Covid-19 et peuples d'Amazonie: halte à la politique génocidaire de Bolsonaro!

Des millions de Brésiliens sont victimes de la politique génocidaire de Jair Bolsonaro et de son équipe ministérielle. Face aux graves inégalités provoquées par la pandémie et le tribut payé par les peuples d'Amazonie, un collectif international de personnalités appelle à la solidarité et à la « convergence des efforts venus de tous les coins du monde ».

À David Maria Sassoli, Président du Parlement Européen

Ces cinq derniers mois, le sens du collectif a pris de la force, divers pays ont réussi à construire une stratégie frontale unissant de façon effective les citoyens à leurs dirigeants. On a vu deux tendances très importantes émerger contre le risque imminent de Covid-19 et ses effets sur la vie sociale - le sens du collectif s’est imposé sur l’individualisme et les politiques de bien-être social sur les nécessités du marché capitaliste. L’aplatissement de la courbe dans ces contextes, initialement expliqué par des algorithmes et des pourcentages, a perdu tout sens en deçà ou au delà d’une vision logico-mathématique. On comprend plus ou moins que derrière ces chiffres et variables il y a (avait) des personnes qui font (faisaient) partie d’une famille.

Cela dit, cette lettre veut alerter et solliciter, parce que derrière le rappel des innombrables pertes de vie dans le monde (pratiquement 350 000), nous voulons faire la lumière sur la disparité pour affronter le virus existante entre certains pays par rapport à d’autres. Il y a des contextes humains et économiques où cette guerre est affrontée sans armes. Alors que des pays comme l’Allemagne, la France, entre autres, recommencent à vivre une nouvelle normalité, le Brésil et son espace continental continuent de souffrir sans savoir exactement quand il va passer le pic de cette pandémie. Pour l’instant, tout inclus, l’impact est de plus de 30 000 morts.

Les disparités pour affronter le virus ne se trouvent pas seulement entre pays, elles sont dans le cas du Brésil aggravées par un Président de la République qui devrait protéger tous les citoyens sans exception. Des millions de Brésiliens sont victimes du projet politique génocidaire de Jair Bolsonaro et de son équipe ministérielle. Il est crucial d’avoir conscience que l’impact de cette pandémie ne touche pas de la même manière les différentes couches sociales et les différentes familles ethniques. La manière dont le gouvernement brésilien a géré cette période de grande instabilité, outre qu’elle est marquée au fer rouge de ses positionnements extrémistes, a mis en évidence les éléments de la construction structurelle de ce pays – une hiérarchisation entre ceux qui peuvent ou non être concernés par les politiques publiques de l’Etat, et d’autre part la mise à nu les gains réels de groupes puissants qui profitent de cette triste période de notre histoire pour légaliser leurs actes prédateurs et d’extermination des peuples d’Amazonie.

Le Covid-19 a dévoilé encore plus la dimension des inégalités dans notre pays, prenant la forme d'une palette de couleurs et d’ethnies bien définies. Les peuples d’origine africaine et autochtones, victimes de viols et de violences perpétuées, aujourd’hui donc aussi, sont la cible principale d’une politique privilégiant essentiellement les citadins aux phénotypes majoritairement issus des peuples européens. Ce n’est pas un hasard si le premier Etat déclaré en double faillite, celle de son système de santé et celle du traitement du bien-être citoyen, est l’un des Etats, l’Etat d’Amazonas, dont la majorité de la population est déclarée indigène.

Un grand nombre d’appels à l’aide, initiés par des activistes politiques, sociaux et culturels, en direction de gouvernements et institutions étrangères, ont été les principaux canaux activés qu’ont trouvé l’Amazonas et d’autres Etats pour disposer de forces opérationnelles minimales pour affronter cette crise. En parallèle, sans aucune approche circonstanciée effective de la situation créée par la pandémie, en exemple du gouvernement à caractère génocidaire du gouvernement brésilien, on note la tentative de débat pour approbation du projet de loi 2633/20 autorisant l'accaparement des terres. Parmi un éventail d’actions possibles le gouvernement brésilien a mis « à l’ordre du jour » une loi qui mélange le droit des terres indigènes avec la « régulation » des invasions dont souffre l’Amazonie depuis plusieurs années.

Ces invasions, ouvertement appuyées par le gouvernement de Jair Bolsonaro, sont l’une des principales causes de la progression préoccupante de la déforestation de l’Amazonie. En avril courant on a constaté une croissance de 171% de l’espace déboisé par rapport à la même période l’année dernière, selon le Système d’Alerte à la Déforestation (SAD) de l’Institut de l’Homme et de l’Environnement de l’Amazonie (Imazon), institut non gouvernemental, Ce déboisement aggravé par le démontage du système de surveillance et de sanctions environnementales s’accompagne d’une perte d’autonomie et de capacité d’action des Directions régionales. Outre la peur de l’impact du Covid-19 dans les villages et les villes, les peuples indigènes et non indigènes d’Amazonie doivent trouver les voies de  survie aux tentatives d’invasion et à l’extrême inégalité de répartition des investissements.

Le chemin de la solidarité et la convergence d’efforts venus de tous les coins du monde peut aider cette région à faire face aux nécessités de ses différents fronts. On peut contribuer de différentes façons, de l’engagement pour le système de santé de cette région à l’appui financier aux groupes qui tentent de réduire au maximum l’impact de la pandémie dans la vie des couches les moins privilégiées. Exemple d’initiatives s’attaquant aux effets sociaux et économiques de la pandémie, les projets réalisés par le Centre socio-économique de l’Université fédérale de l’Amazonas. Le NUSEC a cherché à réduire les pertes des petits producteurs, en particulier les producteurs d’aliments bios, en combinant les efforts des communautés et ceux de l’université. Ceux-ci et d’autres sont des projets inscrits dans le temps, exigeant de l’engagement humain, nécessitant un appui financier urgent.

Les questions sociales, économiques, et environnementales, de cette pandémie précisent d’être vues de la façon la plus large. Il faut les penser d'un point de vue mondial, tout en sachant agir en local. Le 18 avril dernier, le Secrétaire général des Nations unies et le chef de l’Agence de santé de l’ONU, l’OMS, ont adressé un message d’alerte aux pays qui avaient déjà passé le cap de la pandémie. Ils ont souligné qu’il ne faut pas penser que « la page est tournée » quand la majorité de la population est encore exposée à la contagion, et avec des capacités insuffisantes pour affronter le Covid-19. Ce qui veut dire qu’agir de façon conjointe pour l’Amazonie, préserver un équilibre minimal, ne vise pas seulement à réussir à vaincre le coronavirus à l’échelle mondiale mais aussi à lutter pour une vie durable de la planète. Ces deux dernières questions ne peuvent pas être seulement de la responsabilité des gouvernements concernés, mais doivent être de la responsabilité de tous, sans exception.

Signataires :

Suzete de Paiva Lima Kourliandsky - Action dans le monde pour l'Amérique Latine et Afrique - ALMAA - Paris
Jean Jacques Kourliandsky - Fondation Jean Jaurès – Paris
Jorcemara Matos  Cardoso - Linguiste et activiste
Celso Ricardo Caldeira Rêgo - Chercheur
Luiz Antonio Nascimento - Professeur de l'Université Federal do Amazonas
Nilo Agostini - Vice-directeur du Groupe de Recherche de la Teoria Crítica e Teorias Críticas Latino-americanas - GP TCTCLAE
Márcia Tiburi - Philosophe et professeur à l'Université Paris 8  
Jessé Souza  - Sociologue et professeur
Marcia Barbosa  - Professeur à l'Université Federal do Rio Grande do Sul
George Barganier - Ph.D. Criminal Justice Studies, San Francisco State University
Dilara Yarbrough - Ph.D. Criminal Justice Studies, San Francisco State University
Jean-Pierre Guis - Ex-maire adjoint à Paris 12è, délégué aux relations culturelles avec le Brésil
Eduardo Dias - Procureur de la république à São Paulo et Professeur en Droits de l'Homme à l' Université Pontificale Catholique de São Paulo. Leneide Duarte-Plon - Journaliste et écrivain    
Maria Luisa Souto Maior - Journaliste et activiste 
Patrick Blum - JournalisteAna Rojas - Journaliste photographe Denise Assis - Journaliste
Cristina Cambas - Activiste du Comitê LulaLibre de Strasbourg
Michel Cambas - Université de StrasbourgJoão de Oliveira  - Professeur de cinéma à l'Université Catholique de Lille  
Gabriela Guimarães Jeronimo  - Professeur, post-doctorat en Linguistique
Romi Márcia Bencke - Conseil National des Eglises
Solange Cidreira - Activiste et féministe
Luzmara Cursino - Professeur à L'Université de Federal de São Carlos - UFSCar
Maísa Ramos Pereira - Linguiste et institutrice 
Jocenilson Ribeiro - Linguiste et professeur
Rafael Borges Ribeiro dos Santos - Professeur
Gleice Antonia Moraes de Alcântara - Professeur
Franciele da Silva de Oliveira Bertoldo - Professeur
Jean Borges Bertoldo - Chercheur
Maurício Neves Corrêa - Professeur de journalisme de l'Université Federal do Amapá - Unifap
Maria Rosalie Castro Luscher - Architecte 
Pedro Henrique Varoni - Journaliste et LinguisteMarcelo Novais Teles - Scénariste et cinéaste  
Rui Martins - Journaliste
Edir Cardoso de Andrade - Retraité 
Angélica de Almeida - Actrice de théâtre à Bordeaux  
Aline Ramos Berger - Activiste du Collectif Palmares - Bordeaux 
Rita de Cássia Machado - Professeur en philosophie de l'Université do Estado do Amazonas
Ana Lúcia Souza de Freitas - Docteur en éducation et écrivain
Ana M. Otoni Mesquita - Psychologue
Erika Campelo - Co-présidente de l'association Autres Brésils 
Milena Vugman Barandier - Architecte 
Ivânia dos Santos Neves - Linguiste et professeur de l'Université Federal do Pará
Edcarlos Venâncio Cerqueira - Instituteur et Missionaire de l'archiodecese de Feira de Santana - Bahia 
Fabiano Galletti Faleiros - Sociologue 
Filipo Pires Figueira - Linguiste
Guilherme Rodrigues Bury - Professeur de Histoire
Gleiciane Damasceno Reis  - Étudiante
Mariana Guidetti Rosa - Professeur
Tábata Quintana Yonaha - Chercheur en Sciences du langage 
Maria Auxiliadora Farias de Matos - Compositeur 
Matheus Rios Silva Santos - Psychologue et activiste du Mouvement National de Population de rue de Feira de Santana- Bahia
Matheus de Oliveira Barros - Sociologue et membre du Projeto Social Cuidando da Maloca
Keila Cristina Costa Barros - Infirmier et créateur du Projeto Social Cuidando da Maloca
Diane Carla Silva Cordeiro de Almeida - Assistente social et activiste du Movimento Nacional da População de Rua -  Feira de Santana- Bahia
Hulda Gomides Oliveira - Docteur en Lettres et Linguiste, professeur à l'Université Federal de Goiás - UEG
Ana Maria Stabelini - Docteur en Éducation et professeur à l' Instituto Federal de São Paulo - IFSP
Deyse Silva Rubim - Professeur 
Simone Cristina Tristão - Etudiant
Emiliana Pantoja Monteiro Aquino - Journaliste
André Stefferson Martins Stahlhauer - Linguiste et Professeur
Tiago Rodrigues - Geographe
Lais Vitoria Cunha de Aguiar - Journaliste
Marlova de Souza Cnabarro - Agent administratif 
Sandro Cozza Sayão - Philosophe et professeur
Luciene Rodrigues Silva - Professeur
Jorge Santos Ruffini - Professeur
Silvana Ferreira dos Santos - Etudiant
Elda Cardoso - Traducteur -BWAF Brazilian Women Against Fascism 
Jean-Claude Ake 
Gabriela Lima - Opticien
Edineia da Silva - Presidente da Associação NEBE 
Maria de Jesus Ramos Pereira - Soeur de la Compagnie de Santa Teresa de Jesus
José do Socorro Teixeira Gomes - Avocat
Paola Maistro Arendt Goldenbaum - Professeur
Marilu Parreiras - Retraité 
Renata Lira Furtado - Professeur
Patricia Helena Silva Mendes - Fonctionnaire 
Érica Caminha - Plasticienne et entrepreneur 
Josilena Oliveira Targino da Silva - Geographe et professeur 
Aline Quintiliano Lourenço - Étudiant 
Mariana de Campos Pereira Giorgion - Psychanalyste
Beatriz Simon Maciel - Artisan
Marília Ferreira de Lima - Gestion de projets  
Janaina Leite dos Santos - Producteur culturel
Antonio Ducarmo Santos - Représentant commercial 
Erlon José Paschoal - Administrateur culturel et traducteur
Julio da Conceição Oliveira - Assistente social 
Claudia Corbisier - Psychanalyste et interprète 
Maria Socorro Vieira da Silva - ActriceIlton Marques de Souza - Avocat
Selma Maria Feitosa Serodio - Avocat
Rosiléa Maria Roldi Wille - Psychologue 
Luciano Januário de Sales - Philologue 
Miriam Madureira - Professeur
Jean Goldenbaum - Musicien 
Alessandra Devulsky - Avocat, chercheur et professeur
Juliana Sassi - Membre du Collectif Brazilian Left Front
Priscylla Joca - Chercheur en Droits des peuples 
Ana Isa van Dijk - Membre de l'Amsterdam Pour la Democratie
Beatriz Barbosa Cesar - Journaliste
Márcia Nunes Farias de Souza - Assistente Social 
Cleusa Vicente - Activiste
Roberta Liberato  - Infirmière 
Ermeson Vieira Gondim Activiste culturel, créateur du Canal Paposfera et Revista Acentuados
Selma Vital - Membre du Collectif Aurora, Aarhus, DK
Camélia Maria - Belgique
Claudia Borges  - Ingénieur, plasticienne et activiste
Mariana Paes - Journaliste, artiste et membre du Collectif ResistBrasil
Jane Faust - Agent culturelle 
Gecy Marty - Musicologue et Membre du Comitê Internacional pela Democracia no Brasil- Zurich
Tatiane Fidelis da Silva - Psychologue
Janaina Cesar - Journaliste
Nilza Costa - Musicologue et membre du Collectif Curumim, Bologna – Itália
Maria da Graça Carpenedo - Collectif Itália
Monika Luborio-Walker - Psychothérapeute 
Dje Macedo Quiroga - République Dominicaine 
Elizabeth Sousa - Editrice de la page Brasileiros no Exterior- Painel do leitor
Stella Furquim - Membre de Gambe- Grupo de Apoio às Mulheres no Exterior
Luciana Pavlova - Architecte 
João Batista Junior - Publicitaire 
Luísa Sá Barreto Pimentel - Neuroscientifique 
Maria Aparecida da Cunha - Avocat
Flávio Carvalho - Sociologue
Raio Morais - Membre du Collectif Palmares, Bordeaux- França
Rosângela de Fátima Sanches Stücheli - Professeur et traducteur
Bárbara de Paula - Sociologue et sage femme 
Lourdes Pimentel - Anthropologue et sociologue 
Iara Bernardes - Biologiste et professeur Nice Azevedo - Indigène - fonctionnaireJorge Azevedo - Gesteur 
Pablo Hidalgo - Architect 
Euniciana Peloso - Assistente social pour l'ONG Makaúba
Waldemar Azevedo - Président de l'ONG Makaúba
Jorge Peloso - Acteur et directeur de théâtre du grupo Impulso Coletivo
Silvina Azevedo - Assistente social    

Coletivo Brasil-Montreal, Canadá
Colectivo Regina de Sena México-Brasil contra el golpe, México
Coletivo ResistBrasil- Mulheres no Exterior pela Democracia, Suiça
Gambe - Grupo de Apoio às Mulheres no Exterior, Internacional  
Coletivo Boston Contra o Golpe
Comitê Lula Livre, UK
Democracy for Brasil, U
Brasil Ativo Press, Internacional
Brazilian Woman Against Fascism, UK
Comitê  Lula, Livre Inocente England
Hamburgo Pela, Democracia no Brasil
GDTB – Grupo de Discussão sobre Temas Brasileiros, Hamburgo-Alemanha
Collectif Alerte France Brésil/MD18
Comitê Liberezlula.org Paris
Coletivo Brasil, Catalunya
Manifesto Brasil Social, Suiça
Coletivo Palmares, Bordeaux - França
Amsterdam pela Democracia no Brasil
Coletivo Miradas Feministas – Hamburgo

 

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