Le mépris du Recteur de l’académie de Créteil pour la scolarité des élèves

Plusieurs enseignants syndicalistes de Sud Education, du SNESUP, etc. alertent sur les dysfonctionnements de l'académie de Créteil, où 15 000 élèves ont été confiés cette année à des binômes d'enseignants stagiaires. «Malgré les nombreuses critiques et une grève des personnels et des stagiaires en novembre dernier (...), le rectorat de Créteil a décidé de généraliser le dispositif à la Seine-Saint-Denis et au Val de Marne...»

Le mépris du ministère de l’Education nationale pour la scolarité des élèves a franchi un nouveau palier. Alors que précédemment les stagiaires du premier degré effectuaient leurs stages en responsabilité dans des classes d’enseignants titulaires (ce qui permettait à ces derniers de partir en stage de formation continue), depuis la réforme Peillon poursuivie par Blanquer, ils sont utilisés comme moyens d’enseignement pour un mi-temps annuel. Dans certaines académies, le choix a été fait de supprimer cette association avec des titulaires, et de constituer des binômes de stagiaires.

Cette année en Seine-Saint-Denis, 600 classes ont ainsi été confiées toute l’année à deux stagiaires. Ceux-ci, ayant réussi le concours en juin 2017, dépourvus de toute expérience d’enseignement pour la plupart d’entre eux, se sont retrouvés en charge complète de classe en septembre dès la rentrée. Ils faisaient la classe une semaine puis passaient le relais à l’autre stagiaire.

Le rectorat a ainsi pris le risque de sacrifier l’année scolaire de 15 000 élèves ! Parmi eux, certains, déjà confiés les années antérieures à des binômes composés d’un stagiaire et d’un contractuel, sont pour la deuxième ou troisième année consécutive dans des classes d’« enseignants » débutants.

Pour le rectorat, c’est un outil de gestion commode : la formation continue est quasi supprimée et, au lieu de chercher à apparier les stagiaires avec des enseignants titulaires à temps partiel, en décharge ou en formation continue, il réserve aux stagiaires des postes à temps complet. Pourtant, les témoignages montrent que les stagiaires subissant ce dispositif le critiquent. Ils sont contraint·e·s de tout inventer en relation avec leur binôme aussi novice qu’elles/eux, sans même disposer de moment pour se concerter.

Coté rectorat, on semble satisfait. On prétend que l’enseignement assuré par des débutants n’a rien à envier à celui dispensé par les titulaires, que ceux-ci ont perdu le dynamisme de la jeunesse, qu’on peut confier sans crainte nos enfants à deux stagiaires, que les stagiaires développent leur compétence de travail en équipe, que ce dispositif permet une plus grande fluidité dans les affectations… C’est ce qu’une entrevue avec des représentant-e-s de l’intersyndicale de l’ESPE a révélé et nous attendons toujours les preuves de certaines de ces affirmations. Pourtant, les difficultés, les situations de souffrance et les démissions ont été nombreuses au cours de l’année. Et puis, il y a tout ce que l’on ne voit pas et ne sait pas. Considérer qu’un stagiaire travaille aussi bien qu’un enseignant expérimenté revient à considérer qu’il n’a pas besoin d’être formé.

Malgré les nombreuses critiques et une grève des personnels et des stagiaires en novembre dernier, de vifs débats lors des conseils de l'ESPE du 23 novembre et 15 février, le rectorat de Créteil a décidé de généraliser le dispositif à la Seine-Saint-Denis et au Val de Marne avec un mécanisme d’alternance qui ne laisse augurer rien de bon à l’heure où la formation des enseignant·e·s risque d’être de nouveau complètement chamboulée, vraisemblablement pour le pire ! Le Recteur de l'académie de Créteil estime que les difficultés rencontrées seront peu à peu aplanies grâce aux dispositifs de soutien que le rectorat et l'ESPE mettent en place. Or on sait que le manque de moyens, notamment humains, côté  rectorat comme côté ESPE (il manque à l'ESPE l'équivalent de 58 temps plein de formateurs) rend inapplicables les mesures envisagées. Ce dispositif sera également généralisé dans l'académie de Paris alors que les formateurs constatent les mêmes difficultés et ont émis les mêmes protestations.

Encore deux ou trois ans à attendre et nous verrons des élèves entrer au collège en n’ayant connu de toute leur scolarité élémentaire que des enseignants débutants ! Il ne faudra pas alors s’étonner du faible score des élèves français constaté à l’occasion des enquêtes internationales.

Premiers signataires :

Didier Frydman, FERC-Sup CGT ; Fanny Gallot, SNESUP ; Aude Gerbaud, SNESUP ; Philippe Germain, SNESUP ; Geneviève Guilpain, Sud Education ; Arnaud Mayrargue, Sud Education ; Eric Mesnard, SNESUP ; Zoé Mesnil, Sud Education ; Annaïg Oiry, Sud Education ; Irène Pereira, Sud Education...

Pour signer la tribune écrire à duosespe@gmail.com

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