Renouvellement politique: il y a urgence!

Neuf candidats socialistes à l'investiture aux législatives, dont Léa Filoche qui se présente face au premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis, dénonce le «gouffre entre les élites politiques et nos concitoyens», renforcé par des élus qui sont bien trop souvent, des «hommes, âgés, blancs, issus des classes supérieures».

A quelques mois des élections présidentielles et législatives, le manque de renouvellement de la classe politique se fait cruellement sentir. Une trop grande partie des élus nationaux d’aujourd’hui sont aux manettes du pouvoir depuis des décennies, et ont très largement participé à ce que les messages de convictions fortes que nous devons pourtant avoir aujourd’hui, soient brouillés par des prises de positions qui ne remettent jamais en cause le fonctionnement au sein même de nos propres institutions.

A l’Assemblée nationale, la majorité des élus qui siègent dans l’hémicycle pour construire nos lois et nos politiques publiques sont des hommes, âgés, blancs, issus des classes supérieures. Ils ont pour la plupart une carrière commencée comme attaché parlementaire, puis comme élu, local puis national, au gré des départs en retraites de leurs ainés. Ils ont fait les même écoles, sont issus des mêmes réseaux et se relaient pour faire les mêmes politiques, tout en changeant un peu le packaging, pour être sur la forme plus modernes que leurs prédécesseurs.

Les jeunes, les femmes, les catégories populaires, les citoyens issus de l’immigration sont largement sous représentés à l’Assemblée nationale : seulement 23 députés de moins de 40 ans, seulement 27% de femmes, à peine 3% d’ouvrier ou de salariés, et une dizaine de députés issus de l’immigration. Sans une volonté réelle de la part de la classe politique, cela ne risque pas de changer.

Le manque de parité se fait également cruellement sentir. A peine plus d’un quart des députés sont des députées. Il ne s’agit pas de dire que les femmes font de la politique autrement, qu’elles seront forcément de meilleurs élus. Aucune prétention à un monopole du pouvoir, mais simplement un partage équitable, pour représenter la diversité des expériences.

Cette distorsion de la réalité a forcément des conséquences sur les politiques publiques, notamment dans le domaine de l’environnement ou des finances publiques, deux domaines dans lesquels on peut penser que  les intérêts des « jeunes » ne coïncident pas forcément avec ceux des élus actuels.

On peut également penser au débat sur le droit du travail par exemple, débat mené par des députés majoritairement issus de la fonction publique, ou par des élus qui n’ont pas de connaissance concrète du travail en entreprise comme petite main, comme ouvrier, comme secrétaire, ni même comme cadre ou intérimaire.

Pour que notre démocratie fonctionne, les élus que nous allons désigner doivent nous représenter, c’est-à-dire porter la parole d’un groupe, mais aussi incarner ce groupe. Sans entrer dans le fantasme de la représentation miroir, il existe aujourd’hui un gouffre entre les élites politiques et nos concitoyens. Nos élus semblent de moins en moins porter notre parole, de moins en moins nous ressembler. Cette incapacité à se renouveler provoque désintérêt, défiance, abstention, quand elle ne nourrit pas les discours de haine du Front national. Ce gouffre entre nos élus et les citoyens met en péril notre démocratie et nous devons le résorber.

Nous devons entendre l’appel fait par les citoyens, qui loin de vouloir se désintéresser de la politique, souhaitent surtout une politique différente, plus représentative, et porteuse d’une ambition forte pour l’intérêt général. Pour ne pas rester dans l’incantatoire, il faut des mesures fortes, sur lesquelles nous devons nous engager collectivement. Nous engager en faveur d’une limitation du cumul des mandats dans le temps, pour rompre avec le système actuel et forcer au renouvellement. Nous positionner pour un réel statut de l’élu afin de faire émerger celles et ceux qui souhaiteraient s’engager tout en n’étant pas des professionnels de la politique, afin de favoriser la participation de toutes et tous à la vie de leur cité, à la vie de leur pays.

En 2012, le Parti socialiste avait fait les efforts nécessaires pour assurer une plus grande représentativité. Résultat notable, 10% de plus de femmes à l’Assemblée par rapport à 2007. Mais nous ne devons pas nous arrêter là. Cette volonté de renouvellement ne peut plus rester une idée, une chimère ressortie à chaque congrès, elle doit être incarnée. Le renouvellement des thèmes, des pratiques, passe donc par le renouvellement des têtes. C’est pourquoi nous avons chacun pris la décision de présenter notre candidature à l’investiture interne du Parti socialiste pour les législatives de 2017. Et nous espérons faire entendre aux dirigeants politiques nationaux, comme aux citoyens, qu’une autre forme de politique est possible, tant sur la forme que sur le fond.

Nicolas Alix, candidat à l’investiture dans la 1ère circonscription de Seine et Marne
Martine Courjaud, candidate à l’investiture dans la 1ère circonscription des Deux Sèvres
Delphine Damis-Fricourt, candidate à l’investiture dans la 3ème circonscription de la Somme
Léa Filoche, candidate à l’investiture dans la 16ème circonscription de Paris
Géraldine Gay, candidate à l’investiture dans la 1ère circonscription de l’Aude
Anthony Gratacos, candidat à l’investiture dans la 7ème circonscription de Seine et Marne
Laurent Johanny, candidat à l’investiture dans la 1ère circonscription de Haute Loire
Judicaelle Kaita, candidate à l’investiture dans la 11ème circonscription du Pas de Calais
Eric Thouzeau, candidat à l’investiture dans la 2ème circonscription de Loire Atlantique

 

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