeunes femmes l’assurance – et les preuves concrètes – de notre engagement pour leur sécurité et les conditions nécessaires à des études de qualité.

Chaque jour qui passe est également, pour nous, enseignant·e·s, un jour de crainte qu’un événement plus grave encore ne se produise. Pour nos étudiant·e·s et le personnel de l’université, pour l’égalité et la justice, Monsieur le Président, il est grand temps d’agir !

Signataires :

Francesco D'Antonio, MCF en langue et civilisation italiennes au Département LEA, Vice-doyen de la Faculté des Langues ;

Anne-Véronique Auzet, PR de Géographie, responsable de la L1 de Géographie et Aménagement ;

Béatrice Bader, Responsable de la bibliothèque de Géographie ;

Anne Bandry-Scubbi, PR en études anglophones, doyenne de la Faculté des Langues ;

Antonin Bechler, MCF en études japonaises, Faculté des Langues ;

Nourane Ben Azzouna, MCF en Histoire de l'art, co-responsable de la licence Histoire de l'art, Faculté des sciences historiques ;

Sandra Boehringer, MCF histoire grecque, histoire des femmes et du genre, Faculté des Sciences historiques ;

Anne-Sylvie Boisliveau, MCF histoire des mondes musulmans, responsable du parcours HCMM de la licence d'histoire, Faculté des Sciences historiques ;

François Bonnarel, IR CNRS, Observatoire Astronomique de Strasbourg ;

Thomas Boutonnet, MCF en études chinoises, directeur du Département d’études chinoises, Faculté des Langues ;

Daniela Campo, MCF en études chinoises, Faculté des Langues ;

Alexandre Dupont, MCF histoire contemporaine, co-responsable de la licence d’histoire, Faculté des Sciences historiques ;

Victoire Feuillebois, MCF en littérature russe, Faculté des Langues ;

Jean-Christophe Gallet, directeur du Département LEA, Faculté des Langues ;

Corinne Grenouillet, PR littérature, co-responsable du Master MEEF Enseigner les lettres, directrice de l’institut de littérature française, Faculté des lettres ;

Olivier Huck, MCF histoire romaine, co-responsable de la licence d’histoire, Faculté des Sciences historiques ;

Fanny Kieffer, MCF en Histoire de l'art, co-responsable de la licence Histoire de l'art, Faculté des sciences historiques ;

Emilia Koustova, MCF en civilisation russe, directrice du Département d’études slaves, Faculté des Langues ;

Akinobu Kuroda, MCF en études japonaises, directeur du Département d’études japonaises ;

Pascal Maillard, Professeur agrégé, Faculté des Lettres ;

Jean-Paul Meyer, MCF en sciences du langage, doyen de la Faculté des Lettres ;

Arnaud Piombini, Maître de conférences en géographie ;

Laurence Rasseneur, MCF Faculté des Sciences du Sport ;

Anne-Caroline Rendu Loisel, MCF Assyriologie, co-responsable de la licence d’archéologie, Faculté des sciences historiques ;

Nicolas Roudet, responsable de la bibliothèque de la MISHA ;

Sandra Schaal, PR en études japonaises, Faculté des Langues ;

Jean-Jacques Schwien, MCF archéologie, co-responsable de la licence d’archéologie, Faculté des sciences historiques ;

Maurice Wintz, MCF en sociologie, Faculté des Sciences Sociales. 

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